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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 23:08

 

 

 

Je voudrais parler ici d’un très bon film de 2001 du réalisateur hongrois István Szabó (*1938). Pour l’anecdote, il s’agit encore une fois d’un film que j’ai pris en route, encore une fois tard le soir, et encore une heureuse surprise. On revit ici la période de « l’année zéro », où l’Allemagne de l’après-guerre occupée, ruinée en hommes et en moyens, en partie détruite, tente de survivre à sa torpeur. Cela pourrait être sordide. Ce serait facile, vu l’état psychologique et physique des habitants de Berlin, capitale déchue. Mais István Szabó met la ville en scène avec ce qu’il faut de tact, sans complaisance ni misérabilisme. 


Le personnage qui capte notre attention dès le départ, et qui prête d’ailleurs son nom au film en allemand, est le chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler (Stellan Skarsgård), accusé par les occupants d’avoir été nazi. C’est ce Wilhelm Furtwängler que le jeune officier américain d’origine juive, incarné par Moritz Bleibtreu, attend avec fébrilité dans son bureau, parce qu’il a assisté à un de ses concerts petit et qu’il le tient pour un génie. C’est lui que l’officier supérieur, Harvey Keitel, attend de pied ferme, parce qu’il le tient responsable de ces nuits blanches, où il revoit sans cesses les horreurs de la barbarie nazie filmée au sortir des camps. C’est lui auquel les gens, dans le tramway, offrent leur place. C’est de lui dont les musiciens du Berliner Philharmoniker disent : « il lui suffisait d’un seul regard et on passait ce moment que l’on arrivait pas à jouer ». C’est lui que la jeune secrétaire allemande (Brigit Minichmayr) voit s’effondrer sous le coup de l’émotion après un interrogatoire humiliant…


Le Furtwängler que l’on voit là est touchant. Il est l’homme de génie qui a du mal à trouver les mots pour se défendre, l’homme pour le quel l’art passe avant tout. Avant la politique surtout, car il ne nie pas être resté en Allemagne quand des artistes juifs comme Menuhin étaient obligés de fuir, et quand le grand chef Erich Kleiber partait pour l’Argentine par opposition au régime. Il est un homme ambigu : il a sauvé des juifs en les aidant à fuir, mais il dirigeait pour l’anniversaire du Führer dont il était le chef préféré… Préféré à Karajan, « le petit K », que Furtwängler détestait cordialement. Et l’officier américain de lui rappeler avec violence qu’au lieu d’avoir cherché à évincer « le petit K » et à s’attirer les faveurs du régime, il aurait dû voir ce qui se passait autour de lui, protester, fuir… Mais lui, pour l’art, est resté. Pour l’art, d’ailleurs, il voulait conserver les musiciens juifs de son orchestre et se désolait de les voir remplacer par des hommes qui n’y auraient normalement pas eu leur place. Et face à cette ambiguïté, face à l’art pur au dessus de la politique, face au génie d’un homme qui dirige la 5ème comme personne, il y a des monceaux de cadavres. Des cadavres blancs, maigres, anguleux, qu’on entasse à la pelleteuse tant il y en a. Ces cadavres qui hantent le sommeil d’Harvey Keitel. 


Pour cela, le film représente un bel équilibre, il pose la question de l’art et du politique avec pertinence et lucidité, il ne condamne pas Furtwängler d’emblée, là aussi, ce serait tellement facile. Il révèle un peu de l’homme, qui, vu par Szabó, incarne un génie à la fois très humain et inhumain car il vénère l’art par-dessus tout. Un génie dont on ne sait pas s’il est coupable parce qu’il se défend mal ou parce qu’il croit que l’art élève l’homme, et le laisser s’appuyer lourdement dessus, au risque de l’écraser complètement ? Ou peut-être aussi parce qu’il concentre toute cette horreur qui hante l’officier, et l’admiration béate du peuple, non sans rappeler la soumission servile qui a conduit à l’horreur.


Tout ceci procède beaucoup du jeu d’acteur de Stellan Skarsgård auquel je rends hommage. L’acteur de Breaking the Waves de Lars von Trier (film qui pour le coup m’a donné envie de vomir), est un très beau Furtwängler. Le face-à-face avec l’officier Harvey Keitel est intense et sonne très juste, d’autant qu’il est vraiment enrichi par les rôles secondaires joués par Bleibtreu et Minichmayr. « Vous êtes juif ! » assène Keitel au jeune officier qui vénère le maître, seulement le jeune homme aime l’art et aime Furtwängler. Traudl, la jeune secrétaire, est la fille d’un général rebelle au pouvoir nazi, qui lave donc l’honneur de l’Allemagne. Seulement voila : « mon père n’aurait pas fait ce qu’il a fait s’il n’avait été convaincu de l’imminence de la défaite ». 


La tension est donc maintenue jusqu’au bout avec un doigté remarquable, jamais on ne tombe dans la caricature ou dans un manichéisme déplacé. Artistiquement parlant, la musique de Beethoven, la 5ème en particulier, dans la très belle version de Furtwängler, crée une véritable beauté nostalgique. Elle incarne le pays, la ville, et le génie déchu, elle résonne sous les hauts plafonds d’un bâtiment officiel à demi-vide occupé par les Américains, elle nous martèle cette éternelle question : comment une telle horreur et un tel degré de beauté ont-il pu cohabiter ? L’art ne rend-il pas plus humain ?


 

 




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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 21:52
 

 

 « Quand je vous aimerai? Ma foi, je ne sais pas…

Peut-être jamais! Peut-être demain…

Mais pas aujourd'hui, c'est certain! »

Carmen, Georges Bizet

 

 

 

 

Je suis une Carmen seule et bien amère,

Mon cœur est sans espoir,

Femme fatale, sans le vouloir,

Plus d’un m’a dit « ma chère,

 

Je vous aime »

Flattée, j’ai peut-être rougi

Et l’autre s’est mépris.

Je sème derrière moi ainsi,

 

Par des mots adroits, 

Les amants éconduits.

Pourquoi si l’on m’aime, moi,

Je n’ai qu’un regard surpris ?

 

Je n’aime pas dire non,

De peur de ne plus en avoir l’occasion.

Mais comment pourrais-je avec raison

 Tromper un pauvre garçon ?

 

L’un est beau, l’autre gentil,

Un troisième a de l’esprit,

Mais c’est un fait avéré :

Pas un seul ne sait

 

Faire naître de coupables pensées.

Ils sont tous aimables

Mais, jamais ne sont aimés.

J’en suis bien un peu coupable

 

Car qui suis-je

Pour exiger ce bien étrange mélange

De charme, d’élégance et de rareté,

Qu’ont les âmes en allées ?

 

Même ainsi, l’amour n’est qu’illusion,

Me dit ma chère raison,

Mais comme j’aimerais me tromper,

Comme j’aimerais aimer.

 


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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 21:47


Une seule fois je l’ai vu nu,
Quand de colère il a jeté

 

Le sobre habit teinté
De la coupe amère qu’il a bue.

 

 

 

 


Il eut un sourire étrange,

Le silence de torpeur

Qui annonce le vol de l’ange

Destructeur.

 

Se leva dans ses yeux en peine

Une mer de haine

Et lui, submergé, inondé,

S’y noyait avec volupté

 

Il respirait cette eau noire de jais,

Qui seule apaisait

La chaire brûlante du passé,

Qui seule comblait

 

Le gouffre désespéré.

Il était calme en cette mer déchaînée

Tout en lui était d’accord

Tout en lui était du même bord.

 

Sa vie sans sens rayonnait

De la force obscure qui grondait.

Juste puissance et profonde unité,

Les coups au visage, les coups de pied,

 

Les insultes, la douleur et la peine

Tout se mêlait en une aveuglante obscurité

  L’ennemi à abattre, objet de la haine :

Le genre humain tout entier.

 

Et son sang oxydé chantait

Le sauvage refrain

Haine, haine, haine…

Il était prêt.

 

Il fut si rapide

Dans l’espace vide

Et tombant le père en abattant son poing

Il n’eut pas un regard pour l’enfant qui fuit au loin.

 

 

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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 01:34

 

Georg Friedrich Haendel

Sarabande en ré mineur HWV 437

 

 

I.

 

 

Glissent les premiers pas

D’une antique sarabande,

Appelant du monde d’en bas

Le peuple noble des cœurs las.

 

Et s’avancent en une marche grave

Les beaux seigneurs courtois,

Leurs belles dames au même pas.

Ils viennent danser une fois encore,

 

Ils dansent en vain, ils dansent pour rien,

Pour voir un seul instant,

L’esprit fort et impuissant,

Elever la chaire morte à travers le néant.

 

 

II.

 

 

Ils se tournent lentement

Et se saluent longuement

Puis ils s’invitent d’un geste élégant

Le regard droit, ils dansent en se frôlant

 

Comme des lettres sur du beau papier,

Comme des lettres patiemment enluminées

Leurs pas se joignent pour se séparer

Elégance sombre et grâce compassée

 

Ils dansent ainsi pour l’éternité.

Il y a derrière leurs visages graves

Tant de choses tues, péchés et bontés,

Noyés dans les eaux claires de l’Algarve

 

Comme leurs larmes de cristal retenues

Se cachent sous une beauté émue.

Les seigneurs se croisent, arabesque a trois temps,

D’un pas toujours égal et lent.

 

 

III.

 

 

Et les dames répondent pareillement.

Leurs cous de cygne, émergeant

D’un lac de brocard sans espoir,

Portent toutes les richesses enfouies sous les mers noires.

 

Toutes les mains promènent d’une grâce éthérée

Les chevalières d’or, qui sans remord

Ont scellé de leurs armes incrustées,

Les lettres de cachet aux pouvoirs de mort.

 

Et toujours le tambour qui sonne et qui roule,

Comme le temps qui s’écoule,

Comme un corps qui s’écroule,

Pour rappeler au violon exalté,

 

Qui s’abîme en un geste sublime

Comme on prie face à l’abîme,

Que mes seigneurs dansent ainsi pour l’éternité

Au seul pouvoir de sa volonté.

 

 

 

 

 

 

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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 00:53

 

 

 

 

 

Amadeus présente l’inconfortable particularité d’être loué comme « introduction au classique » pour des gens qui n’ont rien à faire de la musique classique, qui la trouvent bien à écouter en voiture ou pour se relaxer, mais bon tout de même ennuyeuse. Il est aussi décrié comme salissant Salieri, faisant de Mozart un imbécile heureux au rire chevalin et réinterprétant l’histoire en laissant passer de flagrantes inexactitudes. Parce que, bien sûr, il faut être un saint pour écrire le Requiem…


Il me semble qu’il est bon de se rappeler que le film est adapté d’une pièce de Peter Schaffer, qui présente une interprétation de la vie de Mozart. Comme pour toute œuvre d’art, c’est moins le sujet qui compte que la façon dont il est traité. A la vérité, peu m’importe que Salieri soit le jaloux ambitieux qu’il n’était pas quand il l’est parfaitement sous les traits d’un F. Murray Abraham exaspéré par le génie de son jeune rival. Peu m’importe que Mozart rie presque vulgairement et qu’il soit puéril s’il l’est avec la légèreté de Tom Hulce. D’autre part, on prête tout de même ce mot à  Mozart : « je suis vulgaire, mais ma musique ne l’est pas ». Il suffit de lire sa correspondance avec sa sœur Nanerl notamment, pour se rendre compte que ses préoccupations étaient parfois fort légères, tout comme ses mœurs. Le film a le mérite de poser avec insistance une question, qui se poserait même si l’on était en présence d’un Mozart sage et d’un Salieri moins jaloux : comment et pourquoi un tel génie. ? Non, la musique de Mozart n’est pas celle d’un ascète, mais celle d’un homme qui tente de vivre une vie à la quelle il est attaché. Elle est celle d’un homme qui allie étrangement la profondeur et la légèreté, qui tente de bâtir quelque chose quand il a peur comme un enfant qu’on arrache des bras de son père.


Certes, il y a un certain nombre d’inexactitudes, pourquoi, par exemple chanter La Flûte enchantée en anglais ? Pourquoi faire commander le Requiem par Salieri quand il l’a été ,on en est quasi-sûr, par Franz von Walsegg, obscur aristocrate aux hautes prétentions musicales, qui voulait se faire passer pour Mozart ? On apprécie quand même les décors de Karl Schinkel, qui fait chanter la reine de la nuit sous une voûté étoile flottant sur un croissant de lune, de sorte que « la lune est sous ses pas » ce qui lui donne une dimension apocalyptique. On apprécie aussi cette justice rendue à la ville de Prague, préférée à Vienne pour le tournage : c’est bien Prague qui a fait un triomphe aux opéras de Mozart, en chantant son Figaro jusque sur le Pont Charles.


Amadeus est fait de très belles scènes, comme celle où Mozart rejoue de mémoire une pièce laborieusement écrite par Salieri, qu’il améliore en brodant un de ses motifs typique. Il y a, je trouve, un grand moment comique lorsque le malheureux Salieri adresse un « grazie signore » dépité à un dieu qui manifestement lui a joué un superbe tour en lui inspirant cette pièce reprise avec tant de facilité par Mozart. Il y a aussi cette scène où Salieri découvre les œuvres de Mozart, inscrites sans rature aucune sur les manuscrits originaux. Il entend alors dans sa tête résonner les sonates et les symphonies qui sont venues si facilement au prodige, jusqu’à en devenir fou d’exaltation mêlée d’envie et de surprise. Et Constance, la femme de Mozart, qui mange des chocolats avec une gourmandise d’une naïveté charmante, pour finalement lui demander l’air passablement inquiet de son trouble : n’est-ce pas bien ? Une belle illustration du Requiem aussi, la scène de mort de Mozart, où ce dernier dicte les dernières mesures de sa messe à Salieri, qui découvre émerveillé comment se mêlent différentes voix.

 

 

 

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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 00:40





Barry Lyndon, c’est d’abord un souvenir d’enfance, un film « pour les grands » qu’on m’avait interdit de regarder et dont je conservais le souvenir des uniformes rouges vifs de l’armée de sa très gracieuse majesté, alliés à la musique militaire « British grenadiers », jusqu’à ce que je puisse enfin le voir…

 

On a comparé ce film à la peinture de Gainsborough, et je me suis souvent arrêtée à la National Gallery à Londres, en y pensant. Ryan O’Neil et Marisa Berenson ont l’allure et la dignité des personnages du peintre. C’est une question d’ambiance, de couleurs, de musique également : ce film allie des images d’une beauté inégalée à une musique d’une beauté incomparable. Qu’il s’agisse de l’Irlande natale de Redmond Barry ou du château anglais du temps de sa gloire, il n’y a qu’un mot : beauté. Et peut-être aussi : lumière. Les paysages comme les scènes d’intérieur, filmées en lumière originale, sont empreints d’une sublime mélancolie. Il faut le voir pour comprendre ce qu’est « la passion d’être triste », l’expression que Victor Hugo consacrait à la mélancolie justement. C’est un film romantique sur un siècle, le XVIIIème, qui ne l’était pas. D’ailleurs la musique de Schubert qui l’accompagne avec tant de fluidité y est pour beaucoup dans cette dimension mélancolique fort éloignée de l’esprit du siècle. Car toutes belles que soient les images, elles sont aussi portées par la musique, la grave sarabande de Haendel et la fraîche musique de Schubert, qui en prend une dimension digne et majestueuse. Intriguant, car à écouter les trios pour piano op. 99 et op. 100, dont est extrait l’allegro moderato du film, il ressort plutôt une certaine gaîté. Ces trios, Schubert les a composés alors qu’il se reposait à la campagne, et les destinait à des moments passés à jouer avec son père et des amis, ils sont spirituels et profonds avec grâce et naturel. Ce sont des ruisseaux qui « [accrochent] follement aux herbes des haillons d’argent ». Le film donne une autre dimension à cet allegro moderato, on l’écoute avec une gravité empreinte de dignité, comme si l’on avait revêtu la musique d’un manteau de brocard. C’est la musique d’un sic transit gloria mundi. On pourrait en dire autant de la Sarabande de Haendel, une danse qui fait comme une longue marche de requiem pour en arriver à la conclusion implacable du film :

 

“It was in the reign of George III that the aforesaid personages lived and quarelled; good or bad, handsome or ugly, rich or poor, they are all equal now”

 

Cette alliance d’images et de musique est unique. On a pu reprocher parfois au film son scénario, lui reprocher de se reposer sur sa troublante beauté. Cette beauté me suffit amplement. En toute honnêteté, j’ai beaucoup moins aimé le roman de William Makepeace Thackeray, The Memoirs of Barry Lyndon Esq. Le personnage de Redmond Barry y est, à mon goût, nettement moins sympathique. Il a tout de l’Irlandais  crâneur qui confine au ridicule, ce qui bien sûr est le but de l’auteur de La Foire aux vanités, mais tout de même. J’ose dire que je préfère les personnages du film, sublimés en sujets de Gainsborough.

 

Il y a encore une dernière chose qu’il convient de dire, la beauté des scènes mise en musique est d’une perfection qui élève l’âme, mais, elle serait sèche si elle ne suscitait d’autres sentiments que ceux de la grandeur et de la déchéance. Il y a une scène en particulier à laquelle je pense, qui est celle de la mort du fils de Barry et de Lady Lyndon. Une mort qui l’unit à cette femme plus intensément qu’aucun sentiment ne l’aurait fait. Cette scène est à pleurer. Elle permet de ressentir, ne serait-ce qu’un quart de seconde, la douleur immense que constitue la perte d’un enfant.

Pourtant, Dieu sait que, d’une nature trop sensible, je me défie beaucoup des sentiments, et que je ne prépare pas de boite de mouchoirs quand je me dispose à regarder une scène tendre ou triste, mais bien plutôt à passer à autre chose. Mon credo est d’ailleurs qu’il y a bien assez de malheur dans la vie pour qu’on regarde le malheur à l’écran. C’est valable pour le malheur mal filmé, le malheur sordide. Mais là, on entre dans la sphère de l’art.




HMVD


 

 

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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 00:27

 

 

 

 

 

 

Un choix classique certes, mais pas par snobisme, juste parce qu’il faudrait un Hitchcock dans toute liste qui se respecte. La première fois que j’ai vu ce film, j’ignorais totalement de quoi il s’agissait et je n’avais, en plus, jamais vu de Hitchcock auparavant. Je l’ai « pris en route » un soir très tard à la télévision, en croyant qu’il s’agissait d’un vieux navet qu’on nous ressortait de je ne sais d’où. C’est ce qui s’appelle partir avec un a priori assez défavorable. Or, ma première pensée à la fin du film fut « eh bien, si tous les navets étaient comme celui-ci…», et de ressentir cette impression caractéristique qui me fait dire qu’il y a du génie dans une oeuvre. Je n’ai pas mis longtemps à découvrir « la vérité ». C’était Vertigo, Sueurs froides en français. On aurait d’ailleurs fort bien pu garder le titre original. « Sueurs froides » a comme une odeur de film d’horreur au rabais.

 

Il s’agit certes d’un film policier à l’intrigue, comme toujours chez Hitchcock, très bien montée, avec une dimension ésotérique, qui laisse planer le doute. Il y a bien sûr cette façon très particulière de filmer, qui crée le suspense. Mais, c’est aussi une histoire d’amour, portée par le jeu assez retenu de James Stewart et de Kim Novak. Et c’est cette dimension à laquelle j’ai été la plus sensible. L’amour au cinéma est, à mon goût, en général prévisible, trivial et sans relief. Mais Hitchcock met ici en scène la femme qu’il a envie d’aimer, une femme aux cheveux blond-blancs, mystérieuse et distante, non sans grâce et non sans élégance. La relation entre cette femme et un détective, Stewart, acrophobe fragilisé par un traumatisme, mais qui conserve une belle prestance, n’a rien de trivial ni, de bassement ennuyeux. A en croire une interview avec François Truffaut, Hitchcock lui-même considérait que c’était l’un de ses meilleurs films. La majorité des gens adulent « le maître du suspens » pour ses intrigues et considèrent Vertigo comme un chef d’œuvre à ce titre, pour ma part, c’est cette histoire d’amour qui me fait l’apprécier.

 

 

 

HMVD


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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 00:17


 

 

Il est une vieille famille d’Istrie

Dont les descendants

Ont un talent,

Hérité d’un archange voyant

Qu’on dit être Satan.

Pour tout guide ils ont

 

Un vieux parchemin moisi

Qui s’adresse à eux ainsi :

« Tu vois ce que nous voyons

Depuis dix générations,

Tu vois l’autre dimension,

 Par delà l’espace et le temps,

 

Tu vois l’être face au néant :

Certains sont assis

Sur un gouffre gris

Sans fond,

Ils s’y dissoudront.

Aux pieds d'autres

 

S’étend l’espoir

Des mondes infinis

Qui ne sont ni chair, ni esprit.

Tous mourront,

Seuls ces mondes tiendront,

Et beaucoup ne seront

 

Plus rien.

Le paradis n’est rien,

Mais l’enfer est le rien,

Le temps est poussière

Face à l’éternité sa mère,

L’espace est un grain

 

Germé de l’infini son père

Le saut de l’être qui est un

Nous reste incertain,

Toi, tu dois te taire

Jusqu’à la bière,

Et boire cette mer

 

De mystère.

Sache et professe cependant

Que l’espace d’un instant

Suffit à créer le temps,

Comme l’amour d’un être

Est le seul peut-être »

 

Aussi ces gens

Sombrant dans leur clarté,

Passent leur vie à chercher,

Et se tiennent en retrait

Comme pour méditer.

Ils ont tous les talents,

 

Mais ils disent seulement :

  « Je tâche d’être »

Et l’amour d’un seul être,

Est leur fragile peut-être

Qui noie dans l’étang

Le vide du néant.

 

 

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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 22:41



 

C’est à Rome, Cité du Vatican,

Un cardinal se presse sous le soleil plombant

L’air  de la chrétienté,

Mais saluant le Suisse à l’entrée,

 

Le cardinal va d’un pas léger,

Serviteur aimant de la charité.

Sur la place doucement,

Une mère se penche sur son enfant

 

Douleur d’un instant fulgurant :

Le cardinal remonte cinquante ans.

Sa mère l’avait-elle jamais embrassé ?

Une belle femme de la meilleure société,

 

Amants, somptueuses toilettes et décolletés,

Mais la faveur du monde est vite passée.

Un jour elle fut seule abandonnée,

Et seul ce fils eut pitié,

 

Lui seul ne venait pour prendre, mais pour donner,

Lui seul souffrait comme elle souffrait.

Quand elle le vit pleurant en silence à son chevet,

Elle comprit ce qui ne l’avait effleuré

 

De toute une vie.

Et elle ne murmura que ce mot : merci.

Le cardinal rebrousse chemin lentement

Il va en paix maintenant,

 

Il va prier longtemps,

Pour qu’aucune mère

N’attende ses derniers instants

Pour embrasser son enfant.

 

 

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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 22:23

 



Dem Grafen L. gewidmet

 

 

 

 

Des pas sur le marbre froid,
  Une silhouette avance, se dresse et ploie :

Il neige sur le cœur

De l’homme qui quitte cette demeure.

 

Le ciel est de plomb

Les plombs, c’est la prison

Dont on ne sort que par le pont

Des soupirs[1].

 

Il a tout compris, c’est fini

Il était déjà sage, il n’a rien appris

Et quand il a perdu ses amis

Il n’a eu qu’un sourire.

 

Il souffre mais ne hait point

Lui qui n’a jamais cru en rien

Cette phrase lui revient :

Kyrie eleison ! Miserere nobis !

 

Et s’arrêtant un instant,

Il pense à elle

C’est qu’elle est si belle…

Elle comprendrait sûrement.

 

Se pourrait-il

Qu’il n’ait pas vu

Ce qu’il a toujours su ?

Pourquoi faut-il

 

Qu’il souffre tant

Pour voir l’aube d’un jour différent ?

Mais il n’y a plus qu’elle maintenant

Et l’air d’une matinée de printemps.





[1] « Les plombs » est le surnom donné à Venise aux cachots du dernier étage de la prison reliée au palais des Doges par le Pont des soupirs. Ce pont, en marbre blanc et en pierre d’Istrie, permettait aux prisonniers et aux condamnés de jeter un dernier regard sur Venise.

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L'orange Maltaise

  • : L'orange maltaise
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  • : « Il pourrait se trouver, parmi [mes lecteurs] quelqu’un de plus ingénieux ou de plus indulgent, qui prendra en me lisant ma défense contre moi-même. C’est à ce lecteur bienveillant, inconnu et peut-être introuvable, que j’offre le travail que je vais entreprendre. Je lui confie ma cause ; je le remercie d’avance de se charger de la défendre ; elle pourra paraître mauvaise à bien du monde ! » (Mémoires de la Duchesse de Dino, 1831)
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