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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 00:13

 

 

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Lumaluma, Homme serpent mythique, Australie 1963, Musée du Quai Branly

 

 

 

Avril à Paris, non loin de la tour Eiffel. Un groupe de jeunes Américains monte dans le train. Des lycéens avec leur professeur. Toutes les filles portent un mini-short en jeans. Le mini-short d’uniforme sans doute. Voyage de fin d’année en France. Je repense à mon propre voyage aux Etats-Unis. Petit groupe bruyant, excité, agité. Il faut comprendre : de si bon matin, avec tant de choses à voir, tant de choses à faire encore... Et puis on est à Paris tout de même ! La plupart d’entre eux n’ont probablement jamais quitté les Etats-Unis et ne reviendront jamais en France. J’entends l’une des filles dire en montant : « we’re the weirdos on the train »[1]. Une obsession ça : ne pas être « the weirdo », ne pas déparer, ne pas être ridicule en somme. Sauf qu’on est tous le « weirdo » de quelqu’un. L’apprendra-t-elle un jour ? Faut-il le lui souhaiter ? Aura-t-elle un jour à assumer sa « weirditude »? Se placer quelque part entre la négritude de Senghor et la bravitude de Mme Royal, sans doute. Je n’ai pas besoin de me retourner pour savoir qu’elle est parfaitement accordée à toutes ses copines. Je souris pour moi-même.

 

Le professeur, une dame d’un certain âge, qui a du accompagner plusieurs générations d’étudiants, explique savamment que, dans le train français, le tarif augmente au fur et à mesure qu’on change de zone. A cet instant, je me demande si le prix du mini-short augmente au fur et à mesure qu’on le raccourci. Mais oui, comme le gruyère : « plus de trous, plus de goût » ; esthétique du vide. Tous le même accent, la même voix, les mêmes expressions, le même mini-short, les mêmes jambes nues à la peau très blanche... Leur vacarme matinal ne m’irrite pas, mais je n’arrive pas non plus à les trouver sympathiques. Je comprends tout ce qu’ils disent, je sais à quoi ressemble la vie qu’ils mènent chez eux, de l’autre côté de l’Atlantique, et pourtant... C’est comme deux mondes séparés, chacun dans une bulle parfaitement transparente, mais bien étanche. Cela me fait le même effet que de toucher la peau d’un lézard : c’est bien de la peau, mais elle est froide. Mais c’est peut-être moi le lézard en fait ? Oui, c'est ça, un lézard aborigène échappé du Quai Branly. J'assume ma « weirditude ».




[1] « C’est nous les gogols du train ! » Littéralement, « weirdo », nom dérivé de l’adjectif « weird », «désigne une personne « étrange », « bizarre », « qui dépare ». Je traduis comme je le fais parce que je remarque que l’anglais américain utilise le terme comme le français utilise les mots « débile », « gogol », « mongol » ou « triso ».

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Published by Cassar de Malte - dans Souvenirs
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