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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 00:40





Barry Lyndon, c’est d’abord un souvenir d’enfance, un film « pour les grands » qu’on m’avait interdit de regarder et dont je conservais le souvenir des uniformes rouges vifs de l’armée de sa très gracieuse majesté, alliés à la musique militaire « British grenadiers », jusqu’à ce que je puisse enfin le voir…

 

On a comparé ce film à la peinture de Gainsborough, et je me suis souvent arrêtée à la National Gallery à Londres, en y pensant. Ryan O’Neil et Marisa Berenson ont l’allure et la dignité des personnages du peintre. C’est une question d’ambiance, de couleurs, de musique également : ce film allie des images d’une beauté inégalée à une musique d’une beauté incomparable. Qu’il s’agisse de l’Irlande natale de Redmond Barry ou du château anglais du temps de sa gloire, il n’y a qu’un mot : beauté. Et peut-être aussi : lumière. Les paysages comme les scènes d’intérieur, filmées en lumière originale, sont empreints d’une sublime mélancolie. Il faut le voir pour comprendre ce qu’est « la passion d’être triste », l’expression que Victor Hugo consacrait à la mélancolie justement. C’est un film romantique sur un siècle, le XVIIIème, qui ne l’était pas. D’ailleurs la musique de Schubert qui l’accompagne avec tant de fluidité y est pour beaucoup dans cette dimension mélancolique fort éloignée de l’esprit du siècle. Car toutes belles que soient les images, elles sont aussi portées par la musique, la grave sarabande de Haendel et la fraîche musique de Schubert, qui en prend une dimension digne et majestueuse. Intriguant, car à écouter les trios pour piano op. 99 et op. 100, dont est extrait l’allegro moderato du film, il ressort plutôt une certaine gaîté. Ces trios, Schubert les a composés alors qu’il se reposait à la campagne, et les destinait à des moments passés à jouer avec son père et des amis, ils sont spirituels et profonds avec grâce et naturel. Ce sont des ruisseaux qui « [accrochent] follement aux herbes des haillons d’argent ». Le film donne une autre dimension à cet allegro moderato, on l’écoute avec une gravité empreinte de dignité, comme si l’on avait revêtu la musique d’un manteau de brocard. C’est la musique d’un sic transit gloria mundi. On pourrait en dire autant de la Sarabande de Haendel, une danse qui fait comme une longue marche de requiem pour en arriver à la conclusion implacable du film :

 

“It was in the reign of George III that the aforesaid personages lived and quarelled; good or bad, handsome or ugly, rich or poor, they are all equal now”

 

Cette alliance d’images et de musique est unique. On a pu reprocher parfois au film son scénario, lui reprocher de se reposer sur sa troublante beauté. Cette beauté me suffit amplement. En toute honnêteté, j’ai beaucoup moins aimé le roman de William Makepeace Thackeray, The Memoirs of Barry Lyndon Esq. Le personnage de Redmond Barry y est, à mon goût, nettement moins sympathique. Il a tout de l’Irlandais  crâneur qui confine au ridicule, ce qui bien sûr est le but de l’auteur de La Foire aux vanités, mais tout de même. J’ose dire que je préfère les personnages du film, sublimés en sujets de Gainsborough.

 

Il y a encore une dernière chose qu’il convient de dire, la beauté des scènes mise en musique est d’une perfection qui élève l’âme, mais, elle serait sèche si elle ne suscitait d’autres sentiments que ceux de la grandeur et de la déchéance. Il y a une scène en particulier à laquelle je pense, qui est celle de la mort du fils de Barry et de Lady Lyndon. Une mort qui l’unit à cette femme plus intensément qu’aucun sentiment ne l’aurait fait. Cette scène est à pleurer. Elle permet de ressentir, ne serait-ce qu’un quart de seconde, la douleur immense que constitue la perte d’un enfant.

Pourtant, Dieu sait que, d’une nature trop sensible, je me défie beaucoup des sentiments, et que je ne prépare pas de boite de mouchoirs quand je me dispose à regarder une scène tendre ou triste, mais bien plutôt à passer à autre chose. Mon credo est d’ailleurs qu’il y a bien assez de malheur dans la vie pour qu’on regarde le malheur à l’écran. C’est valable pour le malheur mal filmé, le malheur sordide. Mais là, on entre dans la sphère de l’art.




HMVD


 

 

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Published by Marie-Virginie - dans Cinéma
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commentaires

Callophrys 17/08/2009 22:18

il faudrait que je prenne le temps de le voir..j'en ai aperçu quelques extraits et j'avoue que ça ne m'a pas emballee.....A re essayer...

L'orange Maltaise

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