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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 22:35



Extrait de Metropolis (F.Lang, 1927)



II.

What sphinx of cement and aluminium bashed open their skulls and ate up their brains and imagination?

Moloch! Solitude! Filth! Ugliness! Ashcans and unobtainable dollars! Children screaming under the stairways! Boys sobbing in armies! Old men weeping in the parks!

Moloch! Moloch! Nightmare of Moloch! Moloch the loveless! Mental Moloch! Moloch the heavy judger of men!

Moloch the incomprehensible prison! Moloch the crossbone soulless jailhouse and Congress of sorrows! Moloch whose buildings are judgement! Moloch the vast stone of war! Moloch the stunned governments!

Moloch whose mind is pure machinery! Moloch whose blood is running money! Moloch whose fingers are ten armies! Moloch whose breast is a cannibal dynamo! Moloch whose ear is a smoking tomb!

Moloch whose eyes are a thousand blind windows! Moloch whose skyscrapers stand in the long streets like endless Jehovas! Moloch whose factories dream and choke in the fog! Moloch whose smokestacks and antennae crown the cities!

Moloch whose love is endless oil and stone! Moloch whose soul is electricity and banks! Moloch whose poverty is the specter of genius! Moloch whose fate is a cloud of sexless hydrogen! Moloch whose name is the Mind!

Moloch in whom I sit lonely! Moloch in whom I dream angels! Crazy in Moloch! Cocksucker in Moloch! Lacklove and manless in Moloch!

Moloch who entered my soul early! Moloch in whom I am a consciousness without a body! Moloch who frightened me out of my natural ecstasy! Moloch whom I abandon! Wake up in Moloch! Light streaming out of the sky!

Moloch! Moloch! Robot apartments! invisable suburbs! skeleton treasuries! blind capitals! demonic industries! spectral nations! invincible madhouses! granite cocks! monstrous bombs!

They broke their backs lifting Moloch to Heaven! Pavements, trees, radios, tons! lifting the city to Heaven which exists and is everywhere about us!

Visions! omens! hallucinations! miracles! ecstacies! gone down the American river!

Dreams! adorations! illuminations! religions! the whole boatload of sensitive bullshit!

Breakthroughs! over the river! flips and crucifixions! gone down the flood! Highs! Epiphanies! Despairs! Ten years' animal screams and suicides! Minds! New loves! Mad generation! down on the rocks of Time!

Real holy laughter in the river! They saw it all! the wild eyes! the holy yells! They bade farewell! They jumped off the roof! to solitude! waving! carrying flowers! Down to the river! into the street.


Allen Ginsberg (1926-1997), The Howl, II. (1956)



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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 15:24

 

 

expo trash 1

Poubelle de star de l'exposition Trash

 


Il y en a partout : sur la table, sur les sièges, par terre… Des miettes et des serviettes sales qui baignent dans du café et du milk-shake renversés, des gâteaux à moitié finis, des emballages et autres des déchets non-identifiés… C’est beaucoup pour une seule table. La première réaction de toute personne saine d’esprit n’ayant pas été élevée sur un tas de fumier : « Dégueulasse, on est chez les porcs ». On ne parle même pas d’éducation ou de savoir-vivre, c’est au-delà de ça. Cela doit être dans un endroit au fin fond de la galaxie, où les gens ont des excuses pour ne plus faire attention à leur environnement. Bienvenue au pays de Jabba the Hutt ! Que diriez-vous si je vous disais que je viens de décrire un coin du Starbucks d’un « excellent » quartier de Paris (du moins à en juger par le prix au mètre carré) ?


Spoerri faisait bien des « œuvres » avec les reliefs de son déjeuner… Et puis, il y a eu cette exposition, justement nommée « Trash », qui nous présentait le contenu des poubelles des stars [1]. L’occasion rêvée d’apprendre que Madonna boit de la Volvic, tandis que Sharon Stone préfère l’Evian. Je me suis dit que l’on aurait pu faire une œuvre de la saleté du Starbucks, on aurait pu appeler ça « dégueulis d’une petite fille riche », « 18 ans que maman ramasse derrière son fi-fils adoré », ou encore «aimez-moi pour ce que je suis vraiment»…


Parce que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il y a un grand raffinement dans toute cette saleté. C’est une saleté qui proclame bien haut et fort : à la maison, j’ai une femme de ménage qui passe derrière moi. Je pars en vacances dans des endroits exotiques et je skie au moins deux ou trois fois par an. J’essaye de partir avec mes potes, parce que les parents c’est lourd ! J’aime pas trop le lycée, je ne sais pas trop ce que je vais faire plus tard, mais il faut que ça gagne. Je vais tenter un BTS info-gestion. Mon activité favorite est de « me mettre une race » (toujours avec des potes, je suis un animal social, Aristote à donf !). Je porte une doudoune à la mode avec la capuche bordée de fourrure et un jeans moulant et des bottes, de préférence des Ugly boots, ou des Converses… Malheureusement pour les employés qui ramassent derrière ces gens-là, la saleté, fusse-t-elle dorée, reste de la saleté (heureusement que la saleté du Starbucks, c’est comme l’argent, ça n’a pas d’odeur).


Les gens révèlent ce qu’ils sont dans les « activités primaires », ce qui se rapporte à la nourriture ou au sexe en fait partie. C’est là que vous voyez tomber le masque, et que vous voyez à quel point certains sont, quelque puisse-t-être leur éducation de par ailleurs, des porcs. Je me souviens de cette remarque de mon amie Nathalie concernant un certain cadre dynamique, qui avait comme on dit: « un très bon relationnel »  et « un bon réseau » : « Oui, mais je n’aime pas sa façon de se jeter sur la nourriture dès qu’il y a un buffet». Voila, c’est dit.


Les apparences, tout n’est qu’apparence… Mais si on sait y regarder, il y a quand même toujours quelque chose qui transparait de la réalité intérieure. Il y a des gens qui ont de l’allure, de l’élégance, de la grâce, rien n’y fait, cela s’attache à leurs gestes, à leur façon de parler, à leur façon d’être. Et puis il y a les autres, ceux qui sont naturellement sales et vulgaires, et cela aussi, cela ressortira toujours. Il y a des gens qui auront de l’allure même en faisant le ménage, d’autres qui auront finalement toujours l’air de sortir de l’égout, même en buvant une coupe du meilleur champagne qui soit…


Et encore une fois, cela n’a pas ou si peu à voir avec l’éducation. L’éducation donne un vernis, elle s’acharne à redresser ce qui est déjà tordu, mais il ne faut pas se faire trop d’illusions. Je fais le parallèle avec le talent artistique, car il y a comme un art de se tenir. Il suffit d’assister à un cours de danse classique, il y a celles qui ont la grâce et les autres. Il suffit de lire un paquet de lettres de motivation, il y a ceux qui ont du style et les autres. Il suffit ‘écouter les gens jouer d’un instrument, il y a ceux qui font des notes et ceux qui font de la musique… Evidemment, on peut s’améliorer, se corriger, gommer les défauts rédhibitoires, c’est mieux que rien, mais c’est laborieux. Et bien oui, il y a les gens de qualité, et les autres. La qualité, c’est de naissance, et cela naît où cela veut (pas au pays de Jabba the Hutt en tout cas)…


 

[1] Exposition qui avait eu lieu à la Maison Européenne de la Photographie en 2007. Bruno Mouron et Pascal Rostain, les paparazzis reconvertis en artistes-ethnologues, avaient fait les poubelles des stars et en avaient présenté le contenu soigneusement trié sur de grands panneaux noirs.

 


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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 19:41

 

 

La-Petite-Madeleine.jpgLa Petite Madeleine de la Décoration par Soutine


Un jour dans une librairie, alors que je me presse pour aller prendre mon Eurostar, je lis ce titre : Madeleine Castaing, Mécène à Montparnasse, décoratrice à Saint Germain des Prés [1]. Tiens…  j’ai entendu ce nom prononcé autour de moi quand j’étais tout enfant. Je repense à ma grand-mère. Je me souviens d’un oncle féru d’art et de décoration lui disant : « Ah ma tante ! Quel souvenir merveilleux que ce jour où nous avons été chercher une malle chez Madeleine Castaing ! » Mon oncle a l’art de l’emphase et le parler précieux, mais tout de même. Madeleine Castaing, j’y repense dans l’Eurostar. Je crois que c’était une dame très âgée, une antiquaire, une décoratrice, les deux sûrement. Ma grand-mère avait pour elle la plus grande estime, on le sentait à la façon dont elle l’évoquait, cela devait donc être une dame de qualité. Je m’imagine une femme petite, je ne peux m’empêcher de penser à la Reine Victoria. Elle avait une boutique il me semble. Bonaparte. Pourquoi est-ce que je pense à Bonaparte tout d’un coup? S’agit-il de la rue Bonaparte ? Peut-être bien. Et puis je me souviens de mon grand-père disant à des invités : « cette femme là était extraordinaire : vous pouviez lui proposer des millions, si vous ne lui reveniez pas elle ne vous laissait pas repartir avec [l’objet] » et il ajoutait « mais elle s’entendait très bien avec ma femme, je les laissais discuter toutes les deux et je faisais un chèque à la fin ». Un mari conciliant mon grand-père. Ce sont des souvenirs si anciens, je devais avoir dans les cinq ans. Je me promets de me renseigner sur Mme Castaing…

Maintenant que c’est chose faite, je peux en parler un peu mieux. La dame qui a vendu la fameuse malle à mon oncle est née au XIXème siècle, et elle a traversé quasiment tout le XXème. Madeleine Magistry (1894-1992), fille d’un ingénieur, qui construisit la gare de Chartres, s’est mariée très jeune avec un critique d’art de vingt ans plus âgé. Une véritable histoire d’amour, romantique à souhait, prélude à une vie heureuse. Marcelin Castaing était un homme brillant et cultivé, elle avait déjà fort bon goût. Après un passage fort réussi dans le cinéma muet, elle se pique de décoration. Elle commence avec son manoir de Lèves, puis, lorsque celui-ci et occupé par les troupes allemandes, elle ouvre une boutique à l’angle de la Jacob et de la rue Bonaparte (voici donc ma fameuse rue Bonaparte !). Elle côtoie le cœur du monde artistique, des sculpteurs, des peintres, des musiciens, de Chaïm Soutine (1893-1943) d’un an son aîné et qu’elle considérait comme le plus grand artiste du XXème siècle, à Amedeo Modigliani (1884-1920) en passant par Marc Chagall (1937-1985), André Derain (1880-1954), Pablo Picasso (1881-1973), Erik Satie (1866-1925) et René Iché [2] (1897-1954). Soutine fait un portrait d’elle qu’il intitule La Petite Madeleine de la Décoration. Il est exposé au MoMA [3]. On rapporte d’ailleurs que Soutine a refusé un billet de cent francs (une autre somme à l’époque bien-sûr) que lui tendait Marcelin Castaing, parce que ce dernier n’avait pas regardé le tableau qu’il voulait acheter. Cela me rappelle l’anecdote de mon grand-père sur Madeleine Castaing : impossible de lui acheter quoi que ce soit si on ne lui revenait pas.

Pourquoi la « petite Madeleine » ? Parce que Madeleine Castaing aimait la littérature, elle lisait et relisait Proust comme du reste Balzac et Céline. Cela me rappelle ma grand-mère, qui elle aussi lisait La Recherche avec délectation. Ont-elles jamais échangé à ce sujet ? En fait de littérature, Madeleine était aussi amie avec Henri Miller (1891-1980), Maurice Sachs [4] (1906-1945), Louise de Vilmorin [5] (1902-1969) et Blaise Cendrars (1887-1961). Cendrars, je me souviens de ses œuvres chez ma grand-mère, L’Or en particulier. J’apprends que Madeleine Castaing a aménagé la maison de Cocteau (1889-1963) à Milly-la-Forêt, ainsi que la villa de Santo Sospir à Saint-Jean-Cap-Ferrat qui appartenait à Francine Weisweiller (1906-2003), riche mécène, qui, justement, avait tissé des liens étroits avec Cocteau. Aménager la maison de Cocteau… il faut se rendre compte de ce que cela veut dire. Car, pour Madeleine Castaing, aménager signifie faire ressortir avec goût la personnalité des propriétaires. Elle a donc été un temps dans la tête de Cocteau. Quelques images d’Orphée et de La Belle et la Bête me passent par la tête, comment rendre l’univers d’un homme comme Cocteau ?

Si l’on s’intéresse de plus près au style Castaing, à ce qu’il reste de ces intérieurs aménagés par elle, qu’y voit-on ? Le goût. Le néoclassique qui se serait dépouillé de sa lourdeur et qui aurait conquis la grâce. Du maintien, de l’élégance, mais de la légèreté, un brin évaporé, le tulle qui entoure le corps mince et musclé d’une ballerine. Le néoclassique chausse ses pointes donc. Elle a un sens de la symétrie, du drapé, qui ne fait pas bourgeois. Elle parsème ses intérieurs d’éléments Empire et Directoire sans ces airs de vieux sphinx suranné. Je ne sais pourquoi, je repense au Spleen de Baudelaire. Il y a chez elle une harmonie d’angles et de ronds, des couleurs pastelles élégantes, comme un beau papier à lettres, un usage de l’acajou qui souligne sans trancher. De la poésie, du discret, du feutré. Les pas d’une ballerine sur scène que l’on entend à peine.

Je m’étonne des couleurs et des motifs : tout les oppose et ils vont quand même ensemble ? Je m’étonne de cet univers qui est tout de même bien rempli, comme si toutes les surfaces devaient avoir un motif que l’on retienne, et qui ne fait jamais saturé.  Il y a un « bleu castaing », pastel sans être pâle, qui tire sur le vert, qu’elle associe souvent au noir. Cela me fait penser à cette fameuse enseigne de thé britannique, Fortnum & Mason. D’une certaine façon le goût de Madeleine Castaing n’est pas très éloigné non plus du style de l’enseigne Ladurée qui occupe aujourd’hui l’emplacement de son ancien magasin rue Bonaparte. Un salon de thé qui fait d'excellents macarons  à la place de son magasin, on aurait pu trouver pire. J’admire le mélange harmonieux des genres, on dirait que ces meubles, pourtant si différents, ont été conçus pur aller ensemble, c’est là le talent de tout grand décorateur. Madeleine Castaing a résisté à la mode Louis XV-Louis XVI pour introduire du Directoire, de l’Empire, des artistes contemporains. Pourvu que ce soit avec goût aurait pu être sa devise (ne devrait-elle pas d’ailleurs être celle de tous les décorateurs ?)

Je ne m’étonne pas en fait du mélange des genres, ni des couleurs et motifs audacieusement juxtaposés, je les reconnais : c’est cet esprit qui soufflait sur la décoration que j’ai toujours vu chez ma grand-mère, et dans la quelle j’ai grandit. Je n’avais pas l’impression d’y avoir prêté attention et pourtant, je me souviens de cet univers, de ces objets, de ces couleurs, des ambiances, des atmosphères… Ce n’est pas comme si j’avais grandit dans une bonne maison bourgeoise classique, ni dans un château dont on ne touche plus la décoration depuis des dizaines d’années. Chez ma grand-mère, on sentait la veine créatrice : chaque jour elle avait une nouvelle décoration quelque part, un nouvel objet, de nouvelles couleurs, des plantes, un ruban, une touche de peinture, un rien… de l’art. Faisait-elle une table, on mangeait le dîner avec les yeux… J’ai des souvenirs merveilleux de tables de noël, de tables de printemps, de tables d’automne, de tables dont je pourrais lui redonner chaque détail. Et dire que je n’avais à l’époque pas l’esprit à cela, c’est étrange. Je savais pourtant parfaitement ce qui me plaisait et ce qui me déplaisait, ce qui « convenait » et ce qui « ne convenait pas ».

N’utiliser un objet, fusse-t-il le plus magnifique du monde, que s’il s’accorde à la pièce, aux autres objets, à l’esprit que l’on veut voir régner dans la maison. La tentation est grande pour un collectionneur de s’entourer de très beaux objets, les plus beaux meubles, dans les plus belles matières, les plus chers aussi, pour peu qu’il soit un peu gagné par le snobisme. Mais il faut savoir y résister. Savoir apprécier un objet comme si on le voyait sur un piédestal dans un musée, lui reconnaître de grandes qualités, mais savoir lui préférer le moins beau qui accompagne mieux le reste de la pièce. Une pièce c’est un tout, un esprit, une harmonie. Il n’y a de vrai goût que du tout, une personne qui n’aime que les objets pris uns par un et qui ne sait pas les accorder ,ne fait en fin de compte que les gâcher, elle produit une accumulation. C’est exactement comme lors d’une audition au conservatoire : il y a ceux qui « font des notes » et ceux qui « font de la musique ». Si la décoration est une symphonie fantastique, Madeleine Castaing, c’était Berlioz. Chapeau bas [6].

 


[1] Jean-Michel Liaut, Madeleine Castaing, Mécène à Montparnasse, décoratrice à Saint Germain-des-Près, Payot, 2008.

[2] René Iché (1897-1954), moins connu, de moi du moins, était un sculpteur surréaliste qui fut très engagé dans la résistance.  

[3] Acronyme de Museum of Modern Art.

[4] Maurice Sachs aurait  d’ailleurs un jour disparu avec un Soutine dérobé au couple Castaing. Les Castaings pratiquaient la politique de la porte ouverte et étaient, semble-t-il, fort généreux avec leurs « amis ». Se référer à l’article « La Fausse camaraderie du dandy photographe » publié par Le Figaro le 13/02/09.

[5] Louise de Vilmorin dont Françoise Waegener a sorti en 2009 chez Albin Michel une belle biographie : Je suis née inconsolable, Louise de Vilmorin (1902-1969).

[6] Pour l’anecdote, Madeleine Castaing portait toujours un chapeau, sauf sur une photographie prise dans sa vieillesse (sénile ?) par le photographe François-Marie Banier, où elle apparaît de surcroît en chemise de nuit. Ce même François-Marie Banier est en procès avec la famille Bettencourt au sujet de la générosité (sénile ?) de Liliane Bettencourt. Se référer à l’article « La Fausse camaraderie du dandy photographe » publié par Le Figaro le 13/02/09.

 

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 16:33



Elle fume pas, elle boit pas, elle drague pas, mais... elle cause!

(Audiard, 1969) Bande-annonce.

 


Je dispose d’une petite heure et je décide d’aller prendre un bon café au Starbucks. Vu l’heure et le quartier, je sais que j’ai de fortes chances  de tomber sur une bande de fils et filles à papa. Le genre de bande constituée de trois à quatre petits monstres d’égoïsme des deux sexes, qui braillent en exhibant leur iphone, entre deux gorgées de la dernière boisson à la mode. Mais, je prends le risque : j’aurais peut-être la bonne surprise de pouvoir déguster mon café et lire en paix. Pourquoi devrais-je toujours avoir raison ? Et puis pourquoi ces bandes devraient-elles être antipathiques ? Les gens n’ont-ils pas le droit de s’amuser ?

Je m’assieds à une table les deux tables à côté sont inoccupées : c’est bien parti. Je devrais être optimiste plus souvent, cela me réussit. A peine ais-je pensé cela qu’une flopée de quatre étudiants viennent occuper les tables libres. De parfaits spécimens, on n’aurait pas pu rêver mieux. Trois filles et deux garçons. Je vois très bien le genre, trop bien même, mais je décide de rester un peu. Une fille commence à prendre la chaise en face de moi, sans s’excuser, normal. Le garçon lui dit : « Ben demande avant ». Tiens, ses parents auraient-ils tenté un semblant d’éducation ? Etonnant. J’ai une pensée émue pour eux. La fille, quant-à elle, s’exécute, mais manifestement ce genre de finasserie lui passe à dix mille pieds de la tête.

Ils commencent à parler, je continue à lire. Ils parlent de leurs cours de comptabilité, ça a l’air très très dur. C’est certain que pour réussir en comptabilité, il faut être très très intelligent… La fille à la chaise est « d-é-g-o-û-t-é-e », pourquoi ? « J’ai fait le partiel de 2006, celui de 2007, celui de 2008 et celui de 2009. Je savais tous les refaire et aussi les interros de cours et je me tape 6/20. Non mais trop dégoûtée !» Bien, donc, en somme, tu viens de dire à tes amis « Je suis tellement conne que même quand je travaille comme une folle, j’arrive encore à me taper 6/20 ». J’avoue que j’aurais évité : je n’aurais pas mentionné le travail acharné ou pas le 6/20, pas les deux dans la même phrase en tout cas…  Elle est très honnête cette fille en fait, j’admire. Les amis se taisent un très bref instant, il y a comme l’ombre d’un silence gêné. C’est très fugace, mais c’est bien là. Quand même ! Les amis réalisent, mais ils ne relèvent pas. Du reste, la fille à la chaise est le pilier du groupe, elle anime la conversation, elle a toujours quelque chose à dire, toujours quelque chose à rajouter. Difficile de lire avec une personne aussi… dynamiquement creuse qui résonne à deux pas de soi.

Cela me fait revenir quelques années en arrière, j’ai un nom en tête : Anne-Laure. Cette Anne-Laure, je l’ai croisée dans mes études, c’était une miss-rallye qui avait atterri en prépa et qui tentait, entre deux soirées, de travailler tant bien que mal. Pas une lumière sans être excessivement stupide, assez expansive et bavarde à souhait. Je n’avais rien contre elle, sauf peut-être son attitude légèrement condescendante à l’égard de la personne « trop sérieuse » que j’étais, mais j’avais des co-préparationnaires qui lui étaient ouvertement hostiles. Un jour, alors que, pour la n-ième fois, ils me répétaient que, quand on est « comme elle », on ne devrait pas se payer le luxe d’être aussi expansive, je leur fis remarquer qu’elle avait tout de même réussi à entrer dans notre prépa et que par conséquent son intelligence… Mon ami Maxime m’arrêta tout de suite : « Je ne sais pas si le mot ‘intelligence’ convient dans son cas », tout était dit. J’aimais bien ce Maxime.

Retour au XXIème siècle. Le groupe se met à parler « TOC », Troubles Obsessionnels Compulsifs. Classique, ils ont sûrement une professeure qui a un TOC, quelqu’un qu’ils peuvent détester à loisir. Ils vont énumérer les autres « cas » dans leurs connaissances, puis ils vont tenter de « conceptualiser ». Manifestement, ils ont des idées confuses sur le sujet. La fille de la chaise évoque le syndrome Gilles de la Tourette. Pas mal, elle arrive à sortir le nom sans se tromper. Mais voila qu’elle se pique de vouloir imiter les effets du dit syndrome. D’une voix rauque, et vide à faire honte à un déficient mental,  elle hurle, ou plutôt elle éructe, un consternant : « pauvre con ! » Dire que j’apprécie beaucoup ce genre d’agression sonore est encore un euphémisme. Elle ne sait pas qu’elle vient d’échapper à une brûlure intégrale du visage au  café bouillant. Elle recommence, une fois, deux fois, non, trois fois. Le garçon l’interrompt, il est vaguement gêné. Elle recommence encore. Elle ressemble au mauvais garçon de Pinocchio juste après sa transformation en âne : elle brait littéralement. Elle fume pas, elle boit pas, elle drague pas, mais ... elle brait! [1], un film d’Audiard (Michel, parce que Jacques on en parle assez en ce moment).

Je me perds dans mes pensées… Consternation. Si ces gens là existent, s’ils sont la majorité… Ce n’est pas juste un petit moment de délire entre amis. C’est un lieu public ici, il y a des gens qui travaillent. Plus tard elle aura un métier, elle aura un master, quoique, vu ses notes c’est mal parti. Ces gens-là ont des parents… ces gens-là auront des enfants. Ils vivent leur petite vie, ils vont aux soirées… C’est ainsi qu’il faudrait que je sois, il faudrait que je me moque de tout, que je me contente d’étaler ma « personnalité », si pauvre soit-elle, à la face du monde… Il faudrait que je m’en fiche. Comme elle. Quand même, elle contredit ma théorie que les gens sont haïssables en foule et plus supportables pris individuellement. Elle tourne sur elle-même, elle se fiche de son environnement, pire, elle le méprise. Elle n’est pas juste abyssalement stupide, elle est abyssalement égoïste. Elle tuerait avec le sourire, comma ça, sans rendre compte : « Ben quoi ? J’ai pas fait exprès ! ». Ces gens-là sont dangereux, ce sont les personnes à stupidité contondante, ils ne tranchent pas, ils ne sont pas incisifs, ils tuent par contondance, par leur bêtise, par leur ignorance, par leur lourdeur… Je ressors de mes pensées. Un peu de café. La prochaine fois, je ne resterai pas. Je retourne à mon livre. Qu’est-ce que je lisais au fait ? Un si fragile vernis d’humanité, Banalité du mal, banalité du bien [2]

[1] Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais elle cause film d'Audiard de 1969, avec l’excellente Annie Girardot

[2] Terestchenko, Michel, Un si fragile vernis d’humanité, Banalité du Mal, banalité du Bien, La Découverte, 2005.

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 14:45

 

 

 

Bizet, L'Arlésienne, Suite No.2, Menuet et Fanrandole

 

 

Un salon de thé sur la place du Trocadéro. Je dois y retrouver mon ami S. pour le petit-déjeuner. J’arrive dix minutes en retard, il me prévient qu’il est encore plus en retard que moi. Je rentre donc et je demande une table pour deux. On me fait traverser une salle déjà bien remplie et on m’installe à une de ces tables si ridiculement petites qu’elles n’incitent guère à la consommation : à peine la place d’y poser une théière, inutile de penser à la croissanterie. Je commande un expresso. Je sais bien que, quand il arrivera, mon ami S. commandera ladite croissanterie et que la table sera envahie. Je laisse donc ma tasse de café profiter de cette solitude assumée. L’espace est un luxe de nos jours, n’est-ce pas ?

J’ai pris place comme à mon habitude sur la banquette et non sur la chaise, de sorte que j’ai une vue dégagée sur tout le salon. Immédiatement à ma gauche se trouvent deux autres tables. A la première, il y a un homme et une femme d’une soixantaine d’années. Je les ais obligés à déplacer quelque peu leurs affaires quand j’ai pris place sur la banquette, ce qu’ils ont fait de manière assez aimable. L’homme porte un pardessus assez ordinaire, la femme un manteau de fourrure d’une certaine qualité. A la table d’après se trouvent un homme  du même âge et une femme plus jeune. Je lui donne environ trente-cinq ans. Elle a les traits assez fins et typés, elle est blonde. Elle est habillée en bourgeoise, mais en bourgeoise active, pas le genre qui élève les enfants à la maison. Elle à l’habitude de sortir. Elle a l’habitude du contact humain. Elle sait communiquer, elle a une certaine présence, une prestance, profession libérale je dirais. Une certaine intelligence aussi à première vue, de celle qui consiste à savoir manier des éléments au sein d’un modèle, et puis une véritable assurance… J’ai en tête une vague idée de Marine Le Pen, mon inconnue serait-elle avocate ?

Conversation. Le premier couple, ce sont des amis, des commerçants du Sentier qui parlent plus ou moins affaires, rien de bien passionnant. Le second couple s’avère être un père et sa fille. La fille est avocate, bonne intuition donc. Ils parlent affaires également, affaires juridiques pour être exacte : le parquet vient de faire appel de la décision de justice concernant l’affaire Clearstream. Et puis voila que les deux femmes se lèvent, à quelques secondes d’intervalle, pour se rendre aux toilettes. Et là une chose intéressante se produit. Le commerçant s’adresse au père de l’avocate : « Monsieur, je vous connais… » Enumération d’amis et de connaissances, les deux hommes se connaissent en effet. Et de quoi parle-t-on ? Du Sentier. On parle affaires, et bien évidemment, le monsieur du Sentier peut arranger des affaires intéressantes pour l’autre monsieur. Mais cela ne tombe pas dans l’excès, c’est habilement amené, pas trop appuyé. L’avocate revient des toilettes. On se présente, et on se serre la main.

« Ma fille qui est avocate. »

« Ah ! c’est bien ça. Et vous ne connaîtriez pas V.H. par hasard ? »

« J’ai eu une belle sœur qui était amie avec sa femme. J’ai été mariée pendant plusieurs années à J.B. en fait. »

Tout ceci sur un ton parfaitement libéré et décomplexé. Comme s’il s’était agit d’une joint venture: on a été en affaire, rupture du contrat et c’est fini. Je gage que le divorce de la jolie avocate est passé comme une lettre à la poste. La dame du sentier revient à son tour des toilettes.

 « Tiens Ginette, voici monsieur M. On se connaît. Et sa fille qui est avocate. »

« Moi aussi je connais le monsieur, c’est ce que je me disais depuis tout à l’heure. »

« Ah oui ? »

« Oui, tout à fait. Votre femme est venue acheter du tissu chez moi. Mais vous ne me connaissez pas. C’est ce que je dis toujours : je connais tout le monde et personne ne me connaît. »

« Ah mais comment cela se fait? »

« J’ai beaucoup travaillé au magasin, je m’occupais des comptes, j’arrivais le matin, je repartais le soir et je ne voyais personne. Mais, j’entendais parler de tout le monde. C’est ce que je dis toujours: je suis l’Arlésienne du Sentier. »

Jolie formule, je salue intérieurement, et me demande depuis combien d’années elle l’utilise ? J’entends la suite de Bizet, c’est un air entêtant, l’air d’un chant de noël, La Marche des rois, « De bon matin, j’ai rencontré le train de trois grands rois… ». C’est certain, le sentier aurait pu habiller le cortège des rois mages, comme un Rothschild peut boire un verre de Lacrima Christi. Puis je repense à Alfonse Daudet, aux Lettres de mon moulin que me lisait mon père… C’est alors qu’arrive Benjamin, grand et jeune garçon brun. Force d’effusion avec l’Arlésienne du Sentier, sa tante probablement. On refait les présentations. On rapproche les tables, on amène un siège pour Benjamin.

Entre temps, bien sûr, mon ami S. est arrivé. Nous avons eu le temps de petit-déjeuner, et de parler, de son travail pour l’essentiel, S. était fort préoccupé ce jour-là. Il ne faudrait pas croire que je n’ai prêté à notre conversation qu’une attention distraite : c’est aux tables d’à côté que j’ai prêté une attention distraite. Mais je ne peux m’empêcher de voir, d’entendre, de noter, l’air de rien. S me dit qu’il veut sortir, je ne m’oppose pas. Je ne m’oppose jamais pour ce genre de choses. Je quitte donc le sentier. Je me glisse dans le faible espace qui sépare nos tables. L’hôtesse du salon de thé me dit : « Vous avez vu, il faut vraiment être mince ici !» Et oui, l’espace est un luxe de nos jours, même physiquement on ne peut pas se permettre d’occuper trop de place.

 

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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 08:46

 

 

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Eric Cartman - South Park

 

 


Il m’arrive souvent de consulter LE meilleur dictionnaire en langue anglaise qui soit au monde, j’ai nommé : The Urban Dictionary. Il s’agit d’un dictionnaire "coopératif" en ligne, qui fonctionne un peu sur le modèle de Wikipédia. Les utilisateurs peuvent créer leurs propres entrées, ou fournir des définitions alternatives aux termes et expressions déjà répertoriés. A la différence de Wikipédia cependant, on ne peut pas modifier une définition proposée par un autre utilisateur, et chaque entrée a potentiellement une infinité de définitions associées. Il y a également un genre de modération qui limite la présence de private jokes (qui ne font rire que vous et un cercle restreint d’amis) et les attaques personnelles (lorsque vous entrez le nom de quelqu’un que vous portez dans votre cœur et l’assaisonnez d’une bonne petite définition de votre cru). Et puis, les utilisateurs votent pour la définition la plus convaincante, de sorte qu’elle apparaît en premier, suivie d’une ribambelle de textes plus ou moins pertinents.

Le grand mérite de ce dictionnaire est d’exprimer ce que tout le monde pense tout bas, sans langue de bois et sans hypocrisie. Lire cela, c’est un peu comme lire dans les pensées des gens. Il faut comprendre : bien caché derrière son écran, on peut se permettre, au travers des définitions, de s’exprimer réellement, sans crainte (légitime) de se mettre les autres à dos. Si certaines définitions sont assez bien vues et ne manquent pas d’humour, le contenu est en général (très) cru, misogyne, vulgaire, méchant, voire franchement cruel. C’est instructif quant à la « nature humaine ». D'ailleurs, à lire cela, on en oublierait presque qu’il existe des « gens gentils ».

Mais il faut tempérer un peu: les gens ne font pas qu’exprimer leurs pensées secrètes, ils veulent aussi faire « mieux » que la définition voisine. Cela donne parfois un peu l'impression d'assister à un épisode de South Park, où Eric Cartman, enfant obèse, archi-égoïste et frustré, produit d'une famille monoparentale "dysfonctionnelle", passe son temps à sortir des grossièretés et à dévergonder ses amis. Il y a donc surenchère de vulgarité et de cynisme. Non pas que le cynisme me choque, je veux simplement dire qu’il fait parfois très artificiel, comme si on voulait à tout prix déconstruire toute illusion sur la nature humaine, tout semblant d’humanité, pour montrer qu’on est un vrai « dur » parfaitement lucide et désabusé. C’est tout à fait dans l’esprit du temps, on en reviendra quand il n'y aura plus aucune illusion à déconstruire, plus de bienveillance, ni de prévenance d'aucune sorte.

Outre que j’y trouve un grand intérêt sociologique, un cours de civilisation américaine et de culture populaire, les définitions me font parfois franchement rire, ce qui m’aide à compenser toutes les fois où je me force par politesse et toutes les fois où je n’arrive même plus à me forcer et où je me contente d’un mouvement des lèvres que j’aimerais faire passer pour un sourire.

Je crois que je vais commencer une petite chronique de ces définitions et autres néologismes trouvés sur the Urban dictionary. Avec presque 5 milions d'entrées éditées depuis la création en 1999, le moins qu'on puisse dire, c'est que l'on a l'embarras du choix…

Whoredinary

Whore and ordinary. Ordinary whore.

Muffin top

When a woman wears a pair of tight jeans that makes her flab spill out over the waistband, just like the top of a muffin sits over the edge of the paper case.

Stealth abs

When your ripped six pack is covered by a thick layer of fat. “This isn't a beer belly, it's my stealth abs. I just needed to avoid attracting too many ladies with my well defined stomach.”

Grand Theft Impairement [effets du jeu Grand Theft Auto sur votre organisme]

The 4-hour period of time that you cannot drive or function in society due to playing Grand Theft Auto. You may have the intention to steal a car, kill innocent people, and/or drive recklessly.

Girl: Hey you wanna come pick me up so we can go to the movies?
Guy: Aww, I wish but I have grand theft impairment, I can come later though.

Bag lady

A homeless or poor woman that wears tacky, weird looking outfits and usually has dirty fuzzy hair and a hat. They pack around bags or a bag filled with junk and sing songs as they waddle down the streets.

Best Behaviour Friend

A friend whom you have very little in common with and you act on your best-behavior when you're with. A best-behavior friend does not typically know the extent of your true character or transgressions because you misrepresent the truth to make yourself look good or innocent. A person with a best-behavior friendship may see the friendship as important or long-standing and so lying about situations or leaving out key facts becomes common.

 

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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 18:55

J’inaugure une nouvelle catégorie… Je me suis dit qu’avec tout ce que je lis tous les jours, il ne me coûterait rien de retranscrire ce qui, dans l’actualité, a retenu mon attention. Ma « revue de presse » sera volontairement chaotique, désordonnée et à des années lumières de l’exhaustivité ou d’une quelconque rigueur. Elle concernera aussi le contenu des blogs ou des sites que je lis.

Le sujet No.1 : Gordon Brown harcèle ses collaborateurs, une hotline anti-harcèlement a reçu plusieurs appels provenant de Downing Street. Evidemment, il faut bien qu’il y ait quelque chose, s’il n’a pas de maîtresse, il faut qu’il violente ses collaborateurs.

Superman trick: 10c turns into $1m! Une BD de Superman vendue 1 million de dollars, sachant que le coup d’origine était de 10 cents. L’inflation sans doute. Pour 75 000 dollars de plus, vous pourrez vous offrir l’original de 1939 où Batman apparaît pour la première fois.

Malouines/Falklands : C'est reparti comme en '82. Tout ça pour… du pétrole, un forage au large de l’Argentine.

Cela vous est-il déjà arrivé d'accomplir mentalement un massacre à la Bowling for Columbine? Des étudiants américains du Colorado luttent pour le droit de porter une arme à feu.

Ce que lisent les héros de séries télévisés.  Un bon sujet qui en dirait beaucoup sur la société actuelle... Le téléspectateur lit le dernier torchon à la mode, sa série favorite lui fournit  un digest de la « vraie » littérature.

Meg Whitman, prétendante à la succession de Schwarzenegger au poste de gouverneur de Californie a choisi de porter un manteau Burberry's à une course de stock-car: c’est ce qu’on appelle une faute de goût. Elle va avoir du mal à égaler Sarah Palin dans la nullité politique, mais tout de même...

Commentaire d’un porte-parole de son rival, Steve Poizner: "Let's say you are an out-of-touch billionaire running for governor and everyone is accusing you of trying to buy the election. You need to show that you are in touch with regular working people, so you go to a Nascar race on a Saturday night. But was that a Burberry coat that Meg chose to wear to Nascar? Isn't that against some kind of unwritten rule? ” [The Independant]

La chef de l'église évangélique allemande (EKD), Margot Käßmann, conduit avec 1,5 gr d’alcool dans le sang... Mais bon, il faut lui pardonner, elle est une femme/évêque/divorcée/a eu un cancer (rayer la mention inutile). L’église évangélique lui a renouvelé son soutien, du reste elle a décidé de se retirer un peu des affaires. Et puis c’et bien connu : « Die Heiligkeit der Kirche bezieht sich nicht auf die Heiligkeit der Amtsträger » (la sainteté de l’Eglise ne repose pas sur la sainteté du ministre du culte, en d’autres termes, les membres peuvent être pourris, le corps reste sain) [Der Spiegel]

Please rob me ! Un site internet mis au point par un néerlandais montre de manière préventive comment des criminels pourraient utiliser les renseignements de Facebook et autre Tweeter pour planifier des cambriolages.


Et maintenant, cadavre exquis (ou presque) : Gordon Brown se prend pour Superman dans les Falklands en pointant une arme sur un héros de série télé moins bien habillé que Meg Withman et plus saoul que Margot Käßmann, allons vite sur Facebook et Tweeter relayer cette info exclusive!
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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 07:09


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Faire la conversation, une nécessité. N’oublions pas que « la parole a été donnée à l’Homme pour cacher sa pensée ». Les gens se rencontrent, ils veulent faire connaissance, il faut se présenter. Qui suis-je ? Ce qui se résume à : « que fais-je dans la vie ? », il y a intérêt à éprouver une certaine fierté à l’égard de son activité (ou de sa non-activité) professionnelle. Parler travail amène à parler études lorsqu’on est jeune, famille lorsqu’on l’est un peu moins. Et puis, on en arrive vite aux loisirs, aux goûts et autres centres d’intérêts. Le sujet typique, du moins pour moi, la musique. Et là évidemment, les choses se compliquent, j’ai beau fréquenter des gens en général fort bien éduqués et fort bien mis, la musique classique, du moins la musique classique au sens où je l’entends, n’est pas si souvent leur tasse de thé. Or, ce qui est lassant dans les discussions plus ou moins mondaines, à savoir l’inconsistance et la superficialité des gens, devient franchement drôle lorsqu’il y a une « légère » ambiguïté sur la nature des relations possibles. Autrement dit : lorsque l’on intéresse une personne pour « plus si affinités », et qu’elle se croit obligée de souscrire à nos goûts…

En général, une ardente passion pour l’art art lyrique jette comme un léger froid. « Vous aimez l’opéra ? Ah, oui… Je vois. » Si j’ai envie de passer à l’ère glaciaire, nécessité en ces temps de réchauffement climatique, j’ajoute que « je sors très souvent à l’opéra, une fois par semaine en moyenne ». Cela n’est plus si vrai aujourd’hui, mais il fut un temps où j’avais le plaisir de fréquenter régulièrement les grandes maisons. Il faut s’imaginer la personne en face effectuant une rapide opération mentale. Se voit-elle à l’opéra en ma compagnie? Si l’on reformule la question de manière moins diplomatique: se laissera-t-elle traîner à l’opéra pour supporter des heures et des heures de Wagner ? Je lui dirais bien que non, aller à l’opéra n’est pas nécessairement comme se rendre au festival de Bayreuth. Et que non, il n’y a pas que Wagner qui ait quelques longueurs, Strauss n’est pas mal non plus dans le genre. Mais je laisse les choses se faire, je souris modestement, et je n’en pense pas moins.

Si j’annonce la couleur de manière moins radicale, en déclarant simplement que « j’aime la musique, en particulier le classique » (cela fait assez large d’esprit non ? et puis j’apprécie aussi d’autres types de musique, il faut être juste), j’ai souvent droit à un petit « moi aussi, j’écoute du classique ». Sauf que je n’écoute pas « du classique », j’écoute de la musique romantique, du baroque, de l’opéra, de la zarzuela, de la musique de chambre, de la musique symphonique, des œuvres sacrées, j’écoute des compositeurs, de Buxtehude à Vieuxtemps, dont la plus part des gens ignorent l’existence (et s’en portent très bien)… Enfin qu’importe, c’est juste lassant qu’au bout de deux minutes de conversation on apprenne que la musique classique se résume à Mozart-Bach-Beethoven et ne s’écoute qu’aux grandes occasions (comme pour la religion, autant de croyants non-pratiquants). Mozart-Bach-Beethoven, c’est fort bien (c’est divin même), mais c’est la partie émergée de l’ice berg, et puis encore faudrait-il nommer quelques œuvres, quelques interprètes…

Auprès d’un certain nombre de personnes, les romantiques, Chopin en particulier, ont du succès. Cela me fait toujours bonne impression, que l’on me réponde « j’aime Chopin ». Je poursuis donc sans trop d’illusions cependant : « J’écoute du Chopin aussi, quel interprète aimez-vous ? » Et là, en général, c’est l’avalanche, le blanc complet. C’est le risque lorsque l’on évolue en hors-piste. « Heu, je ne sais pas… J’ai ce cd à la maison… » D’accord mon bon ami. Je ne dis pas qu’on doit tout connaître : j’en découvre tous les jours, cela fait partie de la vie et heureusement. Mais aimer ce n’est pas juste connaître comme ça, citer Chopin parce qu’au fond c’est le seul compositeur qu’on ait écouté ces cinq dernières années. Une musique, c’est un compositeur, une œuvre, une mise en scène, une interprétation par des artistes à une certaine occasion (toutes les représentations ne se valent pas)…

J’ai remarqué que souvent une personne un tant soit peu cultivée qui n’apprécie pas tant que cela le classique, va répondre de façon fort habile: « Oui bien-sûr, il m’arrive d’écouter Glenn Gould ». Peut-être même aurai-je droit à une mention des Variations de Goldberg. Sony Classics a bien fait son travail, Glenn est en tête de leurs ventes. Glenn Gould c’est du classique décomplexé, in, trendy, le brin de culture qui fait raffiné, sans faire passionné (être passionné c’est mal : cela relève du délire artistique, ces gens qui n’ont pas les pieds sur terre et qui ne gagnent pas d’argent). C’est du classique qui tend vers le jazz, ce sont des œuvres pour clavecin interprétées au piano. C’est du classique pardonnable, socialement acceptable. Mais si on aime vraiment Gould, on sait en quoi son interprétation est différente, on a comparé. Si on aime les Variations, on les a entendues jouées par d’autres…

Enfin, peut-être que tout ce que j’écris est abominablement prétentieux. Pourtant, je ne juge pas les gens meilleurs ou moins bon qu’ils ne sont en fonction de leur culture ou de leur degré d’amour pour la musique dite « classique ». Je ne les juge pas du tout pour cela, de gustibus et coloribus non disputantur. Si je n’aimais pas la musique classique, je ne m’en cacherais pas. D’ailleurs, je peux très bien comprendre que l’on n’aime pas, que l’on trouve cela ennuyeux, que l’on pense que les chanteurs d’opéra hurlent (ce qui est vrai pour beaucoup). Question de sensibilité et d’éducation. Mais que l’on mette tout dans le même panier, quand même, n’est pas une preuve d’intelligence, ni d’ouverture d’esprit. Et puis il y a ce petit sourire qui passe entre gens aimant la « musique normale », celle que tout le monde écoute. Il y a toujours au fond cette idée qu’une personne qui « écoute du classique » est « chiante » et « vieux-jeu ».

Je comprends en outre que l’on veuille faire la conversation. En société, c’est nécessaire, deux mots par-ci, un sourire par-là. Je comprends que l’on tente de séduire en s’intéressant un minimum aux goûts de l’autre et en lui présentant une facette de nos goûts qu’il puisse apprécier. Mais il faut rester soi. Personnellement, j’ai du mal à éprouver des sentiments pour une check-list culturelle ou intellectuelle. Parfois je crois qu’il serait mieux de s’abstenir. Mais dans ce cas, on garderait souvent la bouche fermée, n’est-ce pas ? Sois belle et tais-toi ! Sois beau et tais-toi ! Exactement la même chose. La demi-mesure en matière de culture, de sensibilité et de profondeur de vue m’incite toujours à opter pour une franche superficialité... Au moins que l'on ait le plaisir  (ou qu'on s'évite le déplaisir) des yeux.

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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 01:24



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« London bridge is falling down, falling down, falling down, my fair lady… », la comptine m’évoque désormais Los Angeles immortalisée par le film de Joel Schumacher, ville suffocante et saturée à l’aube des violentes émeutes raciales de 1992. Falling down est un film qui, sans avoir été ignoré par la critique, n’a peut-être pas été assez salué pour avoir su capter avec une grande acuité l’esprit d’une époque. Epoque qui, bien que près de vingt ans aient passé, est encore la notre…

Foster (l’excellent Michael Douglas) est un employé type, chemise blanche à manches courtes, cravate noire, lunettes cerclées de plastique d'un épais plastique noir, cheveux en brosse, bien propre sur soi. Seulement voila, pris dans un embouteillage interminable, il décide soudain de « rentrer à la maison ». Mais a-t-il encore une maison, un refuge, une famille à retrouver? Sous des apparences d’employé bien rangé se trouve en fait un homme à la dérive, licencié depuis peu, divorcé, privé de droit de visite, mélange détonnant qui n’attendait que la surchauffe de Los Angeles cet été là pour exploser.

I've passed the point of no return. Do you know what that is, Beth [ex-wife]? That's the point in a journey where it's longer to go back to the beginning. It's like when those astronauts got in trouble. I don't know, somebody messed up, and they had to get them back to Earth. But they had passed the point of no return. They were on the other side of the moon and were out of contact for like hours. Everybody waited to see if a bunch of dead guys in a can would pop out the other side. Well, that's me. I'm on the other side of the moon now and everybody is going to have to wait until I pop out.

Foster tombe sur un sac de gym contenant une abondante provision d’armes, pas si improbable au pays du Deuxième Amendement, dans une Los Angeles en proie à la guerre des gangs. Il va les utiliser le plus simplement du monde, pour se faire entendre, pour se frayer un chemin jusqu’à cette maison qui n’est plus la sienne, vers une vie qui est depuis longtemps révolue. Il y a du  Kafka dans ce film, on y retrouve ce sentiment cauchemardesque d’inéluctable, d’impuissance, d’injustice résignée. Foster n’est qu’un rouage dans le système Los Angeles, d’ailleurs il est désigné tout le long du film par sa plaque d’immatriculation : « D-Fens » [defense], allusion à son ex-emploi dans le cadre du programme de défense contre les Russes.  Il n’est qu’une victime du système, s’il est coupable et violent, c’est malgré lui : «I'm the bad guy? How'd that happen? »

Porté par le jeu poignant et néanmoins sobre de Michael Douglas et de Robert Duvall, le flic du LAPD qui le poursuit, on traverse une Amérique des tensions raciales, une Amérique au chômage, en perte de repères, dominée par l’impératif économique. D-Fens Foster rencontre des asiatiques, des noirs, des hispaniques, des homos, un néonazi, un vétéran du Golf, sans que l’on ait cette mauvaise impression qu’il fallait que le réalisateur « coche des cases ». Au fond, tous tentent de s’en sortir, ceux qui ne sont pas economically viable sont balayés. Justement, face aux pauvres et à la criminalité des gangs, il y a ceux qui s’en sortent très bien, les très riches même, pas plus aimables pour autant. D-Fens Foster traverse ainsi le golf d’un country club dument grillagé (« D-Fens » fait penser à « the fence », la clôture) et la propriété d’un chirurgien esthétique, symbole de la société du loisir et de l’image qui est encore la notre. En tout temps, en tout lieu, la violence, seul moyen d’expression, est banalisée, on se croirait dans le jeu Grand Theft Auto. Il n’y a qu’à voir la facilité déconcertante avec la quelle l’employé Foster fait usage d’armes à feu, manie le couteau, le poing et la batte de base-ball. Et puis il y a ce petit garçon noir si mignon qui explique le plus tranquillement du monde comment il faut se servir d’un lance-roquettes portable, parce qu’il l’a « vu à la télé ».


 

 

Il n’y a pas de « méchant », il n’y a que des imbéciles, des gens qui jouent leur rôle social, qui gardent le masque. Il n’y a pas de salaud, ou peut-être qu’il n’y a que des salauds, au sens de Sartre : « le salaud est celui qui, pour justifier son existence, feint d’ignorer la liberté et la contingence qui le caractérisent essentiellement en tant qu’homme ». D-Fens Foster a justement cessé d’être un salaud. Certes, il continue d’affirmer en citoyen modèle face au néonazi du surplus de l’armée, qui le prenait pour un frère de lutte, qu’il croit en la liberté d’expression. Certes, il croit toujours qu’il est du côté des good guys, lui qui faisait partie du programme de défense contre les Rouges… Seulement le monde a changé, et lui se rend compte à son échelle de tous les masques que le salaud sartrien porte au jour le jour. Ainsi dans un fast-food, quand il se retrouve confronté aux serveurs Rick et Sheila, versions contemporaines du garçon de café de Jean-Paul :

Why am I calling you by your first names? I don't even know you. I still call my boss "Mister", and I've been working for him for seven years, but all of a sudden I walk in here and I'm calling you Rick and Sheila like we're in some kind of AA [Alcoholics Anonymus] meeting... I don't want to be your buddy, Rick. I just want some breakfast.

 

 

 

 

Sorry D-Fens, on ne sert plus de petit-déjeuner, tu es en retard. Il est trop tard pour rentrer à la maison, trop tard pour embrasser une femme dont tu as divorcé et un enfant dont tu n’as plus la garde, trop tard pour le job dont tu as été licencié, trop tard pour avoir des idéaux quand la valeur suprême est d’être economically viable… D’ailleurs qu’est-ce que tu laisses à ta fille si ce n’est une police d’assurance ? Voici donc un film qui capte l’esprit de son temps en portraiturant un homme perpétuellement en retard, peut-être parce que c’est une époque qui va trop vite justement.


 



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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 17:52



 

LipDub Jeunes UMP 2010 - Officiel


J'avais décidé de garder ça pour moi, et puis après tout...


Les jeunes militants UMP veulent rompre avec leur image de Jean Sarkozy miniatures, Auteuil-Neuilly-Passy, « je vote comme papa, maman aussi ». Ils ont envie de nous communiquer leur joie de vivre, de nous montrer leur volonté de changement, leur profonde compréhension des préoccupations populaires. Ils veulent « déculpabiliser » les gens, surtout les jeunes comme eux. Car l’UMP est d’abord le parti du cœur, constitué d’hommes et de femmes chaleureux et ouverts, prêts à débattre de leurs idées avec passion et respect pour construire la France de demain. Une France multiculturelle, multiethnique, une France riche de sa différence et qui se bâtit sur cette différence.

Quoi de mieux pour cela qu’un lip dub, un clip musical où tout le monde danserait gaiement et qui illustrait avec un brin d’humour l’esprit du parti ? Les universités du monde entier l’ont fait, Sciences-po l’a fait, Polytechnique l’a fait, pourquoi un parti politique aussi dynamique et avant-gardiste que l’UMP ne le ferait-il pas ? Or, le cœur du  lip dub , c’est la musique qui sert de support à la chorégraphie. Les militants ont donc logiquement choisi une chanson qui nous annonce gaiement qu’ « il faut changer le monde ». Tout un programme, n’est-ce pas ? S’occuper de la France serait a priori déjà très ambitieux. Mais, changer le monde, c’est mieux. C’est tenir la médiane entre un nationalisme étriqué et des velléités mondialistes ultralibérales. Il n’y a plus qu’à rajouter le nom de « Jésus » au texte pour obtenir la fameuse chanson de La Vie est un long fleuve tranquille. Remarquez, on y entend bien le mot « espérance », vertu chrétienne s’il en est. Soit dit en passant, il semblerait que Luc Plamondon, auteur de ce texte plein de bons sentiments, ait fréquenté un temps le Petit Séminaire. Cela expliquerait peut-être les accents évangéliques qu’assurément Ségolène, Espoir et salut de la France, n’aurait pas reniés.

Le clip commence bien : il s’agit de changer le monde sur fond de tour Eiffel. Certes, cela ne fait pas très « France des régions », mais, les jeunes UMP sont en chemin, ils s’en vont en pèlerinage vers la gare pour y retrouver leur ami, une personne à mobilité très réduite, autrement dit, en fauteuil électrique. La joyeuse compagnie monte dans le wagon de seconde classe. Mais l’ami handicapé a disparu, pourquoi diable? A-t-il pris un autre train, pour Lourdes par exemple ? A-t-il été guéri au contact des apôtres du Parti ? Tout texte sacré conserve ses mystères en dépit de l’exégèse la plus rigoureuse. En attendant, l’UMP est un parti populaire, les classes en mouvement cohabitent bien sagement à l’intérieur d’un train : voila une interprétation originale du marxisme.

Rama Yade nous invite à « marcher à [ses] côtés », mais elle reste assise, avis aux amateurs. Rachida Dati « entend la révolte qui gronde », cela doit faire assez longtemps déjà. En tout cas, si cette révolte est animée par l'ouvrier du clip, jeune bourgeois déguisé armé d’un petit marteau et qui proclame « une nouvelle société », Rachida n’a pas trop de soucis à se faire : le grand soir n’est pas pour demain. Une Marianne noire porte un bonnet phrygien, dommage, ce n’est plus Rama Yade. On l’a obligée à embrasser spontanément un militant blanc, sublimant ainsi dans un geste de camaraderie, voire d’amour christique, ce beau concept de diversité ethnique. Dommage que le jeune militant n’ait pas l’air spécialement ravi. Dans quelques années la jeune fille pourra lui intenter un procès pour « attitude suspecte à l’encontre d’une personne ethniquement diversifiée ».

« La terre soit féconde à tout ce qu’elle a enfanté », une autre jeune fille, enceinte, porte un t-shirt UMP rose. S’agirait-il en fait d’un t-shirt PS ? En attendant, remarquons que si elle est enceinte, c’est qu’elle n’a pas encore enfanté. Décidemment les militants UMP sont en avance pour tout, c’est d’ailleurs pour cela qu’ils nous servent un clip prématuré. En plus, c’est Eric Besson qui nous le dit, serait-il l’heureux futur-papa ? Un sourire énigmatique aux lèvres, il jette avec élégance un pull bleu estampillé UMP par-dessus l’épaule. Eric le rose devenu bleu inaugure ainsi un geste politique qui fera date : le retournement de pull permettant de ne pas se prendre de veste.  Une jeune fille soulève un t-shirt rose « fiers d’être socialistes » pour nous dévoiler un autre t-shirt estampillé UMP. UMP tout court, la fierté n’est pas de mise semblerait-il. Tout socialiste est donc un UMP qui s’ignore, la fierté en moins. Notons ici une méconnaissance de l’esprit socialiste. Une jeune fille socialiste porterait un t-shirt « fières d’être socialistes », autrement dit, accordé en genre et en nombre, car, c’est bien connu, le parti de Ségolène, PDS ou PS pour les intimes, veut abolir les différences entre les sexes.  

Jean-Pierre Raffarin, costume noir et cravate rouge, nous propose à son tour « une nouvelle société ». Je vous livre un scoop : Raffarin, qui a un petit air de Strauss-Kahn dans le clip, est le joker de l’UMP pour 2012. Christine Lagarde à son tour veut nous faire marcher, enfin pardon, nous invite à « venir marcher », elle est debout, c’est encourageant. Subtilement glissé sur un plateau de Scrabble apparaissent les mots « jeunesses », « populaires » et…  « Yallah » !  Yallah, yallah, en avant les amis ! On se croirait dans un épisode de Dora l’exploratrice, mais c’est pour s’assurer que la population française d’origine maghrébine a bien compris qu’on s’adressait-à elle. On a aussi droit à un jeune homme en t-shirt moulant rose-fuchsia, dont la présence proclame haut et fort : nous n’avons pas réussi à avoir Jean-Luc Roméro pour la vidéo, mais rassurez-vous, l’UMP n’oublie pas les personnes à  sexualité(s) différente(s). Frédérique Lefebvre évoque les « chemins de la liberté », qui ont l’air pour le moins tortueux à en juger par le signe cabalistique qu’il fait avec ses mains. Mais ne soyons pas mauvaises langues, cela représente peut-être juste  un cœur. Dans ce cas, l’UMP va avoir rapidement besoin d’une transplantation. Et cela tombe plutôt bien, parce que le parti se propose de devenir expert ès-transplantations : «si les racines sont profondes, nous saurons bien les transplanter ». Encore un scoop : c’est ce que la maman de Pol Pot lui chantait pour le coucher quand il était petit. Quel dommage qu’Eric Besson n’apparaisse pas à ce moment du clip! Qui a jardiné une fois dans sa vie sait que pour transplanter il faut arracher (pauvre petite plante verte qui apparaît dans le clip), et que le succès d’une transplantation dépend de l’adéquation entre la plante et le terrain. Et puis il faut beaucoup arroser…  Mais rassurons nous : même la ministre de l’économie nous dit qu’ « il n’y aura pas de fin du monde » et que « la vie et une éternité ». Maintenant nous savons quoi répondre quand on nous parle de développement durable. De toute façon, il faut « vivre d’amour et mourir d’espérance », exactement comme les immigrants illégaux sur leurs radeaux de fortune au milieu de la Méditerranée. Et comme rien n’est impossible à Dieu, Gilbert Montagné peut tous nous conduire droit au Paradis au volant de sa camionnette.

En somme, le clip ne manque pas d’allusions fort subtiles aux pièces jaunes, aux racines culturelles (curieusement rapportées à une caricature de « la » culture africaine : le tam-tam), au handicap, à la diversité, à l’homosexualité, à l’obésité (noir obèse, mot compte double dans le Scrabble UMP), au football, à la lutte contre le SIDA… On y apprend même que l’UMP recommande la lecture de l’Express et du Nouvel Obs. Et nos jeunes amis de l’UMP de s’échauffer sur la péniche où le clip a été présenté en avant-première. On reconnaît un tel ici, une telle là. « Christine Lagarde a l’air vraiment sympa ». « Rachida a joué le jeu ». « Cela représente bien le parti, ça va faire un carton ». « Nos jeunes ont du talent ». Il y en a quand même qui ont connu des lendemains difficiles. Et oui les amis : « si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tombent tous deux dans le fossé », il faut lire l’Evangile jusqu’au bout et boire le calice jusqu’à la lie…

Tout ceci m’évoque cette théorie selon la quelle pour faire un bon roman les ingrédients sont très simples : sexe, argent, pouvoir ; en attendant, aucun ordinateur armé de ces préceptes n’a jamais écrit de best-seller (je ne parle même pas d’œuvre d’art). Ce qui m’amène à ce triste constat : prenez une chorégraphie géante organisée par des étudiants dynamiques sur leur campus, superposez une musique entraînante, et vous obtiendrez un lip dub. Faites faire la même chose par les jeunes « populaires » UMP et vous obtiendrez un  lip daube. Il convient cependant de rendre hommage aux militants. En effet, au vu des performances chorégraphiques de certains, il faut louer le zèle de ces jeunes : si tracer un cercle dans le vide du bout du doigt a l’air si difficile après répétitions, vous n’imaginez même pas à quoi cela ressemblait avant. Que dire de plus, sinon que ce clip est presque digne de Désirs d'avenir ? Je pose donc sérieusement la question : Ségolène Royale aurait-elle sous-traité son compagnon à l’UMP pour financer sa prochaine campagne ? Si c’est le cas, gageons qu’il ne manquera pas de présenter la facture. En attendant, j’ai un nouveau slogan pour les jeunes UMP à scander sans modération : « Esprit de Ségo sors de ce parti! »

 

Ayons une pensée émue pour la pauvre plante transplantée qui n’a pas survécu...

 

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Published by Le Chapelier fou - dans Politique
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L'orange Maltaise

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