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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 14:08


214px-Langer_Kerl_Schwerid_Rediwanoff.jpgSchwerid Rediwanoff, grenadier d'origine moscovite
ayant intégré le 'Régiment des géants'.




Financial Times, 17 mars 2010


Nomura has for the first time appointed a foreigner to its executive management board in a shake-up aimed at building the Japanese group’s credentials as a global investment bank.

Une brève qui me rappelle qu’à Londres, j’ai travaillé pour une banque japonaise. Etait-ce Nomura ? L’histoire ne le dit pas. Que faisais-je au juste ? L’histoire ne le dit pas non plus. Je peux dire néanmoins que, contrairement à Amélie Nothomb, les vilains Japonais ne m’ont pas fait nettoyer les toilettes. D’ailleurs, c’eût été trop banal de travailler avec des Japonais, il fallait faire original, j’ai donc travaillé avec un Iranien et un Allemand.

Je me souviens bien de Monsieur l’Iranien : la cinquantaine, petit et trapu, assez sanguin, plutôt bien en chair(e). Voix grave, abondante barbe poivre et sel, le genre d’homme qui aime vous faire sentir son autorité. Son prénom signifie ‘lion’ en arabe et il faut bien dire qu’il avait quelque chose de léonin. Il intimidait sérieusement les petits branleurs jeunes gens très prometteurs avec lesquels nous travaillions, et comme on dit, ‘ce n’était pas du luxe’. Le monsieur avait de la fantaisie, il arborait régulièrement de magnifiques chaussettes de couleur vive. Comme il avait un certain embonpoint et que de ce fait son pantalon remontait bien haut quand il s’asseyait, on pouvait les admirer à toutes les réunions. C’est amusant, j’ai rencontré à Paris dans une branche différente un monsieur Indien assez semblable. Mais la fantaisie de ce monsieur, c’était la sonnerie de son portable : le rire tonitruent de sa fille. Nous avons tous nos fantaisies…

Mon second interlocuteur était un Allemand issu de la noblesse prussienne, aussi grand que Monsieur l’Iranien était petit. Il aurait pu faire partie du ‘Régiment des géants’ [1], une fantaisie de l’Empereur Frédérique Guillaume Ier, qui aimait à ce point les hommes de grande taille qu’il s'en était constitué un régiment entier. Tiens, et si Monsieur l’Iranien avait fait parti d’un régiment ? Il aurait pu être un petit piquier trapu dans le défilé donné par le Shah pour célébrer la grandeur de la Perse
[2]…  Mais je m’égare. Revenons à Monsieur le Prussien: très haute taille, et se tenant bien droit, bien proportionné, cheveux blonds foncés, yeux bleu pâle, et il faut bien le dire, légèrement globuleux, le nez aquilin, un peu pointu. Il y a quelque chose de fade dans le physique prussien, comme un manque de caractère. Ces gens-là sont nés pour obéir… Selon le mot de Mirabeau, « la Prusse ce n’est pas un état qui possède une armée, c’est une armée qui a conquis une nation ».

Mais, il faut reconnaître à Monsieur le Prussien de grandes qualités. Outre qu'il aurait remplacé avantageusement, au bras d’une jeune femme, un certain nombre de crevettes charmants jeunes hommes, c’était un jeune monsieur très correct. Ponctuel, affable, policé,  il avait une tenue impeccable. Il avait même, je crois, une certaine gentillesse, c’était cela sa fantaisie. Et il maîtrisait parfaitement les trois langues, anglais, allemand et français. Si les jeunes gens prometteurs avec lesquels je travaillais avaient pu avoir ne serait-ce qu’une seule de ces qualités… Il ne faut pas trop en demander. Un jour où nous déjeunions ensemble, nous avons parlé de ses études au sein d’une prestigieuse école de commerce française bien implantée en Allemagne. Il en était assez fier. Il m’a dit qu’il y avait rencontré sa femme. Je lui ai donc demandé si elle est française. Léger mouvement de recul : « oh non, non, elle est allemande ». Un peu plus et il ajoutait : « bien-sûr ». Bien-sûr, il avait été vacciné par ses années d’études...


Et de fait, Monsieur le Prussien ne faisait guère confiance aux petits branleurs jeunes gens très prometteurs. Il avait donc décidé de les mettre mal à l’aise dès le début. Il ne leur avait rien fait servir à boire ni à manger, comme c’est l’usage entre personnes civilisées. Il les avait contraints à rendre compte et à faire régulièrement le point sur l’état d’avancement de leurs projets. Sévère et exigeant, mais juste, à l’allemande. Strict et froid, mais capable de s’enthousiasmer pour du travail bien fait, comme ces gens qui ont pour mot d’ordre : ’on a rien contre vous les enfants pourvu que vous travailliez comme on veut’. Il y avait, parmi les jeunes gens prometteurs, un Italien et une Polonaise, qui étaient effectivement très prometteurs, et puis deux Français ,qui étaient prometteurs 'à la française.' Ces jeunes personnes pensaient tout naturellement que leur charme, le prestige de leur école, et leur indéniable bagout leur ouvriraient toutes les portes et qu’il leur suffirait de sourire un peu et de baratiner plus encore, pour que ces bons Messieurs de la banque sourient à leur tour. La French attitude dans toute sa splendeur... Heureusement que Monsieur le Prussien était là.



[1] Postdamer Riesengarde, le 'Régiment  des géants' qui théoriquement n’admettait les hommes qu’à partir d’1m88, et qui en pratique devait s’accommoder de recrues légèrement plus petites. L’Empereur Frédérique Guillaume Ier ne mesurait lui-même qu’un mètre soixante. Pierre le Grand lui envoya quelques uns de ces géants, dont le grenadier Rediwanoff, pour le remercier de la Chambre d’ambre.

[2] Le fameux défilé de 1971, vingt-cinq siècles d’histoire vous contemplent, de Darius à 'l'Iran moderne'. Cela n’avait pas trop plu aux imams : trop de place accordée aux mécréants de l’empire perse et pas assez aux héros (héraults) de la conquête musulmane.

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Published by Le Chapelier fou - dans Souvenirs
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