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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 07:09


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Faire la conversation, une nécessité. N’oublions pas que « la parole a été donnée à l’Homme pour cacher sa pensée ». Les gens se rencontrent, ils veulent faire connaissance, il faut se présenter. Qui suis-je ? Ce qui se résume à : « que fais-je dans la vie ? », il y a intérêt à éprouver une certaine fierté à l’égard de son activité (ou de sa non-activité) professionnelle. Parler travail amène à parler études lorsqu’on est jeune, famille lorsqu’on l’est un peu moins. Et puis, on en arrive vite aux loisirs, aux goûts et autres centres d’intérêts. Le sujet typique, du moins pour moi, la musique. Et là évidemment, les choses se compliquent, j’ai beau fréquenter des gens en général fort bien éduqués et fort bien mis, la musique classique, du moins la musique classique au sens où je l’entends, n’est pas si souvent leur tasse de thé. Or, ce qui est lassant dans les discussions plus ou moins mondaines, à savoir l’inconsistance et la superficialité des gens, devient franchement drôle lorsqu’il y a une « légère » ambiguïté sur la nature des relations possibles. Autrement dit : lorsque l’on intéresse une personne pour « plus si affinités », et qu’elle se croit obligée de souscrire à nos goûts…

En général, une ardente passion pour l’art art lyrique jette comme un léger froid. « Vous aimez l’opéra ? Ah, oui… Je vois. » Si j’ai envie de passer à l’ère glaciaire, nécessité en ces temps de réchauffement climatique, j’ajoute que « je sors très souvent à l’opéra, une fois par semaine en moyenne ». Cela n’est plus si vrai aujourd’hui, mais il fut un temps où j’avais le plaisir de fréquenter régulièrement les grandes maisons. Il faut s’imaginer la personne en face effectuant une rapide opération mentale. Se voit-elle à l’opéra en ma compagnie? Si l’on reformule la question de manière moins diplomatique: se laissera-t-elle traîner à l’opéra pour supporter des heures et des heures de Wagner ? Je lui dirais bien que non, aller à l’opéra n’est pas nécessairement comme se rendre au festival de Bayreuth. Et que non, il n’y a pas que Wagner qui ait quelques longueurs, Strauss n’est pas mal non plus dans le genre. Mais je laisse les choses se faire, je souris modestement, et je n’en pense pas moins.

Si j’annonce la couleur de manière moins radicale, en déclarant simplement que « j’aime la musique, en particulier le classique » (cela fait assez large d’esprit non ? et puis j’apprécie aussi d’autres types de musique, il faut être juste), j’ai souvent droit à un petit « moi aussi, j’écoute du classique ». Sauf que je n’écoute pas « du classique », j’écoute de la musique romantique, du baroque, de l’opéra, de la zarzuela, de la musique de chambre, de la musique symphonique, des œuvres sacrées, j’écoute des compositeurs, de Buxtehude à Vieuxtemps, dont la plus part des gens ignorent l’existence (et s’en portent très bien)… Enfin qu’importe, c’est juste lassant qu’au bout de deux minutes de conversation on apprenne que la musique classique se résume à Mozart-Bach-Beethoven et ne s’écoute qu’aux grandes occasions (comme pour la religion, autant de croyants non-pratiquants). Mozart-Bach-Beethoven, c’est fort bien (c’est divin même), mais c’est la partie émergée de l’ice berg, et puis encore faudrait-il nommer quelques œuvres, quelques interprètes…

Auprès d’un certain nombre de personnes, les romantiques, Chopin en particulier, ont du succès. Cela me fait toujours bonne impression, que l’on me réponde « j’aime Chopin ». Je poursuis donc sans trop d’illusions cependant : « J’écoute du Chopin aussi, quel interprète aimez-vous ? » Et là, en général, c’est l’avalanche, le blanc complet. C’est le risque lorsque l’on évolue en hors-piste. « Heu, je ne sais pas… J’ai ce cd à la maison… » D’accord mon bon ami. Je ne dis pas qu’on doit tout connaître : j’en découvre tous les jours, cela fait partie de la vie et heureusement. Mais aimer ce n’est pas juste connaître comme ça, citer Chopin parce qu’au fond c’est le seul compositeur qu’on ait écouté ces cinq dernières années. Une musique, c’est un compositeur, une œuvre, une mise en scène, une interprétation par des artistes à une certaine occasion (toutes les représentations ne se valent pas)…

J’ai remarqué que souvent une personne un tant soit peu cultivée qui n’apprécie pas tant que cela le classique, va répondre de façon fort habile: « Oui bien-sûr, il m’arrive d’écouter Glenn Gould ». Peut-être même aurai-je droit à une mention des Variations de Goldberg. Sony Classics a bien fait son travail, Glenn est en tête de leurs ventes. Glenn Gould c’est du classique décomplexé, in, trendy, le brin de culture qui fait raffiné, sans faire passionné (être passionné c’est mal : cela relève du délire artistique, ces gens qui n’ont pas les pieds sur terre et qui ne gagnent pas d’argent). C’est du classique qui tend vers le jazz, ce sont des œuvres pour clavecin interprétées au piano. C’est du classique pardonnable, socialement acceptable. Mais si on aime vraiment Gould, on sait en quoi son interprétation est différente, on a comparé. Si on aime les Variations, on les a entendues jouées par d’autres…

Enfin, peut-être que tout ce que j’écris est abominablement prétentieux. Pourtant, je ne juge pas les gens meilleurs ou moins bon qu’ils ne sont en fonction de leur culture ou de leur degré d’amour pour la musique dite « classique ». Je ne les juge pas du tout pour cela, de gustibus et coloribus non disputantur. Si je n’aimais pas la musique classique, je ne m’en cacherais pas. D’ailleurs, je peux très bien comprendre que l’on n’aime pas, que l’on trouve cela ennuyeux, que l’on pense que les chanteurs d’opéra hurlent (ce qui est vrai pour beaucoup). Question de sensibilité et d’éducation. Mais que l’on mette tout dans le même panier, quand même, n’est pas une preuve d’intelligence, ni d’ouverture d’esprit. Et puis il y a ce petit sourire qui passe entre gens aimant la « musique normale », celle que tout le monde écoute. Il y a toujours au fond cette idée qu’une personne qui « écoute du classique » est « chiante » et « vieux-jeu ».

Je comprends en outre que l’on veuille faire la conversation. En société, c’est nécessaire, deux mots par-ci, un sourire par-là. Je comprends que l’on tente de séduire en s’intéressant un minimum aux goûts de l’autre et en lui présentant une facette de nos goûts qu’il puisse apprécier. Mais il faut rester soi. Personnellement, j’ai du mal à éprouver des sentiments pour une check-list culturelle ou intellectuelle. Parfois je crois qu’il serait mieux de s’abstenir. Mais dans ce cas, on garderait souvent la bouche fermée, n’est-ce pas ? Sois belle et tais-toi ! Sois beau et tais-toi ! Exactement la même chose. La demi-mesure en matière de culture, de sensibilité et de profondeur de vue m’incite toujours à opter pour une franche superficialité... Au moins que l'on ait le plaisir  (ou qu'on s'évite le déplaisir) des yeux.

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Published by Le Chapelier fou - dans Pensées du 365ème jour
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commentaires

theuric 22/02/2010 12:01


Oui, un écrivain est né.
Plus, encore, un pamphlétaire.
De l'air, de l'air, de l'air frais.
Chapeau bas.


Le Chapelier fou 26/02/2010 20:26


Merci pour ce commentaire aérien, le Chapelier vous salue Theuric :)


Aend 13/02/2010 12:32


Troisième et dernière intervention sur cet article.
(le double plantage d'internet me pousse en réalité à ce cinquième commentaire ...)

En tant que reporter dans le cadre du cercle très fermé et pas moins substrat supra sensible du métaphysique monde Gothique, je me prétend à même de décrire l'élan intellectuel des EGLI en tout
genres (Elegant Gothique Lolita Inculturé).
En effet, dans cet illustre et très sélectif milieu, il est de bon ton d'exposer, avant même de chérir, une certaine culture en matière de Musique Classique.
Dès lors on apprend maintes et maintes choses.
C'est un fastidieux répertoire qui se révèle. Qu'ont de bien particulier Beethoven et Chopin sinon une renommée qui ne permet pas les affabulations les plus approximatives? Il faut travailler à se
pencher sur le grand compositeur qu'est Schubert par exemple, qui a en fait pour vrai nom Schumann. Schumann est plutôt méconnu de la masse, il est rendu plus excitant par son frère caché Maurice.
Remercions internet, et certainement wikipédia, pour si bien renseigner les membres de cette castre sur tous les chou-men du monde.
Au-delà de ce premier domaine, au sein de ce précieux recueil, je témoigne du vif intérêt que suscite l'opéra : La flûte enchantée et le Lac des cygnes restent indissociables même s'ils sont de
loin les plus célèbrent...
Casse Noisette est en revanche, rappelons-le pour les incompétents, une campagne de marketing opérée par la marque "Barbie".
Dans le même goût, Maria Callas est au même titre que Mégane une série de Voiture (culture publicitaire).

Ainsi mon cher Chapelier, apprenez bien que, dans ma campagne lointaine, les gothiques, ou paysans de la nuit, sont très fiers d'exposer cette subtile supériorité qu'ils ont indéniablement sur
leurs camarades tout aussi culs-terreux qu'eux mêmes.

Mais tout cela rejoint Pascal, divertissement.


Aend 12/02/2010 18:09


(être passionné c’est mal : cela relève du délire artistique, ces gens qui n’ont pas les pieds sur terre et qui ne gagnent pas d’argent) Cf révision du Bac blanc : le chevalier Danceny; Le fait
énoncé ne date pas d'hier...


Le Chapelier fou 12/02/2010 20:20


En effet :)


Aend 12/02/2010 18:05


Un écrivain est né.


L'orange Maltaise

  • : L'orange maltaise
  • L'orange maltaise
  • : « Il pourrait se trouver, parmi [mes lecteurs] quelqu’un de plus ingénieux ou de plus indulgent, qui prendra en me lisant ma défense contre moi-même. C’est à ce lecteur bienveillant, inconnu et peut-être introuvable, que j’offre le travail que je vais entreprendre. Je lui confie ma cause ; je le remercie d’avance de se charger de la défendre ; elle pourra paraître mauvaise à bien du monde ! » (Mémoires de la Duchesse de Dino, 1831)
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