Partager l'article ! A.B.D.I.E.L: עֲבְדִּיאֵל ...
עֲבְדִּיאֵל
“So spake the Seraph Abdiel, faithful found,
Among the faithless, faithful only hee;
Among innumerable false, unmov’d,
Unshak’n, unseduc’d, unterrifi’d
His Loyaltie he kept, his Love, his Zeale;
Nor number, nor example with him wrought
To swerve from truth, or change his constant mind
Though single. From amidst them forth he passd,
Long way through hostile scorn, which he susteind
Superior, nor of violence fear’d aught;
And with retorted scorn his back he turn’d
On those proud Towrs to swift destruction doom’d.”
John Milton, Paradise Lost, V. 894-907
I. Tenebrae
Le sol se dérobe sous mes pas,
Tout s’engloutit autour de moi :
C’est l’office des ténèbres
Qui sonne pour ma foi.
Une à une les lueurs se meurent,
Fondant lentement sur mon cœur
Oppressé, dans la noirceur
Où je presse mes pas.
Une à une les lueurs se meurent,
Laissant une main de glace
Etreindre mon cœur :
C’est une main de fer,
Une main d’angoisse,
Et elle tient mon âme corsetée.
Elle la serre, elle l’oppresse,
Elle tient mon cœur
Et le fait sien,
Jusqu’à plus rien.
Partout du vide, un abîme de néant.
Et même ce vide béant,
Même ce grand rien,
Je ne le vois pas.
II. Daemones
Le rien,
C’est le grand calme
Avant l’essaim.
Satan, le trop aimé,
Pour ne plus aimer jamais,
La Beauté sans âme,
Et l’âme sans beauté,
Satan, au rire d’étincelle qui gronde,
Se frotte les mains.
Bruissant de mille pas,
Se pressent les sévices,
La légion à son service,
Et tout ce grouillement
Incessant guette avidement,
Dans le vide béant,
Les mouvements las
De mon âme éperdue,
Qui ne croit plus.
Un oiseau noir se déploie,
Volant au dessus
D’une mer vague qui me noie,
Et chaque vague de ce grand déluge
Redouble la terrible joie,
De l’ange sans foi
Et sonne le beffroi
De son affreux cortège.
III. De Profundis
O Abdiel, ô fidèle Séraphin !
Tiens-toi à mes côtés et donne-moi la main,
Jusqu’à la quinzième et dernière heure,
Jusqu’à ce que meure la dernière lueur.
Dépose sur mon front un baiser,
Eclaire pour moi le fond des ténèbres !
Abdiel, je t’en prie, car mon cœur se meurt
Dans le vide qui dévore mes pas,
Abdiel, je t’en prie, reste avec moi !
IV. Fortitudo
Je suis de la race d’Abdiel,
L’ange fidèle,
Seul au milieu de la foule,
Qui le roule et qui tangue
De ses milles mains exsangues.
Tant de beauté
Contre Lui retournée !
Tant de beauté
Qu’on enchaîne !
Car la foule bruisse de haine.
Ces tours d’orgueil et de vanité,
C’est Satan qu’elles acclament.
Abdiel, fidèle humilié,
C’est le Père qu’il proclame.
Dans un monde infini,
Sans substance et sans chaire,
Il n’est point d’esprit
Qui se trompe ou qui erre.
Quand un ange décide,
C’est à la face de l’eau une ride,
Qui va trouver le bord
De cet instant qu’on nomme pensée.
Car un ange ne connaît pas la mort.
Satan le plus beau, le préféré,
Celui qui voulait trôner en majesté,
Entraine sous son ombre grandiose
Les anges, les Trônes et les Archanges.
Tous suivant celui qui ose,
Tous séduits par le plus beaux des anges,
Contre Abdiel, seul, qui s’oppose.
V. Lilium inter spinas
Abdiel,
Ô Séraphin fidèle !
Tous m’ont tourné le dos,
Tiens-toi à mes côtés !
Tous m’ont montré le poing,
Donne-moi la main !
On ne m’a pas fait une âme basse
Pour marcher parmi la masse,
Abdiel, je t’en prie guide mes pas !
Protège-moi de ton bras
Quand ma bouche prononcera
Les paroles honnies de la masse
Des impurs et des sots.
Protège-moi quand mon âme parlera !
VI. Dolor
L’ange fidèle frémit d’horreur
Au plus profond de son cœur :
Il voit ses frères se détourner,
Ses frères tant aimés !
Il voit ses frères le rejeter,
Ses frères adorés !
Il reçoit un coup plus tranchant encore :
La douleur du Père !
Aussi porte-t-il le souci sur ses lèvres,
Où se couche un pli amer,
Et la profonde douleur
Qui transperce son regard clair.
Mais il fera front et il tiendra bon
L’amour en larmes est contristé,
L’amour armé s’appelle loyauté.
Il est temps d’avancer
Et de jeter la dignité
Très belle de l’amour blessé
A la face de cette haine déchaînée.
Il avance même s’il ne voit pas,
Dans la nuit de la foi,
Il n’entend résonner que ses pas.
Jusqu’au bout, il a tenu son regard clair,
Fixe et fier, honneur du Père.
Il est passé au milieu d’eux.
Humilié en majesté,
Abdiel a aimé, Abdiel a pleuré
Mais Abdiel n’a pas pardonné :
Décider change la nature de l’ange
Et les frères déchus ne sont plus que fange.
Celui qui a fait la lumière
Saura renvoyer Satan, lueur de ténèbres,
Au plus profond des mondes informes
Qui font l’inachevé.
VII. Fidelitas
O Abdiel, ô fidèle Séraphin !
Comme tout semble futile maintenant !
Rien qui ne soit contingent,
Rien qui ne vaille l’Amour,
Car je vois un toujours
Dans un instant d’Amour :
Alors que le temps se dérobe
Il le tient par un pli de sa robe.
Vois comme je dépose à genoux et en pleurs
L’orgueil, la vanité et les vieilles querelles,
Vois comme je me dépouille !
La douleur a brûlé tout autour
De moi, les atours
Dont je m’étais parée,
Du fond de mes ténèbres, j’ai pitié,
Je ne saurais être comme ceux
Qui me haïssent
Je ne saurais être comme ceux
Qui me trahissent :
Mon âme était faite pour aimer.
Sois à mes côtés pour qu’elle porte beau,
Tandis que je passe au milieu d’eux.
Fais-moi aimer, Abdiel !
Dis-moi qu’il est beau
D’être fidèle !
VIII. Amor vincit
« Abdiel, tu as triomphé des ténèbres.
Sous les cieux toute bataille gagnée,
Se réclamera désormais
De l’ange qui ne s’est pas détourné.
Tu porteras le premier coup,
Et, sous ton épée, Satan pliera le genou.
L’ange tant aimé connaitra la douleur,
La peur et les maux qui coulent avec les heures.
Tandis que j’enchaînerai dans les ténèbres,
Celui qui a choisi le rien en voulant tout,
A la tête de mes anges tu marcheras,
Et toi, Abdiel, Amour fidèle, tu vaincras ! »
IX. Lux Aeterna
Ô Abdiel, ô Séraphin fidèle,
Ainsi parle ton Père, qui est le mien aussi.
Car je suis de ta race Abdiel,
Et nos âmes, quand elles déchoient
Quand elles renient,
Causent par trop de joie
Au traître qui fit
Un jour naître l’ennemi.
Mais, si le Séraphin splendide,
Dont le pas fait trembler le grand vide,
Si le chef des armées indivises,
Dont le geste commande
A la nuée invincible,
S’il veut bien,
Dans les ténèbres, me tenir la main,
Alors je ne craindrai plus rien.
Et peut-être alors ce rien
Dissipera-t-il le néant ?
Et peut-être au fond du gouffre froid,
Je trouverai cette chose espérée
Qu’on nomme la foi
Car l’Amour vit en moi
Qui n’est pas né du rien,
Et il n’a de cesse de retourner
Là d’où il vient :
L’Amour multiplié
Qui est
UN
[1] Il s’agit, selon le rite tridentin, des offices qui ont lieu les trois derniers jours précédant Pâques et la résurrection du Christ. Pour ces trois offices, les matines et les laudes sont réunies, la fin de la nuit rejoignant ainsi symboliquement le début du jour. La tradition veut que l’on éteigne quinze bougies, une après la lecture de chacun des quinze psaumes de l’office des ténèbres. Le chiffre quinze représente les onze apôtres fidèles, les trois Maries et le Christ.
Illustration : Gustave Doré v. 1866
| Mai 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||
ça a du te demander du temps mais ça en vallait la peine.
Je ne savais pas que tu étais portée sur les anges...
Mis à part "mon Aaaange" bien entendu.