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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 01:12

 

 

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Est-ce une scène de film, est-ce un acteur hollywoodien ? Et non, il s’agit de Monsieur Teddy Tahu Rhodes, chanteur lyrique néozélandais, qui interprète le rôle de Stanley Kowalski dans une version opératique d’Un Tramway nommé désir. Teddy Tahu Rhodes, qui comme son nom l’indique, a des origines maories, est probablement le plus fit de tous les chanteurs lyriques de la scène contemporaine. Ce baryton d’un mètre quatre vingt quinze n’est pas seulement mince, il est aussi franchement musclé, beau gosse à la manière virile dira-t-on. On notera au passage que c’est sans doute le seul chanteur d’opéra qui ait jamais chanté sur scène en faisant des pompes. Et la voix? Il chante tout à fait correctement, c’est un euphémisme. Un beau baryton titrant sur la basse, profond, bien ancré. Il a même ce petit plus, le talent d’acteur, et un certain charme, même un charme certain.

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Teddy ne ressemble pas à ses collègues. Nous sommes habitués aux ténors bien enrobés. Certes Carreras est très svelte depuis sa maladie et Kraus était plutôt mince, mais Domingo a franchement de l’ampleur, tout comme notre Alagna national, quant à Pavarotti, il était hors concourt. Seulement Pavarotti, quelle voix et quel charisme ! Il est clair qu’il pouvait se le permettre. Si l’on regarde du côté des barytons, on retrouve des Bryn Terfel, Hermann Prey, José Van Dam, et autres Ruggero Raimondi, tous plutôt enrobés. Aux cantatrices on associe toujours une image de femme corpulente, un genre de Mme Castafiore. C’est la tradition des volumineuses cantatrices italiennes à la Tetrazzini, cantatrice notoirement gourmande qui a d’ailleurs donné son nom à un plat fort riche (et délicieux) que l’on peut déguster outre-Atlantique. Il fut un temps où Maria Callas pesait près de cent kilos et que dire de Joan Sutherland ? En 2004 Deborah Voigt a vu son contrat pour jouer Ariadne auf Naxos interrompu par Covent Garden pour cause d’obésité. Il fallait rentrer dans la robe de scène…

Il court une sorte de légende selon laquelle pour bien chanter, pour avoir du coffre, il faudrait être énorme. Aussi, on pense qu’une cantatrice qui maigrit va automatiquement perdre sa voix. Il y a des traits physiques liés aux types de voix, il y a sûrement des considérations anatomiques à prendre en compte, la conformation de la gorge et de la cage thoracique notamment. Mais la voix et sa qualité peut-elle être liée à l’embonpoint d’une personne ? Pas besoin d’être une mamma italienne pour avoir de la voix.

Maintenant, loin de moi l’idée qu’il faille que tous les barytons ressemblent à Teddy : pas besoin non plus d’avoir un physique d’athlète. L’opéra, c’est de la représentation. Si l’on peut faire avec des décors minimalistes (je me souviens d’une formidable Traviata au décor dépouillé signé Willy Decker au festival de Salzbourg en 2005), on peut faire avec le physique d’artistes qui « conviendrait minimalement » au rôle. Qu’importe que les soubrettes n’aient pas quatorze ans, parce que la voix d’une femme s’épanouit sur les quarante ans. Qu’importe que Lucia di Lamermoor soit énorme dans sa robe virginale, si elle a la voix de Joan Sutherland. Il y a bien trois choses différentes, la voix (qualité et expressivité), le jeu sur scène et la plastique, pour être un grand chanteur, la première suffit quoi qu’on en dise. Une belle voix exprime quelque chose. Un personnage à l’opéra, c’est d’abord une volute de notes sur une portée. Ce sont des voix que les grands compositeurs ont habillées, auxquelles ils ont parfois taillé des costumes musicaux sur-mesure.

 

 

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Published by Le Chapelier fou - dans Musique
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