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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 21:05

 

 

 

Give a little time for the child within you,

Don’t be afraid to be young and free

Undo the locks and throw away the keys

And take off your shoes and socks, and run you.

 

La, la, la…

 

Un peu de légèreté en cette veille de week-end : une petite chanson de Free Design, groupe américain qui a officié à la fin des années 1960 et au début des années 1970 (1967-1972). Il se trouve que c’est la musique qui accompagne la nouvelle campagne de publicité Toyota. Mon petit post tombe d’ailleurs tout à fait bien puisque le PDG de la société, Akio Toyoda, s’est excusé publiquement ce vendredi des rappels répétés de véhicules défectueux. Huit millions de véhicules tout de même, y compris les fameux véhicules hybrides qui sont tellement tendance… Soyez sûrs qu’il y a des têtes qui ont sauté. Heureusement pour Toyota, les constructeurs américains, Ford notamment, ont aussi quelques difficultés techniques en ce moment. Non, non, je n’ai pas d’actions Toyota, mais j’ai eu l’occasion de conduire deux générations de RAV 4 et franchement j’en garde plutôt un bon souvenir.

Légèreté donc. Un petit week-end à la campagne se profile, reste à préparer la maison pour que dimanche soir ce ne soit pas la grande dépression en rentrant. Don’t be afraid to be young and free. Facile à dire les enfants. Si facile. C’est sûrement pour ça que je n’y arrive pas: c’est trop facile. Pourtant le nombre de fois où j’ai eu envie de tout envoyer balader, le nombre de fois où j’ai eu envie de me lever et de partir, où j’ai eu envie de dire aux gens qu’ils m’emm***** magistralement, que rien de ce qui était important pour eux n’était important pour moi... J’ai suivi le système, j’ai suivi les règles, j’ai fait ce qu’on attendait de moi, et maintenant bye bye. Undo the locks and throw away the keys

 

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 01:12

 

 

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Est-ce une scène de film, est-ce un acteur hollywoodien ? Et non, il s’agit de Monsieur Teddy Tahu Rhodes, chanteur lyrique néozélandais, qui interprète le rôle de Stanley Kowalski dans une version opératique d’Un Tramway nommé désir. Teddy Tahu Rhodes, qui comme son nom l’indique, a des origines maories, est probablement le plus fit de tous les chanteurs lyriques de la scène contemporaine. Ce baryton d’un mètre quatre vingt quinze n’est pas seulement mince, il est aussi franchement musclé, beau gosse à la manière virile dira-t-on. On notera au passage que c’est sans doute le seul chanteur d’opéra qui ait jamais chanté sur scène en faisant des pompes. Et la voix? Il chante tout à fait correctement, c’est un euphémisme. Un beau baryton titrant sur la basse, profond, bien ancré. Il a même ce petit plus, le talent d’acteur, et un certain charme, même un charme certain.

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Teddy ne ressemble pas à ses collègues. Nous sommes habitués aux ténors bien enrobés. Certes Carreras est très svelte depuis sa maladie et Kraus était plutôt mince, mais Domingo a franchement de l’ampleur, tout comme notre Alagna national, quant à Pavarotti, il était hors concourt. Seulement Pavarotti, quelle voix et quel charisme ! Il est clair qu’il pouvait se le permettre. Si l’on regarde du côté des barytons, on retrouve des Bryn Terfel, Hermann Prey, José Van Dam, et autres Ruggero Raimondi, tous plutôt enrobés. Aux cantatrices on associe toujours une image de femme corpulente, un genre de Mme Castafiore. C’est la tradition des volumineuses cantatrices italiennes à la Tetrazzini, cantatrice notoirement gourmande qui a d’ailleurs donné son nom à un plat fort riche (et délicieux) que l’on peut déguster outre-Atlantique. Il fut un temps où Maria Callas pesait près de cent kilos et que dire de Joan Sutherland ? En 2004 Deborah Voigt a vu son contrat pour jouer Ariadne auf Naxos interrompu par Covent Garden pour cause d’obésité. Il fallait rentrer dans la robe de scène…

Il court une sorte de légende selon laquelle pour bien chanter, pour avoir du coffre, il faudrait être énorme. Aussi, on pense qu’une cantatrice qui maigrit va automatiquement perdre sa voix. Il y a des traits physiques liés aux types de voix, il y a sûrement des considérations anatomiques à prendre en compte, la conformation de la gorge et de la cage thoracique notamment. Mais la voix et sa qualité peut-elle être liée à l’embonpoint d’une personne ? Pas besoin d’être une mamma italienne pour avoir de la voix.

Maintenant, loin de moi l’idée qu’il faille que tous les barytons ressemblent à Teddy : pas besoin non plus d’avoir un physique d’athlète. L’opéra, c’est de la représentation. Si l’on peut faire avec des décors minimalistes (je me souviens d’une formidable Traviata au décor dépouillé signé Willy Decker au festival de Salzbourg en 2005), on peut faire avec le physique d’artistes qui « conviendrait minimalement » au rôle. Qu’importe que les soubrettes n’aient pas quatorze ans, parce que la voix d’une femme s’épanouit sur les quarante ans. Qu’importe que Lucia di Lamermoor soit énorme dans sa robe virginale, si elle a la voix de Joan Sutherland. Il y a bien trois choses différentes, la voix (qualité et expressivité), le jeu sur scène et la plastique, pour être un grand chanteur, la première suffit quoi qu’on en dise. Une belle voix exprime quelque chose. Un personnage à l’opéra, c’est d’abord une volute de notes sur une portée. Ce sont des voix que les grands compositeurs ont habillées, auxquelles ils ont parfois taillé des costumes musicaux sur-mesure.

 

 

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 09:47







La Saint Valentin approche, l’air fleure bon les messages commerciaux en tout genre pour nous le rappeler. Et oui, merchandising et amour libre font bon ménage. L’amour libre, expression post-soixante-huitarde consacrée, mais qu’est-cc que cela veut dire au juste ? L’amour est toujours libre, c’est nous qui ne sommes pas, et ne seront jamais, libres en amour... On généralise l’union libre, on facilite le divorce, soit. Mais on ne peut pas prétendre que cela « libère l’amour ». Certes, on est moins contraint de rester engoncé dans un mariage qui ne convient pas. Mais, cela ne veut pas dire que l’on va pouvoir aimer pour autant. Certes, on peut se mettre en ménage de manière très libre, mais cela ne veut pas dire que l’on puisse aimer plus facilement. La vraie liberté d’ailleurs, ce n’est pas de pouvoir être en couple sans être marié, mais de pouvoir ne pas être en couple. Ne pas avoir de partenaire, fusse-t-il du même sexe, c’est louche et c’est difficilement praticable à long terme passé 25-30 ans. Les amis sont en couple, difficile de ne pas sortir en couple, il y a une case sur le CV pour le couple.


Or, si l’on y réfléchit bien, la plus part des gens en couple n’ont pas ou plus de sentiments, le couple post-soixante huit n’est plus basé sur l’amour que le couple traditionnel ne l’était. Le couple, c’est une nécessité, alors on fait avec ce que l’on a. Cela permet de satisfaire une partie des besoins, physiques et sociaux, on fait au mieux. Le couple porte des projets, il permet de démultiplier les possibilités financières, d’élargir le réseau de connaissances, de s’insérer dans la société. Le couple est un contrat de location à plus ou moins long terme. Cela me fait penser à cette possibilité en Iran de contracter avec une prostituée pour une durée déterminée et selon des clauses déterminées.  A vingt ans on se met en couple parce qu’on est jeune et qu’il faut avoir une copine ou un copain, à quarante – cinquante ans, après un divorce ou l’échec d’une relation longue durée, on se remet encore en couple, parce qu’on est plus si jeune et qu’on pense à l’avenir.


L’amour libre ? Foutaise. Il est toujours aussi difficile de trouver une personne que l’on puisse aimer et qui nous aime en retour. Il est toujours aussi facile et nécessaire de s’engager dans une relation de couple sans amour véritable. Franchement, quelle est la différence entre une jeune fille des années 1950 qui veut quitter le foyer de ses parents et qui se marie en choisissant un jeune homme convenable parmi les connaissances qu’elle a et une jeune fille des années 2000 qui veut faire comme ses copines, comme les filles à la télé, et qui choisit un copain parmi  les connaissances qu’elle a ? Les deux peuvent se persuader qu’elles « sont amoureuses », les deux font avec ce qu’elles ont, avec leur cercle plus ou moins large de connaissances. L’une restera avec le mari jusqu’à ce que mort s’en suive (en théorie du moins, n’oublions pas que l’on n’a pas attendu l’amour libre pour que le divorce soit légal), l’autre changera de copain dans 6 mois, et en reprendra un autre selon le même processus. Et ce jusqu’à ce qu’elle grandisse un peu et qu’elle passe au copain longue durée, entre 5 et 10 ans. Ensuite, mariage ou pas, divorce éventuellement, couple toujours.


J’entendais l’autre jour une jeune fille d’une vingtaine d’année dans un café qui parlait de son copain avec une amie. « Est-ce que tu l’aimes ? » « Clairement non, mais on est habitués l’un à l’autre. L’autre soir, il est rentré avec un bouquet de mes fleurs préférées. Il s’était renseigné au près d’une amie. Ca m’a touchée. » « Vous avez grave des intentions l’un pour l’autre quoi. » [Innovante cette petite formulation du banal « vous êtes attentionnés l’un envers l’autre », non ?] « Oui, je ne sais pas si on va continuer comme ça, ça se passe bien entre nous, mais il n’y a rien ». Si c’est pour en revenir toujours au « mais il n’y a rien », quelle est la différence avec un mariage ?


Et oui, on est libre, la belle affaire ! Reste qu’il n’est toujours pas possible de vivre à long terme avec quelqu’un de trop différent de soi socialement ou culturellement parlant. Pas possible, parce que ça ne marche pas, tant pis pour les soi-disant contes de fées.  Les réussites se comptent sur les doigts de la main (heureusement qu’il y a des réussites). Il faut prendre en compte les familles, et les amis, la personne que l’on est en somme. Evidemment il y a les reportages bien pensants du genre Marie-Christine et Shlomo sont partis vivre en Israël (Shlomo fait une croix sur la judéité de ses enfants, Marie-Christine aura beau faire tout ce qu’elle voudra, elle ne sera jamais Esther, belle fille rêvée de sa belle-maman), Jean-Pierre a épousé Latifa malgré l’interdiction paternelle (qui de Jean-Pierre ou de Latifa a rompu avec sa famille et s’est converti?), Wilhelm et Anne ont de beaux enfants (que se passe-t-il si Wilhelm retourne vivre à Cologne avec les enfants ? Dommage pour Anne, le juge allemand ne donne jamais raison au conjoint étranger pour la garde des enfants). Oui, il y a des gens qui peuvent renoncer à leur famille et à leurs amis, changer de culture, de religion, de pays, de langue ou que sais-je. Mais contrairement à ce que l’on nous vend en permanence, ces gens-là sont rares. Il faut une grande acceptation, une grande souplesse, il faut se retrouver dans tous ces changements. On a tous besoin de repères, il est normal qu’un jour ou l’autre des difficultés surgissent. La naissance d’un enfant est souvent un élément déclencheur, quand la rencontre entre les belles-familles n’a pas déjà été fatale au couple.


Même au sein d’une même religion, deux personnes qui n’ont pas le même niveau de pratique peuvent rencontrer à la longue de sérieux problèmes. Le cas classique chez les catholiques : un mari non pratiquant voire athée avec une femme pratiquante fervente.  Le mari reste à la maison le dimanche matin, il trouve les bondieuseries de sa femme suprêmement agaçantes. La femme s’engage auprès de la paroisse, elle tient un stand à la kermesse, elle participe à l’animation de la messe. Elle trouve que son mari exagère avec ses expressions blasphématoires et elle craint que sa critique permanente n’atteigne la foi des enfants que bien sûr elle tente de développer. Il y a plusieurs variantes possibles ensuite. La femme peut sympathiser au cours d’une de ses nombreuses activités paroissiales avec un homme qui se trouve dans la même situation qu’elle. Au bout de quelques temps, ils se prennent à penser que ce serait formidable d’avoir un conjoint qui partage leur foi, un conjoint comme cette personne rencontré à la paroisse… Les deux en viennent vite à découvrir les joies du couple fervent, ils se sentent coupables de la même manière. Alternativement, le mari athée peut décider de sortir le dimanche matin pendant que sa femme est à la messe, pour aller faire un peu de sport avec des ami(e)s par exemple. Rien de plus sain qu’une activité physique régulière, n’est-ce pas ?


Force est de conclure que le concept d’« amour libre » n’a pas d’autre contenu que la liberté sexuelle. Et justement, la liberté sexuelle (pour autant qu’elle est possible, car les risques sanitaires sont bien là quand même) peut se concevoir de manière complètement indépendante de l’idée même d’amour.  Remarquons au passage qu’un homme qui use de sa liberté sexuelle peut toujours s’enorgueillir d’être un séducteur, Don Juan ou Casanova, mais qu’une femme qui en use est toujours une « pute » (le beau discours sur l’égalité des sexes a ses limites, d’autres l’on constaté avant moi). Les scénaristes de séries télévision œuvrent activement pour faire changer cela. Il y a bien une série britannique qui s’intitule The Secret Diary of a Call Girl et qui met en scène une prostituée parfaitement décomplexée. Evidemment, il y a un gros potentiel commercial sous-jacent, des marques de préservatifs aux marques de sex toys, on aurait vraiment avantage à ce qu’être une pute soit plus socialement acceptable, voire socialement valorisant ou carrément tendance. Mais, ne nous faisons pas trop d’illusions.


Imaginez un couloir de bureau, des collègues de travail (disons un groupe mixte) discutent à la machine à café. Ils parlent des aventures d’un collègue : « Quel séducteur ! » « Il faut reconnaître qu’il a quelque chose… » Ils en arrivent à une collègue en tout point semblable : « Si, si, je te jure, lui aussi, de toute façon c’est bien simple : toute la boîte lui est passé dessus. » « Vous avez vu comment elle s’habille aussi… Pas étonnant ! » Amen, amen je vous le déclare, il n’est pas arrivé le jour où on entendra « Quelle séductrice ! » « Il faut reconnaître qu’elle a quelque chose… » Jalousie féminine oblige, mais pas seulement. Parce que oui, les hommes et les femmes c’est différent. Même les enfants de la maternelle le savent. Il y a des différences. Cela n’implique pas que l’un soit moins bien ou mieux que l’autre, mais ce n’est pas la même chose. Est-ce que j’appelle de mes vœux l’abolition du statu de « pute » pour les femmes faisant usage de leur liberté sexuelle ? D’une certaine façon oui, parce que au point où on en est, je ne vois pas pourquoi un homme serait mieux considéré pour une même action.


Alors finies les paroles pleines de bon sentiments sur les petits couples modernes fondés sur l’amour alors que l’antique mariage était « arrangé », fondé sur les vilaines conventions. Je ne suis pas réactionnaire. Rien ne saurait plus m’énerver que « c’était mieux avant », si ce n’est « c’est mieux maintenant ». Je suis réac’ chez les modernes et moderne chez les réac’. L’amour libre n’a de sens que chez les vrais anarchistes, chez les autres, ce n’est qu’une nouvelle forme du couple, une hypocrisie ou comme disait La Rochefoucauld, « un hommage que le vice rend à la vertu ».



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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 17:12




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A chaque fois que quelqu’un me crie dessus ou me fait un commentaire sur un ton autoritaire, je ressens un inconfort absolu. J’ai toujours cette réaction disproportionnée, cette impulsion : il faut que je me lève, que je sorte de la pièce, je ne peux pas supporter ça. Mais bien-sûr la personne raisonnée et raisonnable que je suis reste bien sagement à sa place et analyse bien froidement la situation : est-ce que je décide d’être diplomate (la plupart des gens se calment et s’excusent quand on les prend avec douceur), ou est-ce que je cède aux sirènes de le répartie ? Si je cède, comme cela ne m’arrive pas souvent, il faut que j’en profite, que je me défoule. Comme un joueur d’échec, je vais chercher le meilleur coup, la réponse la plus méchante, la plus blessante possible. Je vais jouer au grand couturier et tailler une belle réponse sur-mesure, car j’ai ce « don » de voir où cela fait mal.


Mais pourquoi est-ce que cela m’insupporte à ce point ? Au cours de mes longues années d’ennui à l’école, au collège, au lycée et même après, j’ai eu l’occasion de faire une magnifique provision de réflexions, d’humiliations (« c’est à coup de grandes humiliations que l’on devient humble ») et autres gentillesses. J’avais toujours de bonnes notes, de très bonnes notes même, alors il était difficile de trouver quoi que ce soit à me reprocher et pourtant… Il y a toujours quelque chose. Il est, parmi les professeurs, une espèce particulière d’aigris maniaques à tendances plus ou moins perverses, qui est assez bien représentée, particulièrement dans le genre d’établissement conservateur que j’ai eu l’occasion de fréquenter. Quant aux élèves, disons que quelque soit leur niveau de bêtise, ils savent toujours faire la différence entre ce qui est comme eux et ce qui ne l’est pas. Il va sans dire qu’ils n’aiment pas ce qui n’est pas comme eux. Pour en revenir aux professeurs, je déteste par-dessus tout qu’on me hurle dessus. Je suis de ceux et celles qui n’ont pas besoin qu’on leur répète les choses. Je fais aussi accessoirement parti des gens  « hyper-sensibles », des gens qui souffrent d’un rien, même si j’ai appris à bien le déguiser. Alors toutes ces réflexions à longueur de journée… Etaient bien inutiles. Me connaissant, cela revenait à prendre un marteau-piqueur pour enfoncer un clou, ou une tronçonneuse pour trancher une feuille de papier. Il faut comprendre cependant : l’éducation à l’école, c’est l’éducation à la chaîne, nécessairement, elle est standardisée.

 

Quelques de ces expressions sans cesse ressassées sur le même ton d’agacement pincé :

 

Prenez des notes ! Allez, notez ! Je déteste ceux qui ne prennent pas de notes !

Alors avec moi, vous êtes mal tombé mon vieux… Tout le monde ne se destine pas à une carrière de sténodactylo.

Mettez votre capuchon sur votre stylo, ne le gardez pas dans la main quand vous écrivez !

C’est vrai que c’est visuellement très dérangeant de me voir avec mon capuchon dans la main. Puisqu’on est dans ce registre, vous avez quelques bourrelets forts disgracieux… Ce n’est pas un spectacle pour des enfants.

Ne vous tenez pas la tête, vous êtes trop jeune pour être fatigué !

Justement, vous me fatiguez beaucoup.

Vous vous fichez de moi ?

Sans commentaire. C’est bien d’être aussi lucide. Quoique, même pas, j'aimerais juste être à dix mille lieues d'ici.

Soulignez sur la ligne, pas sur l’interligne !

Je sais, je sais, si je souligne mon nom sur l’interligne 20 millions d’Africains vont mourir de faim.

J’ai mis moins quatre pour la présentation.

Super ! Je vais encore avoir une note sur seize et non pas sur vingt.

Mais où est-ce que vous avez appris à écrire ?

En prison. J’écrirai mieux quand j’en sortirai.

Vous écoutez quand je vous parle ?

Je ne peux vraiment pas faire autrement.

Regardez-moi quand je vous parle !

Vous entendre hurler, c’est déjà difficile, mais vous regarder en plus, il ne faut pas trop en demander.

Répétez-moi ce que je viens de dire !

Tout de suite et au mot près, car moi, contrairement, à vous je peux regarder par la fenêtre l’air absent et quand même enregistrer votre discours monocorde.

Arrêtez de faire autre chose pendant mon cours !

Commencez par nous faire un cours qui m’apprenne vraiment quelque chose ou que je ne puisse pas apprendre en cinq minutes à la maison, on verra après.

Si vous vous arrêtez de courir, je vous mets zéro !

Tiens, un zéro ! C’est mieux d’avoir zéro. C’est propre et net le zéro, pas comme un affreux cinq ou un vilain sept.

Je me demandais bien pourquoi vous aviez de bonnes notes, vous trichez, c’est sûr !

Evidemment. You’ve got a talent for stating the obvious.

Voila, on a bien chanté, évidemment il y en a qui gâchent tout… Comme vous.

Evidemment. L’école révèle les talents, c’est bien connu.

 

Je me plains d’avoir subi l’ennui et les éternels refrains, mais je devrais me réjouir de ce que nos professeurs n’avaient plus le droit aux châtiments corporels. Quelle chance j’ai de ne pas avoir connu l’école de mes parents! Aujourd’hui, on parle de violence scolaire dans les banlieues. La violence scolaire a changé de camps, voila tout. Mon grand-oncle chez les jésuites n’avait pas voulu se laisser battre par le père recteur qui l’accusait de je ne sais quelle turpitude. Il lui a balancé son encrier à la la figure. Attitude extrêmement rare pour l’époque, le garçon avait de la personnalité. A côté de cela, vous entendrez des gens très bien vous dire : « les enfants, il faut les dresser », « les enfants, ça se mène à la baguette », et vous les verrez sortir le martinet (mais si, mais si, cela existe encore). Peut-être qu’ils étaient de ces enfants-là qui se mènent à la baguette, moi pas. Etonnante cette propension qu’ont les gens qui ont subi une chose à la faire subir aux autres. Très français aussi cette mentalité à mon sens fort mesquine.

J’ai été témoin de cela en classe préparatoire, mes condisciples se disaient : « nous souffrons, mais les autres aussi vont souffrir ». Personnellement, j’aurais tendance à vouloir éviter aux autres ce que j’ai souffert. J’avoue que je n’ai pas spécialement souffert en classe préparatoire, au regard de ce que j’avais vécu avant. Et puis la classe préparatoire, c’est la première fois où l’on peut et où l’on doit penser par soi-même. C’est l’endroit où l’on ne veut pas juste être un bon élève, faire dans la demi-mesure. On veut de l’excellent, du brillant. « On ne vous demande pas d’être bons, on vous demande d’être les meilleurs ! » Cela m’a plutôt bien réussi. A côté de cela, je me demande toujours si au fond, le système anglo-saxon n’est pas meilleur. J’ai vu dans les highschools et universités anglaises et américaines des gens beaucoup plus épanouis, plus équilibrés (hors de question de mettre les activités sportives de côté par exemple). Bien sûr, il ne faut pas trop rêver, les highschools ne sont pas un Eden de l’éducation, la violence scolaire entre élèves peut aller très loin. Reste que les élèves sont plus libres. Tiens, j’imagine bien un élève américain transplanté en classe préparatoire... Un élève habitué au cours de 45 minutes que l’on ferait rester 4 heures sur sa chaise, un élève habitué aux essais à la maison et aux QCM que l’on ferait disserter en temps limité, un élève qui fait du sport tous les jours qui devrait se contenter de monter les escaliers…

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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 00:36


Si je dis black coffee, je parle ni de la pièce d’Agatha Christie, ni de ma passion pour le café noir, mais d’une chanson de 1935. Et plus précisément, d’une chanson interprétée par Marjorie Stedeford. 2009 marquait le cinquantenaire de sa mort, un anniversaire pour le moins passé inaperçu. A moins d’être fin connaisseur de la musique de l’entre-deux guerres, il y a en effet peu de chance que l’on connaisse Marjorie. Mais on est vite charmé par celle qui a chanté avec tous les groupes en vogue de l’époque, des Rythmics de Mario Lorenzi aux Boy Friends de Caroll Gibbons. The voice you love to hear comme l’annonçait radio Luxembourg, une voix grave, pleine, un genre de bariton et en même temps une voix sensuelle et féminine, gageure difficile à tenir. Charmante Marjorie, fille de Melbourne qui fit un beau voyage à Londres avant de s’en retourner dans  son pays. Mariée un enfant, chanteuse à la radio, exit la scène londonienne, les gens heureux n’ont pas d’histoire. Mais écoutons-là en 1935, elle n’avait que 26 ans…

 


 

 

 

 


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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 21:51


 

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Du Starbucks on peut dire que c’est le McDonald’s du café, avec des prix qui auraient été doublés, voire triplés.  Outre-manche on trouve un Starbucks à chaque coin de rue, immédiatement suivi d’un Costa et d’un Nero, les chaînes concurrentes. A Paris, Starbucks est roi, il ne le dispute qu’aux cafés traditionnels. On ne trouvera pas de nostalgie du café traditionnel chez moi, j’aime l’anonymat relatif du Starbucks. Je n’ai jamais trouvé attirants les cafés enfumés d’avant la loi Evin, qui alignaient les habitués au comptoir et les torchons plus ou moins propres du patron.


Starbucks est donc le dernier lieu où l’on cause. On y rencontre des cadres qui, quand ils ne tapent pas frénétiquement sur le clavier de leur PC ou de leur Mac, téléphonent fièrement avec leur I Phone ou leur Blackberry. En général, leur anglais de cadre dynamique sonne tellement faux que j’en ai mal pour eux (enfin, j’exagère, il y a parfois d’authentiques Anglais au Starbucks). Ils viennent aussi en groupe faire leurs réunions de travail. Ce qui est bien, c'est qu'à la fin, on a toujours droit à une critique en règle des collègues absents. Il y en a qui font vraiment du Starbucks une annexe de leur bureau, voire carrément leur bureau principal, du moins à en juger par la nature des appels téléphoniques passés. Des travailleurs indépendants en tout genre viennent donner des cours de langues, faire du coaching ou même un casting pour un documentaire. Des touristes y  voient un repère familier, on les reconnaît à leurs sacs-à-dos, appareils photos et chaussures de marche. Des Américaines expatriées s’y retrouvent entre copines. Elles ont tendance à parler fort et à rire beaucoup. Question de culture, on parle fort quand on a été élevé à coup d'"express yourself". Quoique, les groupes de lycéens bien français que l’on y retrouve systématiquement savent aussi se montrer particulièrement expansifs.


Grande discussion dans la queue pour passer commande, les femmes (quelques fois les hommes) se demandent si elles vont prendre une part de gâteau ou se contenter d’une boisson. Moralité, elles repartent souvent avec la solution intermédiaire : boisson lactée et autre café macchiato bien sucré. Diététiquement parlant, je me demande si c’est le bon choix. Enfin, sinon, il y a les gâteaux, comme en Angleterre, comme en Allemagne, comme dans le monde entier, la gamme de produit est, à quelques variations près, standardisée. Il y a les muffins traditionnels, le carrot cake, les cheese-cakes, les pancakes…  Petite nuance observée aux alentours de Saint Michel, le Starbucks vend aussi de la croissanterie. C’est logique, les touristes du quartier ne veulent pas manger ce qu’ils ont l’habitude de manger à la maison, ils veulent du français, et le français, c’est la croissanterie. Ce qui est remarquable, c’est que les gérants l’aient compris et qu’ils puissent se permettre de rajouter un produit à la gamme habituelle (juridiquement parlant, tout dépend des clauses du contrat de franchise).


La grande mode : « customiser ». C'est à dire faire personnaliser sa boisson, moyennant un petit supplément qui peut facilement représenter 15% du prix d'origine. Caramel, chocolat, crème? Dommage les amis : je n’aime que le café noir. J’ai du m’accommoder un temps du « white tea » et du « white coffee » pour faire plaisir à mes amis anglais, mais de retour en France, c’est « black coffee » (le titre d’une bien jolie chanson jazz d’ailleurs). Heureusement que tous les clients ne sont pas comme moi.



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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 20:43


cziffra6



Ma mère jouait du piano, chantait et adorait la musique, on avait par conséquent à la maison l’occasion de voir quelques artistes. La plus part du temps, tout ceci m’échappait : elle profitait de ses heures de liberté, quand nous étions à l’école. Mais, il m’est arrivé d’être là quand elle recevait. Je me souviens d’un jour dans notre salon, où j’assistais à un entretien qu’elle avait avec une pianiste. Une dame bien mise, un peu bourgeoise, mais pas trop, histoire de rester artiste. Une spécialiste de Chopin si je me souviens bien, dont le jeu était d’ailleurs très loin de me bouleverser, appelons- là Mme B. La conversation glissa tout naturellement de Chopin au célèbre Cziffra. Après quelques minutes d’éloges sur le prodige hongrois, Mme B. dit à ma mère sur le ton de la confidence qu’elle avait été « la maîtresse de Cziffra ». Je me souviens précisément de l’effet que cela produisit sur moi. « La maîtresse de Cziffra », comment pouvait-elle se sentir flattée d’être sa maîtresse ? Déjà, être sa femme, il n’y avait vraiment pas de quoi être fière. Mais sa maîtresse ? J’avais dix ans et bien que je ne connusse pas les réalités physiques que le mot recouvrait, cela m’évoquait les favorites royales, quelques dentelles qui passent en coup de vent entre deux portes. Non que je portasse un jugement moral sur ce genre de déclaration. J’avais certes reçu la plus stricte éducation catholique, mais ces catégories de « péché » et d’ « immoral » n’avaient jamais réussi à faire leur chemin en moi. C’était bien plus profond. C’était le dégoût absolu de la condition féminine.

Etre « femme de », c’était être une femme, c'est-à-dire une pauvre petite créature faible et sensible à l’excès, qui se rattrape de sa condition en affichant la couleur d’un homme. Avez-vous entendu le ton sur lequel les femmes disent « mon mari » ? « Mon mari », réalité extérieure à moi qui me dépasse infiniment. « Mon mari » est banquier, mon mari est notaire, mon mari chasse, mon mari joue au golf, mon mari est un être accompli à ma place. Voila comment je le ressentais. Je me rends compte que c’est tout à fait ce que les féministes les plus ardentes doivent ressentir. Seulement, moi, je ne pensais pas que les femmes devaient se libérer, je pensais qu’elles étaient par nature indignes de quoi que ce soit. Etre la « maîtresse » de Cziffra, cet homme pour lequel manifestement Mme B. et ma mère avaient grande estime, était un sésame, une gloire. Il faut comprendre, être  « maîtresse », c’est être « choisie », c’est être « élue ». N’est-ce pas là ce que cela suggère ?  Bien-sûr, cela me fait doucement sourire. Il n’y a qu’à voir comment Kennedy choisissait ses maîtresses. Mais peut-être Cziffra avait-il choisi Mme B. ses qualités artistiques? Je ne peux pas croire que mon ami György ait pu avoir si mauvais goût. Techniquement, pour autant que je m’en souvienne, Mme B. jouait proprement, mais son jeu était sans âme. Comment ? Je jugeais du haut de mes dix ans que son jeu était sans âme ? C’est ainsi que je le ressentais, qu’y puis-je ? Je suis honnête et tant pis si cela passe pour de la prétention.

Reste que j’avais devant moi une vieille maîtresse et que cela me dégoûtait au plus haut point, parce qu’elle était profondément femme. Etrange. J’avais sous les yeux des femmes qui ne travaillaient pas, qui jardinaient, qui lisaient, qui recevaient, qui brodaient, qui s’occupaient de décoration, d’art… Des femmes raffinées, fines, élégantes, et pourtant je les méprisais comme ce n’est pas permis. C'est-à-dire que j’aimais ma mère, j’aimais mes grands-mères, j’avais du respect pour elles, de toute façon on n’aime pas si on ne respecte pas. Mais en même temps, je n’aurais jamais voulu être l'une d'elles. La condition féminine était le pire fléau, une malédiction. C’étaient des femmes qui avaient fait des études, voire beaucoup d’études, des femmes qui ne manquaient pas de prestance, mais c’étaient des femmes. Ca ne valait strictement rien. Comment en étais-je venu à penser, ou plutôt à ressentir cela si profondément ? Mystère. Je n’ai jamais compris. Enfin, il y aurait bien comme explication l’attitude que les hommes, leurs chers fils et maris avaient envers elles, le regard que ces chers père, grand-pères et oncles portaient sur les femmes en général, mais ce serait une trop longue histoire, trop médiocre aussi. Toujours est-il qu’aussi loin que je me souvienne, je détestais cela, les femmes. Cela a duré longtemps, puis cela a changé assez radicalement.

Aujourd’hui, je comprends à demi la « maîtresse de Cziffra ». Je la soupçonne d’avoir menti, c’est si facile de se proclamer la maîtresse d’un homme qui n’est plus là pour confirmer ou infirmer. Ceci dit, il faut lui reconnaître un certain sens de la mise en scène. On n’écoute pas de la même oreille quelqu’un dont on connaît l’histoire, ou du moins ce qu’il a bien voulu nous en dire. On ne regarde pas du même œil une personne dont on comprend que d’autres la trouvent belle et ainsi de suite. La suggestion est un outil très puissant, elle ne remplace pas le talent, mais elle permet de passer du normal au remarquable. Donc, je comprends Mme B., je ne juge plus sa tentative pitoyable. Je constate seulement un stratagème pour se légitimer, peut-être avant tout à ses propres yeux. Et puis, il y a Cziffra. Qui a entendu jouer Cziffra ne peut que comprendre que l’on admire son génie. La rhapsodie hongroise No. 2 en ut dièse mineur jouée par lui, mais quel plaisir ! Il y met toute son âme à n’en point douter. Il y a des âmes qu’on aimerait mieux ne pas voir, mais on pardonne tout au talent. Liszt par Cziffra, c’est l’esprit de Liszt qui court sur les touches. Cziffra joue du Chopin, en revanche, ce n’est plus du Chopin, c’est du Cziffra. Mais qu’importe, je veux bien que Cziffra entre au panthéon des grands compositeurs. Ma mère avait bon goût il n’y a pas à dire. Mme B. aussi apparemment.



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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 16:05

 

 

 

 


 

On effleure le visage de l'amant,

Comme on presse le pas fissionnant,

Par un matin de printemps,

Un  matin qui fleure bon,

L’anis, la sauge, et le citron.

 

On effleure le visage de l'amant,

Comme le soleil pousse doucement

Du genêt à la fleur de Provence,

Et parmi les herbes qui dansent

Jusqu’à la mousse des sous-bois,

 

Où le lierre et l’armoise sont rois.

Un rêve d’ombre y rôde

Bruissant sur les feuilles d’émeraude

Dont le sillage à peine effleure

Le visage que l’on aime à toute heure.

 

Alors flotte l’odeur des bois précieux,

C’est un coffret de santal,

Qui tait des alcools très vieux :

Du genièvre dans un flacon de crystal,

Enivrant  jusqu’au mal

 

Sur le dessus du métal gravé,

Un animal léger, rapide, efflanqué,

Qui porte le long de ses flancs sculptés,

Le musc noir et tacheté.

L’ambre vient par lourds colliers,

 

Ramassés un jour sombre

Sous mer une mer qui gronde.

Et comme une onde profonde,

On entend battre son cœur

Et palpiter sa chair,

 

Il tourne son regard clair

Alors nait le sourire

L’espace d’un soupir

Que parfument d’une touche

Les accents suaves de sa bouche.


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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 12:15

 

 

 

Trois couplets pour quatre saisons

Une après-midi, une matinée,

Un petit matin, une soirée,

Et un baiser abdique la raison

 

 

 

I.

 

Une après-midi d’automne

Se promène parmi les feuilles âpretés,

Dernière valse des têtes qui vont tomber.

 

Le soleil rasant tire de son archet

Des nuances de pourpre dorée,

Qui font une parade enjouée

 

A la reine morne qui passe compassée

Les bogues roulant à ses pieds.

Tout est flamboyant.

 

 

II.

 

Une matinée d’hiver inspire

Le calme parfait d’un ciel épuré

A peine un nuage s’y étire,

 

Et sous ses pas crisse le gravier.

Il ne fait pas froid, il fait crispé,

L’air sent comme la glace brisée,

 

L’hiver entier semble glisser

Sur le grand silence redoublé.

Tout est figeant.

 

 

III.

 

Un petit matin de printemps

Tout frais, vert, et s’éveillant,

Frissonne à l’air flottant

 

Des parfums presque éclos.

Il passe dans les roseaux,

Frôle l’herbe impatiemment,

 

Cherchant la rose épanouie,

Et l’oisillon dans son nid.

Tout est verdissant.

 

 

IV.

 

Une soirée d’été s’est allongée

Sur la moiteur d’une journée

Coulée de plomb argenté.

 

La nuit sent l’herbe fauchée,

Bleue, noire, profonde et  éclairée

Des étoiles au loin dans l’air frais.

 

Criaillent mille grillons cachés, mille grillons

A l’ombre des grands bois en haillons.

Tout est mûrissant.

 

Tombant, figeant, verdissant et mûrissant

Se trouvent en un seul baiser

Donné par une brise hors de ce temps.

 

 


 

 


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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 09:43


 

Erik Satie, troisième Gymnopédie,

Orchestration de Debussy

 

 

 

Un poing fermé

Quatre phalanges repliées

Et la cinquième venue

Les supporter,

Un poing d’acier.

 

L'esprit qui reflue
Passe tout entier

Dans les phalanges liées.

Sous la chaire nue,

Emporté par la marrée,

L'esprit s'est tu.
Souples et rapides

Avancent les phalanges livides.

Elles sont à la manœuvre

Sans plaisir ni sans haine,

Elles œuvrent

A la seule peine

Que la phalange inflige.

Un temps se figent

Sombrant en un calme sans fond

 

Multiple de cohésion.

Pas de bruit, pas de cris,
Elles glissent sur l’heure qui fuit.

Elles sont filles de l’instant

Et observent le moment.

 

Paré. Bouclier.

Lances. Touché.
Phalanges repliées.

Un devoir accompli

Ne cherche que d’être précis.

Tant de vie figée

Dans cinq phalanges repliées:

Deux mille ans qu'elles sont ainsi.

Aussi, malheur à celui

Qui trouve ce poing fermé!


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L'orange Maltaise

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  • : « Il pourrait se trouver, parmi [mes lecteurs] quelqu’un de plus ingénieux ou de plus indulgent, qui prendra en me lisant ma défense contre moi-même. C’est à ce lecteur bienveillant, inconnu et peut-être introuvable, que j’offre le travail que je vais entreprendre. Je lui confie ma cause ; je le remercie d’avance de se charger de la défendre ; elle pourra paraître mauvaise à bien du monde ! » (Mémoires de la Duchesse de Dino, 1831)
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