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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 22:51





 

 

 

 

Dostoïevski disait des Russes de l’aristocratie qu’ils connaissent mieux la culture occidentale, en particulier française, que leur propre culture. Cette fascination pour l’Europe et pour la France remonte au siècle de Pierre le Grand, mais la Russie est toujours en décalage. Le reste de l’Europe n’a pas attendu le début du XVIIIème pour se tourner vers la France. Et cette fascination, qui a transmis la Révolution, lui a survécu. A une ou deux générations de la nôtre, on est sûr de trouver des francophones au sein la bonne société des grandes villes européennes. Berlin entretient avec la langue française une relation plus intime, qui n’est pas simplement due à l’aristocratie, copiée ensuite par la grande bourgeoisie.

 

 

Le français, langue des souverains de Prusse

                            

La langue française a connu au cours des XVIIèmes et XVIIIèmes siècles, dans toute l’Europe, un rayonnement exceptionnel, qui en faisait la langue noble, la langue de l’esprit et de la culture. Berlin, ville prussienne, n’a pas fait exception. Le français a été la langue de la cour pendant deux cents ans. Le premier roi de Prusse, Frédéric Ier (1657-1713) et son épouse, Sophie Charlotte (1668-1715)[1], parlaient parfaitement français. Ironiquement, Frédéric Ier avait obtenu pour la Prusse le statu de royaume par l’intermission d’un huguenot expatrié à Berlin, conséquence malheureuse de l’Edit de Nantes, Charles Ancillon (1659-1715)[2], en échange d’une alliance contre la France de Louis XIV dans la Guerre de succession d’Espagne. Mais de fait, s’il était « roi en Prusse », Frédéric Ier ne fut jamais « Roi de Prusse ». Il fallu attendre Frédéric II (1712-1786), son petit-fils, pour que le souverain de Prusse obtienne ce statu. Ce même Frédéric II, dit « le Grand », dont Voltaire disait à sa nièce Mme Denis qu’il était un auteur français né à Berlin.

 

Non seulement le français était la langue de la cour, mais les souverains prussiens ne s’exprimaient pas ou très peu en allemand. Les descendants de Frédéric Ier et de Sophie Charlotte, « le Roi-Sergent » (der Soldatenkönig)[3], Frédéric Guillaume Ier (1688-1740), et Frédéric II Le Grand (1712-1786) maîtrisaient à peine la langue allemande écrite. Quand ils ne se servaient pas du français, ils utilisaient le Berlinois, Berlinerisch, et non pas le Niederdeutsch, ancêtre de l’allemand actuel, le Hochdeutsch. Le Niederdeutsch était à l’époque une Kanzleisprache, c'est-à-dire une langue administrative. Erwald Harndt (2005) cite dans Französisch im Berliner Jargon un décret, Decret,  de Frédéric Ier:

„Auff der frantzösischen Refugyrten wittib Conte allerdemütigstes Supplicatum... hiermit concediert, ihre hierein Specificierte Limonade und andere Liqueurs, zur rafraichierung der daselbst promenierenden Personen öffentlich feil zu haben“[4]

 

Pour un francophone germanophone qui a appris l’allemand sur les bancs du collège, ce Decret donne l’impression d’être de nouveau assis sur ces bancs, à lire la copie d’un très mauvais élève qui ne savait pas trop quoi dire, ni comment le dire, et qui a traduit du français comme il pouvait. En effet, si l’on s’en tient à l’allemand actuel, ce texte contient des fautes d’orthographe, de grammaire, de syntaxe et un certain nombre de mots qui n’existent pas. Comme le répétait à l’envi Frédéric Ier,  « Je ne suis pas fort en allemand ».

 


La vie de la cour à la française

 

Au siècle où les souverains de Prusse s’affirment et obtiennent du Saint Empire d’être appelés rois, on peut à Berlin lire en français, et exclusivement en français, les travaux de l’Académie Royale des Sciences et Belles Lettres, dont un tiers des membres sont d’ailleurs des réfugiés français. La loge maçonnique de Berlin s’appelle Royale Yorck de l’Amitiée, l’hôpital, Maison Royale de Charité, dont le nom survit encore à l’heure actuelle sous sa forme courte : Charité, l’internat des médecins militaires s’appelle la Pépinière et l’académie militaire, Ecole militaire.  On peut admirer les Palais Ephraim et Redern, ainsi que le Palais du Prince Royal de Prusse, et les châteaux Sanssoucis, Monbijou, et Bellevue. On peut se promener sur le Quarré, la place de la Porte de Brandebourg, sur la Belle-Alliance-Platz ou la Contre Escarpe de l’Alexanderplatz. Pour financer ces merveilles, on se doit de payer des Accisen[5]. A la cour, on se coiffe à la Pompadour et on respecte l’Etikette. On engage son fils au Bataillon, où il fait des Manöver et porte des Epaulettes, en espérant être décoré pour le mérite. On a des Domestiken en Livree, qui se tiennent sur la Chaussée, en attendant que l’on parte pour son Domäne en grand Equipage. Ou alors, on retrouve sa Mätresse en Negligé et on tombe la Perücke et le Portepee

 


La prégnance de l’influence française renforcée par les vagues d’immigration

 

Le français, langue de la cour de Prusse, langue de la culture dans toute l’Europe, a été parlé couramment à Berlin pendant trois siècles, ce qui est significatif dans l’histoire d’une ville âgée de 750 ans. Mais, s’agissant de Berlin, le rayonnement culturel de la langue de Louis XIV a été particulièrement renforcé par des vagues d’immigration successives. En effet, la ville a tout d’abord bénéficié de l’arrivée des Huguenots (Hugenotten) chassés de France par l’Edit de Nantes, puis de celle des émigrés chassés par la Révolution (Revolutionsemigranten), et, enfin, a subi les troupes d’occupation françaises (Besatzungssoldaten).

 

Par un décret de 1685, Berlin accueillait les protestants persécutés pour leur foi, qu’il s’agisse des Huguenots, qui s’établirent au nord-ouest de la ville, dans le Moabit, ou des protestants de Bohème, qui s’installèrent dans le Rixdorf[6].  Ainsi, à la fin du XVIIème siècle, 5000 habitants de la ville étaient d’origine française, soit une personne sur cinq.[7] Les Huguenots appelaient le quartier qu’ils occupaient « la terre de Moab » ou « la terre maudite » parce qu’ils déploraient le manque de fertilité du sol, ce qui survit en allemand sous la forme « Moabit ».  Mais s’ils avaient des difficultés à faire pousser leurs précieux légumes dans la terre sablonneuse du Moabit, les Huguenots n’en apportaient pas moins leurs arts et techniques. Ils étaient chapeliers, perruquiers ou horlogers et virent enrichir le savoir-faire berlinois. La Révolution française amena une autre vague d’immigrants qui vint enrichir la communauté française, bien intégrée, par mariages et alliances de la meilleure espèce, à la société Berlinoise. 

 

Les familles d’origine française, qu’il s’agisse de Huguenots ou d’Emigrés, fleurirent  et s’illustrèrent dans les sciences, le commerce, l’industrie, ou les arts. Ainsi peut-on penser au peintre Antoine Pesne, aux généraux Courbière et LeFèvre, aux architectes Gontard et Gilly, au paysagiste Pierre Joseph Lenné, aux industriels Ravené et Godet, aux écrivains Chamisso, La Motte Fouquet, Théodore Fontane et Willibald Alexis, et au physicien Charles Achard, auquel on doit le procédé industriel d’extraction du sucre depuis la betterave. Si l’on considère les alliances et mariages, qui introduisent un ou une française au sein d’une ancienne famille prussienne, on peut relier nombre de grands personnages à la patrie de Voltaire. Ainsi, les frères Humboldt avaient pour mère Marie Elisabeth Colomb, descendante d’une famille huguenote. Or, Alexander Humboldt est l’une des grandes figures de l’histoire berlinoise, si ce n’est de l’histoire allemande, et prête son nom à l’une des meilleures universités allemandes, la Humboldt Universität.

 


La vie berlinoise à l’heure française

 

La culture et la langue française, représentait l’élite, évoquait les palais et les places grandioses. Seulement, alors que tant de familles berlinoises comptaient des membres d’origine française, le français pénétra plus profond dans la vie quotidienne. Il ne s’agissait plus seulement d’une question de mode, d’étiquette de cour, une aspiration au modèle français, mais d’une réalité bien prosaïque. En témoigne le vocabulaire culinaire qui introduit des noms français pour des plats simples, loin d’évoquer Versailles et ses lumières. On pouvait ainsi faire son repas de  Püree, Filet, Hachee, Frikassee, Kotelett, Omelett, ou Roulade, quasiment en langue originale. Il en va de même pour l’habillement. Si une Pompadour ne se portait qu’à la cour, la société berlinoise en vint à promener le long des avenues des Toiletten, faites de Bluse, Kostüm, Manschette, Paletot, Pelerine, Robe et Volant.

 

Qu’on décide d’aller visiter sa Cousine, et on monte au Bel Etage, laissant son Parapluie à l’Entrée et pour être introduit au Salon. On lui propose un Billett pour le Parterre. Certes, ce ne sont pas les Loges, mais elle ferait bien usage d’un peu d’Amusement en ces temps de Malheur et de Misère : le roi vient d’annoncer la défaite de la Bataille d’Iéna. Elle préférerait danser une Polonaise ou un Menuet. Un détour pas le Pissoir et on se retire alors qu’il est temps de mettre le Couvert. Mais quand on redescend : Skandal, le Parapluie est perdu ! Une Canaille de passage, sans doute. On vérifie son Portemonnaie.

 


La germanisation du français

 

C’est une chose d’utiliser couramment des mots français dans une conversation en allemande et de penser comme Karl August von Ense, diplomate prussien, que  « beaucoup de mots français sont plus allemands que le mot allemand que l’on voudrait leur substituer ».  Mais, c’est autre chose de germaniser des mots français et de les utiliser en les pliant à la grammaire allemande. Selon Erwald Harndt (2005), ce changement de perspective est lié à l’occupation de la ville par les troupes napoléoniennes suivant la défaite de 1806, répétée en 1812, au moment de la campagne de Russie. L’usage du français en fut répandu à toute la société y compris aux classes les plus humbles, promptes à faire usage de nouveaux mots et à enrichir son argot.

Ainsi se trouve t-on au XIXème siècle en présence d’un français germanisé usé dans la langue de tous les jours. „Tach, Nante, comment, wie jeht et dir? Du befindest dir doch noch?“ „Toujours, wie imma passsablement“[8]. Et que dire de l’expression „Jener nach seinem Schaköng“ ? La première partie est authentiquement allemande et se traduit pas « chacun selon son ». La seconde, « Schaköng »,  est une contraction du français « chacun selon son goût », considérée comme un mot allemand et dûment décliné, en témoigne le « seinem », au datif. La traduction littérale serait donc « chacun selon son chacun son goût ».  On comprend qu’en théorie « Schaköng » aurait suffi, mais comme souvent dans le dialecte berlinois, on se trouve en présence d’un pléonasme, ce qu’Erwald Harndt (2005) appelle le Berliner Pleonasmus, ou pléonasme berlinois. Ainsi vend t-on des cigares „mit avec du feu !“[9] « mit » étant déjà le mot allemand qui signifie « avec ». Les Berlinois ont au cours du temps déformé la prononciation originale. Ils ont crée au passage quelques jeux de mots en  reformulant les expressions françaises à l’aide de mots allemands : les très dignes haute volée et pour le mérite deviennent ainsi les étranges Haut voll Flöh et Pulle mit Sprit[10].

 

Ainsi, le français n’est pas seulement figé dans les murs des Palais et dans les expressions consacrées de la meilleure société. La langue française coule dans les veines de nombres de familles descendantes de Huguenots et d’Emigrés de la Révolution. Elle a été transmise au peuple par les soldats de Napoléon. Elle est entrée dans la vie quotidienne et a été déformée à loisir. Des mots et expressions « importés » sont devenus allemands, à tel point qu’on les utilise combinés à leurs équivalents allemands : les Berlinois n’ont pas peur du pléonasme qui en devient idiomatique.

 

Est-ce à dire pour autant que l’on peut mâtiner son allemand de français, et chercher à reconnaître la langue de Voltaire dans l’allemand de la rue, parce que l’on foule la Parizer Platz ? Il ne faut pas oublier que le « français » qui a été transmis au Berlinois n’est pas le français actuel. En plus d’être d’un autre siècle, ce français tient aussi parfois de la langue régionale ou de l’argot, tous les soldats de Napoléon ne s’exprimant pas comme des académiciens. On risque donc de s’entendre répondre fort élégamment : pösemonquü[11].



[1] Sophie Charlotte de Hannovre (1668-1715), fille du futur électeur Ernst-August de Hannovre, se trouve être la deuxième épouse de Frédéric Ier (1657-1713), la première, Elisabeth de Hesse-Cassel  (1661-1683), fille du Landgrave Guillaume VI de Hesse-Cassel étant décédée. C’est Sophie Charlotte qui fit bâtir en 1696 sur sa terre de Lûtzow l’actuel château de Charlottenburg. A sa mort, Frédéric Ier qui avait grande estime pour cette femme intelligente, cultivée, polyglotte et musicienne, fit renommer le château de Lûtzow « Charlottenburg » en son honneur.

[2] Théoriquement, à l’exception du Royaume de Bohême, le Saint Empire romain germanique ne comportait pas de royaume. Mais Frédéric Ier de Prusse était parvenu à convaincre en 1701 l’empereur Léopold Ier de le laisser être roi en échange d’une alliance contre la France de Louis XIV dans la Guerre de succession d’Espagne. Charles Ancillon (1659-1715), brillant avocat, juriste et historien né à Metz et qui avait fui la France après la révocation de l’Edit de Nantes, était l’un de ses conseillers.

[3] La traduction littérale de „Soldatenkönig“ est « roi-soldat », mais Frédéric-Guillaume Ier était surnommé en français le Roi-sergent.

[4] Harndt, Erwald (2005), Französich im Berliner Jargon, 2ème édition (2007), Jaron Verlag, Berlin, p.12. Cité in Bouché, Henri (1971), Die Hugenotten in Berlin-Brandenburg, Haude & Spencer  Verschlagsbuchhandlung, Berlin.

[5] Le mot allemand serait Steuer.

[6] Rixdorf  correspond aujourd’hui à Neukölln, un quartier, Berzik, de Berlin.

[7] Brendicke, Hans (1892), Schriften des Vereins für die Geschichte Berlins, Bd. 29, p. 117 et Bd. 32, p.115 (1895).  „1685 hatte Berlin noch nicht 5000 Einwohner, zu denen sich die Schar der 5000 Einwanderer gesellte“.

Cité in Harndt, Erwald (2005), Französich im Berliner Jargon, 2ème édition (2007), Jaron Verlag, Berlin, p.61.

[8] « Alors Nante, comment ça va ? T’es toujours là ? »  « Comme toujours, passablement. »

Glassbrenner, Adolph (1810-1876), journaliste satirique qui écrivait sous le pseudonyme de A. Brennglas dans le journal populaire Berlin wie es ist, Berlin telle qu’elle est.

Cité in Harndt, Erwald (2005), Französich im Berliner Jargon, 2ème édition (2007), Jaron Verlag, Berlin, p.24.

[9] Légende d’une gravure de Franz Burchard Doerbeck (1799-1835) tirée de Berliner Redensarten.

Cité in Harndt, Erwald (2005), Französich im Berliner Jargon, 2ème édition (2007), Jaron Verlag, Berlin, p.29.

[10] Haut voll Flöh : Haut signifie « peau », voll, « plein » et Flöh n’existe pas, mais rappelle une forme du verbe fliegen, « voler ».  Pulle mit Sprit : littéralement « Bouteille avec essence ».

[11] Pösemoncul : contraction de « baise mon cul ».

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Published by Marie-Virginie - dans Culture
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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 13:40


 


Le sens. Tout le monde est à la recherche du sens. Le bonheur y est subordonné.

Or, comme le disait Pascal dans une de ses formules bien senties : « tous les hommes recherchent d’être heureux cela est sans exception […] jusqu’à ceux qui vont se pendre ». Certains trouvent du sens dans ce qu’ils appellent « leurs racines », ce que j’appelle la recherche du sens dans le passé ou dans le passif, merci à la langue française de lier ainsi les deux mots. D’autres dans ce qu’ils appellent « leur futur », ce qui est aussi une recherche du sens dans « l’action », - je dirais bien « l’actif », si ça ne sonnait aussi mal -. Et à cela, comme un lierre, est agrégé un immense vecteur de sens : la religion, qui est passé et présent et même au-delà.

           

Dieu sait à quelles folies cette recherche de sens peut mener. La raison tient en un mot : égoïsme. Je dis cela sans jugement. « Egoïsme » sonne comme une volonté conquérante d’oublier autrui : l’« égoïsme » dont je parle, c’est l’oubli. C’est tellement facile d’oublier autrui, d’oublier qu’il est comme nous, qu’il sent aussi et souffre aussi. Rousseau nous dirait que notre recherche de sens devrait s’arrêter ou commence la liberté d’autrui dans sa propre recherche. Hannah Arendt nous dirait que c’est abdication de notre pensée éthique qui est à redouter, non pas dans la recherche de sens, mais dans la découverte d’une voie à suivre.  Je dis humblement : n’oublions pas autrui.

                                                                                                         

Le sens dans les racines qui sont à la fois passé et passif, pourquoi pas ? Pourquoi pas s’identifier à morceau de terre qui sera aussi content de nous servir de linceul qu’il l’a été de nous servir de berceau. Pourquoi pas se reconnaître dans une « nation », une culture, une langue… Toutes les chansons « nationalistes » sont belles, entraînantes, empreintes de fierté, elles réchauffent le cœur. Et puis, il y a la noblesse des « causes perdues ». Je dis bien  causes « perdues », comme « perdues d’avance » mais aussi « perdues » comme dans Les Aventuriers de l’arche perdue. Les causes à « déterrer » à « excaver », ce que j’appelle « l’invention du passé ». Il y a aussi le plaisir de critiquer son époque « dépravée », de se sentir différent, au-dessus du lot et enfin, de se sentir unis à ses frères d’opinion.

 

La plus part des nationalismes sont de joyeux syncrétismes. Peut-on mélanger Léon Degrelle, le Maréchal Pétain, Augusto Pinochet et tant d’autres figures réunies sous cette même bannière : « ils ont aimé leur pays » ? « Ils ont aimé », pour un peu on entendrait Lamartine. Mais il y a tellement de façons d’aimer, demandez aux tueurs d’enfants. Peut-on mélanger les mythes celtes, les vestiges de l’occupation romaine, le catholicisme et tout ce qui a daigné fouler une terre au cours de l’histoire et qui tire sa valeur de son antiquité ? Les « causes perdues » sont manipulées par certains, qui en plus d’en faire l’objet qui les dispense de chercher plus loin le sens, en font leur pain quotidien. Pas de mal à cela. On est content d’être manipulés, de servir la Cause. Que ferait-on sinon ?

 

Petit cas particulier de la recherche du sens dans le passif : le sens du sang, l’aristocratie, ou en un sens plus général, la classe, la caste. Nous perpétuons tous plus ou moins quelque chose de nos « racines ». Le supporter d’Arsenal perpétue son club comme l’a sans doute fait son père. Le Breton transmet l’amour de la Bretagne. Et que transmet l’aristocrate ? La grande question. Il est censé transmettre quelque chose, c’est déjà tout. L’homme du commun transmet gentiment ce qu’il peut, pour peu qu’il soit intellectuel, il transmet une vision structurée du monde et de la culture, pour peu qu’il soit croyant, sa religion. Mais l’aristocrate doit se perpétuer, bien plus que l’homme du commun. Il vous dira bien volontiers que ce qui compte, « c’est l’aristocratie du cœur », mais vous n’épouserez pas sa fille. D’un point de vue purement eugéniste « it makes sense », comme disent les Anglais. Préserver un certain degré de pureté, la « race ». C’est une idée nazie, qui a assez bien fonctionné dans les Lebensborn, ces haras où l’on faisait s’accoupler les dignes représentants de la race aryenne. Seulement l’aristocratie s’y prend horriblement mal et les Nazis n’avaient pas les outils. Il faudrait une étude attentive des gènes. Et non, on se contente de marier des cousins pour des raisons d’alliances de rang et de pouvoir.  Et on en vient à la consanguinité, à l’idiot des « grandes familles », au mal de Hesse. Qu’est-ce que l’aristocrate ? C’est celui dont un ascendant a été anobli. Je ne dis pas « a réalisé un exploit ». Il y a tant de manières d’être anobli. Amusant comme cet ancêtre « remarquable » prend de l’importance, comme son souvenir survit à celui de ses pères, de ses cousins, et des génitrices de la famille. Hélas, les cancres aux parents brillants en ont fait la douloureuse expérience, un « remarquable » ascendant ne garanti rien quand aux descendants. Sauf la déception. Bien sûr. Ais-je dit déception ? Je pensais peut-être à l’anglais deception, qui signifie tromperie. Une vaste mascarade.

 

Je crois qu’il existe des aristocrates remarquables, parce qu’il existe des hommes et des femmes remarquables. Des hommes et des femmes qui comprennent pleinement qu’ils sont nées avec un appendice en plus, une particule, tout comme ils auraient pu naître avec un doigt en plus à quelques kilomètres de Tchernobyl. Des gens lucides voilà tout, ou des gens très aimants. Les grandes qualités de cœur évitent bien des pièges de la bêtise, dont celui de se sentir supérieur.

 

Reste bien évidemment à différencier les « vrais aristocrates » des « faux aristocrates ». Tâche à laquelle certains s’attachent, fort élégamment, s’éparpillant en infinies variations sur les quartiers, la légitimité, le rang et les titres. Voltaire s’en est déjà amusé dans son Candide avec les quatre-vingt dix-neuf quartiers de noblesse de la belle Cunégonde. C’est fort plaisant, ce qui était risible à l’époque s’est bonifié avec le temps, comme le bon vin. Noblesse de l’Ancien Régime, noblesse de robe, noblesse d’Empire, quartiers dilués par les alliances avec la bourgeoisie… Combien de familles nobles peuvent se dire nobles ? Je ne fais même pas allusion à l’intervention des valets de cuisine pouvant à l’occasion seconder les maris trop occupés par le jeu ou la chasse des filles de cuisine. Il faut être aveugle pour ne pas voir le sourire de Beaumarchais.

 

Mais je ne critique pas cela. Il faut des classes dirigeantes, toute société a sa hiérarchie, et, elle se perpétue, c’est humain. Au détriment des autres, c’est trop humain. Pensons l’aristocratie en un sens large. Une hiérarchie fondée sur le pouvoir et l’argent, Talleyrand et Fouché, le vice appuyé sur le crime, ou est-ce l’inverse ? Elle surgit immanquablement dans les sociétés neuves, comme celle des Etats-Unis : l’aristocrate c’est le riche, le nouveau riche au début, puis le riche d’ancienne extraction. Il ne suffit plus d’être riche bientôt, il faut « servir la communauté », payer l’arbre de noël géant qui illumine New-York, c’est Rockefeller, être mécène, c’est Guggenheim. Dans nos « vieilles » sociétés européennes, qu’on supprime l’aristocratie et une autre surgit. Hydre aux mille têtes, si je puis dire. C’est le constat du pauvre Marat, qui trouvait son sens dans la Révolution : « Qu’aurons-nous gagné à détruire l’aristocratie des nobles si elle est remplacée par l’aristocratie des riches ? ». Il haïssait les aristocrates, mais comme il pouvait aussi haïr les bourgeois ! L’aristocratie, encore, avait une certaine tenue, une « étiquette », certes superficielle, mais comme un décor de théâtre, elle avait de la grandeur. La bourgeoisie, c’est Mme Sans-gêne. Je ne peux m’empêcher de proposer une petite mise en parallèle entre Le Vitrail d’Hérédia et Bourgeois de Paris de Dostoïevski, un des rares auteurs qui réussisse à me faire éclater de rire. Le premier réussit à concentrer toute la noblesse, la beauté et l’élévation de l’aristocratie fantasmée en quelques vers :

« Cette verrière a vu dames et hauts barons

Etincelants d'azur, d'or, de flamme et de nacre,
Incliner, sous la dextre auguste qui consacre,
L'orgueil de leurs cimiers et de leurs chaperons ; »

 

Le second croque littéralement son bourgeois :

 

« En général, le bourgeois est loin d’être un idiot, mais il a l’esprit comme un peu court, pour ainsi dire — par extraits. Il garde en réserve une quantité incroyable de conceptions toutes faites, comme autant de bûches pour l’hiver, et il a sérieusement l’intention de vivre avec pendant au moins mille ans ».

 

Mais le bourgeois n’est pas si différent en fait. Il se marrie selon la « loi de l’égalité des poches », comme l’aristocrate se mariait selon la loi de l’égalité du rang et dans une large mesure, de la fortune, toujours, le pouvoir et l’argent cherchent à se perpétuer. Je pourrais présenter une aristocratie dégoûtante corrompue et consanguine et la confronter à l’honnête bourgeois avec sa tendre femme et ses doux enfants. Qu’est-ce qui serait le plus vrai ? Tout ceci pour dire que l’ordre de la société est immuable en ce sens que tous ne peuvent diriger et qu’une classe dirigeant succède immanquablement à celle que l’on supprime. Les lois sont injustes, que ce soit celles de l’Ancien ou du nouveau régime. Pour un Pascal, c’est là le signe de la persistance de l’haïssable « péché ». Mais qu’importe la cause de cet état de fait, ce qui compte c’est que « rien, suivant la seule raison n’est juste de soi ; tout branle avec les temps ; la coutume forme toute l’équité par cette seule raison qu’elle est reçue : c’est le fondement mystique de son autorité. Qui la ramènera à son principe l’anéanti ». Il en est de même de toute classe, caste ou domination. La coutume en est le fondement. Seule, peut-être, fait exception la domination d’un esprit génial sur les autres esprits de son temps.

 

Pas de progrès, mais une stabilité, désespérément plate et continue. Bonne nouvelle : notre époque n’est ni plus ni moins corrompue qu’une autre. Mauvaise nouvelle : nous allons rester à ce même niveau de stabilité jusqu’à ce que le dernier homme meure sur terre. Les actions remarquables sont toujours possibles à titre individuel, n’entrons pas dans un déterminisme. Mais considéré comme un tout, les sociétés humaines sont au même niveau. C’est un Juif qui le dit, pour lequel j’ai la plus grande révérence : le grand Moïse Mendelssohn, grand-père de Félix, le génial compositeur et chef d’orchestre. Il ne pouvait imaginer la Shoah. Et on me l’objectera fort intelligemment : est-ce qu’il n’y a pas là une discontinuité, un saut de la courbe vers des niveaux d’horreur jamais égalés ? Deux éléments à ma réponse. D’une part, on me passera les comparaisons tendant à déterminer si dans les tortures romaines, dans les supplices orientaux, ou dans les vulgaires massacres qui suivent le passage des soldats en pays conquis, il n’y a pas un degré égal d’horreur. D’autre part je dirais que jamais l’horreur n’avait été pensée, théorisée, et organisée ainsi. Jamais à cette échelle.  Il lui fallait l’ère industrielle, l’ambiance d’usine, le Zyklon B et les chemins de fer. On reconnaît donc la spécificité de l’horreur. Est-ce à dire que la courbe n’est pas encore continue ? La question reste ouverte.

 

A vrai dire je trouve cette idée que finalement en additionnant toutes les exactions et toutes les « bonnes » actions –avec toute l’ambiguïté du terme-, la somme est nulle ou du moins constante, utile et agréable. Utile et agréable, parce qu’il serait agréable dans un dîner mondain quand on entend « c’était mieux avant » de répondre : « comme le disait Moïse Mendelssohn... Vous connaissez, bien sûr. Vous n’avez rien contre ce grand penseur juif, bien sûr. » Notre frustré bien pensant ne s’opposera pas. J’ai dit dîner mondain, pas réunion nationaliste. Là il aurait fallut citer le Maréchal. Je m’abstiens, je ne froisse personne. Chacun donne du sens à sa vie comme il peut. Ce n’est pas à moi de juger, pourvu qu’on ne me juge pas et qu’on n’empiète pas sur ma liberté. Sustine et abstine, supporte et abstiens-toi. Mais je ne m’empêche pas de penser.

 

Que dire de ceux qui cherchent leur sens dans le futur ? La fuite en avant ? Cette attitude est l’apanage du savant fou et de l’homme d’affaire pressé. Il leur faut bâtir, créer, accumuler, amasser, laisser une trace. On a là une forme d’individualisme, qu’on ne retrouve pas chez les ceux qui cherchent du sens dans le passé. Ceux-là veulent perpétuer, préserver, protéger. Si un Nazi rêve d’un Reich de mille ans, ce n’est que pour rendre justice à ce qui est déjà, une race millénaire, la race aryenne. Mais tous sont toujours tentés de suivre les rails de leur cause. Sans mauvais jeux de mots, pour certains cadres pressés suivre les rails peut atteindre une dimension très prosaïque. On cherche du sens pour s’empêcher d’avoir à en chercher. De même qu’on cherche à satisfaire son désir pour ne plus avoir à désirer. Peut-être que l’on oubli que c’est la recherche elle-même qui est intéressante.

 

Certes, un certain nombre de personnes ne cherchent pour ainsi dire jamais, puisqu’ils suivent directement les rails sur lesquels on les a placés. Enfin, ils cherchent quand même des raisons pour continuer à suivre ses rails, pour prouver que leur cause est la meilleure. L’éternelle question du croyant au chevet d’une personne aimée qui a subi l’indicible : comment justifier que Dieu ait laissé faire cela ?

Il est sans doute bon que la plus part des gens suivent toujours les mêmes rails car quelle est l’alternative ? Dérailler ? Tenter un savant aiguillage ? On est toujours prisonnier du réseau ferroviaire, toujours à la recherche d’un sens. Même la plus déchaînée de toutes les party girl, même le plus terrible Don Juan qui fuit dans un tourbillon de plaisirs, se pose la question : à quoi bon ? Pourquoi ? Ils ne se la posent pas souvent et on une réponse implacable: vivons ! « Vivre fou et mourir sage ».

 

Un moraliste condamnerait cette attitude et dirait qu’il faut penser dès maintenant, se repentir aussi, c’est un autre chapitre. Trouver un sens, s’y tenir, en changer, progresser, stagner… Je vois surtout beaucoup d’Hommes qui souffrent et qui tentent, comme les petites tortues marines qui viennent d’éclore, de faire leur chemin. Cette image sympathique pour nous rappeler que juger ces efforts est déplacé. En revanche, ce à quoi ils mènent, le résultat de certaines recherches est atterrant. La bêtise, le mépris, la suffisance, la violence et l’ignorance semblent s’allier dans une de ces danses macabres que l’on peignait pendant la grande peste. Le relativisme a du bon, il nous évite de condamner à tout bout de champ ceux qui trouvent un sens différent du notre, seulement, il doit être lucide, et voir aussi comment tous ces sens se comportent.

Le sens ne donne pas la vie. Il donne une raison de vivre et ultimement une raison de mourir, c’est très différent. On peut s’estimer heureux quand il s’en tient là, et qu’il ne donne pas en plus de raison de faire mourir.


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Published by Marie-Virginie - dans Pensées du 365ème jour
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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 00:27

 




 



 

J'écoutais Glenn
Penché sur son clavier

Et coulant en moi-même

Je me laissais doucement glisser

Vers le fond d’une lagune que je dessinais.

 

Plus de pianiste à la tête penchée,

Chaque note était un pas de ma pensée

Qui dérivait, quelque peu égarée,

Contente de sa naïveté

Et du doux confort rêvé.

 

Mon crayon courait sur le papier,

Mes pensées confuses se mêlaient,

Mais comme la lagune

Sous le clair de lune

Un courant les traversait.

 

Ou était-ce la lune

Dansant comme ma plume

Sur la lagune sans fond ?

Quand on tombe si profond

Le sens s’efface sans bruit

 

Et un autre moi surgit…

Soudain une pensée importune

M’arrache à mes instants !

Qu’il était doux pourtant,

De se noyer sous la lune…

 

Tout mon rêve se concentre en un point,

Il implose, puis disparaît.

Il ne m’en reste que mon dessin.

Mais pourquoi puis-je encore

Entendre ma musique alors ?

 

Comment a-t-elle fait

Pour sortir de cette petite tête

Où sont emprisonnées tant d’idées ?

Alors seulement je comprends

A qui j’ai dû cette fête :

 

J’écoutais Glenn

Penché sur son clavier

Et coulant en moi-même

Je me laissais doucement glisser

Vers le fond d’une lagune que je dessinais.

 



J’écoutais à ce moment les Variations de Goldberg de J.S. Bach interprétées par Glenn Gould
[1], probablement l’une des interprétations les plus célèbres du répertoire classique. En témoignent les profits engrangés par le label Sony Classics, qui compte Glenn Gould parmi ses « best-sellers ». Un incontournable donc que ce pianiste de jazz jouant du baroque. J’ai pour ma part toujours été sensible à la sonorité particulière et, peut être plus encore, à l’investissement corps et âme du pianiste dans son jeu. Il faut rappeler que Glenn avait pour habitude de s’accompagner au piano en fredonnant les pièces qu’il jouait. A vrai dire, cette façon particulière de s’accompagner est mieux rendue par le verbe anglais « to hum » qui évoque bien le genre de bourdonnement qui en résultait sur les bandes-son. Et de fait, cette habitude assez remarquable a donné du mal à bien des ingénieurs du son…




 

[1] Glenn Gould (1932-1985) est un pianiste né et mort à Toronto. Ayant commencé le piano avec sa mère, lointaine parente du compositeur norvégien Edvard Grieg (1843-1907), il poursuivi ses études au Conservatoire Royal de Musique de Toronto, sous l’égide du pianiste chilien Alberto Guerrero (1886-1959).  Il est considéré comme l’un des plus grands pianistes du XXème siècle, certains amateurs de musique classique le « détestent », d’autres l’adorent, toujours est-il qu’il ne laisse pas indifférent. Il a donné de nombreux concerts, essentiellement sur le territoire américain. Il existe deux versions des interprétations de Glenn Gould : une date de 1955, l’autre de 1982.  Pour une meilleure compréhension de personnage, les films tournés avec Bruno Monsaingeon (*1943) sont à recommander.


 


 
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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 23:59









Je publie ici un poème de Duke Ellington (1899-1974) qu’il consacre à celle qu’il appelle « sa maîtresse », la musique. A vrai dire le texte est intéressant tant par lui-même, que de par le personnage qui l’a écrit. Duke Ellington est qualifié à raison de « géant du jazz », amusant pour quelqu’un qui ne rêvait initialement que de base-ball et qui sautait volontiers ses leçons de piano. Mais il faut dire que la musique courrait dans la famille, puisque ses deux parents étaient pianistes. C’est une personnalité particulière, un enfant noir qui a grandi dans une famille aisée de Washington. Un enfant très marqué par sa mère, une femme qui avait de belles manières, ce qui lui vaudra à lui-même le titre de « duke » décerné par ses camarades. Un artiste qui a commencé par composer et jouer d’oreille, tardant à apprendre à lire et écrire la musique. Un chef qui a su créer, mener et inspirer des orchestres, comme les Washingtonians de ses débuts new-yorkais. C’est un rassembleur, les plus grands ont joué avec lui : Count Basie, Frank Sinatra, George Huston Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, John Coltrane, ses orchestres ont compté pour un temps des talents comme Jo Trent ou Sidney Bechet.

 

Texte de Duke Ellington



What is music to you?

What would you be without music?
Music is everything.
Nature is music (cicadas in the tropical night).
The sea is music. The wind is music.
Primitive elements are music, agreeable or discordant.
The rain drumming on the roof,
And the storm raging in the sky are music.
Every country in the world has its own music,
And the music becomes an ambassador;
The tango in
Argentina and calypso in Antilles.
Music is the oldest entity.
A baby is born, and music puts him to sleep.
He can't read, he can't understand a picture,
But he will listen to music.
Music is marriage.
Music is death.
The scope of music is immense and infinite.
It is the "esperanto" of the world.
Music arouses courage and leads you to war.
The Romans used to have drums rolling before they attacked.
We have the bugle to sound reveille and pay homage to the brave warrior.
The Marseillaise has led many generations to victories or revolutions;
It is a chant of wild excitement, and delirium, and pride.
Music is eternal, Music is devine.
You pray to your God with music.
Music can dictate moods,
It can ennerve or subdue,
Subjugate, exhaust, astound the heart.
Music is a cedar,
An evergreen tree of fragrant, durable wood.
Music is like honor and pride,
Free from defect, damage, or decay.
Without music I may feel blind, atrophied, incomplete, inexistent.

Music is my Mistress
, 1973
Duke Ellington (1899-1974)



 

Que signifie la musique pour vous ?

Que seriez-vous sans musique ?

La musique est tout.

La nature est musique (écoute les cigales dans la nuit tropicale).

La mer est musique. Le vent est musique.

Les éléments sont une musique, agréable ou discordante.

La pluie qui tambourine sur le toit,

Et la tempête qui fait rage dans le ciel sont aussi musique.

Chaque pays dans le monde a sa propre musique,

Et la musique est un ambassadeur ;

Le tango en Argentine, et la calypso dans aux Antilles.

La musique est la plus vieille entité,

Un bébé qui vient de naître est bercé par la musique,

Il ne sait pas lire, ni ne peut comprendre une image,

Mais il écoutera la musique

La musique est mariage.

La musique est mort.

Le spectre de la musique est immense et infini

C’est l’espéranto de notre monde

La musique excite le courage et mène à la guerre

Les Romains faisaient rouler leurs tambours avant la bataille

Le clairon sonne le réveil et rend hommage aux braves guerriers

La Marseillaise a mené des générations à la victoire ou à la révolution ;

C’est un chant de déchaînement sauvage, de délire et de fierté

La musique est éternelle, la musique est divine,

Nous prions  Dieu avec de la musique

La musique nous dicte notre humeur,

Elle peut calmer ou exciter

Subjuguer, épuiser, étonner notre cœur

La musique est un cèdre

Un arbre toujours vert d’un bois odoriférant et solide.

La musique est l’honneur et la fierté

Parfaite, inaltérable, immortelle

Sans musique je me sentirais aveugle, atrophié, incomplet, inexistant.










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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 12:26

 




 

Jussi Björling (1911-1960) figure parmi les grands ténors de la première moitié du XXème siècle, aux côtés de John McCormack,  Gerorge Thill,  Enrico Caruso, et autres Beniamino Gigli. Le chanteur suédois interprète ici le lied traditionnel Värmlandsvisan. Il s'agit à l'origine d'un poème de 1822, composé par Anders Fryxell, qui chante les beautés du Värmeland, province de l’ouest de la Suède. Le lied qui en est tiré est composé en 1846, par Fredrick August Dahlgren, à partir d’une mélodie traditionnelle. Ce lied a d'ailleurs inspiré Bedrich Smetana dans les poèmes six poèmes symphoniques de Má vlast (Ma Partie) (1879), en particulier pour la  fameuse Moldau. Il également entré dans le répertoire du jazz, puisque Stan Getz (1927-1991) s'en est géalement inspiré pour Dear Old Stockholm



Texte d’Anders Fryxell/Fredrick August Dahlgren (1822/1846)

 

 

 

Ack, Värmeland, du sköna, du härliga land,

du krona bland Svea rikes länder!

Och komme jag än mitt i det förlovade land,

till Värmland jag ändå återvänder.

Ja, där vill jag leva, ja, där vill jag dö.

Om en gång ifrån Värmland jag tager mig en mö,

så vet jag att aldrig jag mig ångrar.

 

I Värmeland är lustigt att leva och att bo.
Det landet jag prisar så gärna.
Där klappar det hjärtan med heder och med tro
så fasta som bergenas kärna.

Och var och en svensk uti Svea rikes land,

som kommer att gästa vid Klarälvens strand,

han finner blott bröder och systrar.

 

I Värmeland -ja, där vill jag bygga och bo,
med enklaste lycka förnöjder.

Dess dalar och skog ge mig tystnadens ro,

och luften är frisk på dess höjder.
Och forsarna sjunga sin ljuvliga sång –

vid den vill jag somna så stilla en gång
och vila i värmländska jorden.

 

 

Traduction


(ma propre traduction, à ma connaissance la seule traduction française disponible)

 


 

Oh Värmeland, belle, radieuse terre,

Joyau des provinces suèdoises !

Si un jour je trouve la terre promise,

Je retournerai quand même à mon cher Värmeland !

C’est ici que je veux vivre et mourir,

Et si un jour je prends femme au Värmeland,

Je sais que jamais je ne le regretterai.

 

En Värmeland on fait sa vie et son nid gaiement.

Dans ce pays que je loue avec joie,

Où les cœurs battent avec honneur et foi

Fermes comme le cœur des montagnes,

Chaque suédois du royaume de suède,

Qui se fait l’hôte des rives étroites du fleuve Klaräven,

Ne trouvera que des frères et des sœurs.

 

En Värmeland, je veux vivre, bâtir ma maison,

Et goûter un bonheur simple.

Les vallées et les forêts m’emplissent d’un silence paisible,

L’air est si frais sur les sommets,

Les cascades chantent leur charmante chanson

Et c’est cette chanson qui me bercera

Quand je reposerai dans la terre de Värmeland.

 


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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 03:04







J’ai pour habitude de regarder les films étrangers en langue originale. Or, il s’agit souvent des films d’Ingmar Bergman, en suédois donc, avec des sous-titres anglais et quelques fois, avec des sous-titres suédois. En général, au bout de quelques minutes, je commence à comprendre suffisamment ce qui est dit pour suivre l’histoire. Cela n’a pas manqué de m’étonner, car, avant de faire cette expérience, j’associais à tort la langue suédoise au finnois, une langue que j’aurais nettement moins de chances de comprendre. J’ai l’impression d’entendre une sorte d’allemand déformé, prononcé avec le haut du palais, et suivant les règles de l’anglais, d’où ma relative aisance. J’ai donc entrepris de me renseigner un peu, tant par curiosité, que par sympathie et par respect pour tous ces Suédois que j’ai rencontrés  en personne ou au travers d’une œuvre, tels que le réalisateur Ingmar Bergman, les acteurs Ingrid Bergman, Liv Ullmann, Max von Sydow, Halvar Björk, et Stellan Skarsgård, le ténor Jüssi Björling, le Comte Axel de Fersen, les auteurs Selma Lagerlöf, August Strindberg et Gustaf Fröding, la poupée laponne de ma petite sœur ou encore cette charmante inconnue dans une librairie parisienne.

 

 

 

Survol de l’évolution de la langue suédoise à la Nils Holgersson[2]

 

 

Un rapide survol historique permet d’appréhender les différents éléments que l’on remarque intuitivement en écoutant ou en lisant un peu de suédois.  

Schématiquement, les langues actuelles des pays scandinaves dérivent toutes du vieux scandinave apparu au VIIIème siècle et dérivant lui-même de l’ancien scandinave. Entre les VIIème et XIIème siècles, le vieux scandinave se transforma progressivement pour donner deux branches différentes : le scandinave occidental, parlé en Norvège et en Islande et le scandinave oriental, parlé au Danemark et en Suède. Puis, entre le XIIème et le XIIIème siècle, le scandinave oriental lui-même connut encore une évolution, de sorte qu’il donna naissance au vieux danois et au vieux suédois. C’est cette dernière forme linguistique qui fut le prélude au suédois actuel.

 

On trouve un exemple de ce suédois médiéval dans le code de loi de Vastgöta ou Vastgötalagen, un écrit utilisant l’alphabet latin qui est daté du milieu du XIIIème siècle. La grammaire en était plus complexe que celle du suédois moderne, plus proche de l’allemand aussi, avec trois genres, masculin, féminin et neutre et quatre cas, nominatif, génitif, accusatif et datif. Durant cette période, deux influences linguistiques majeures ont contribué à façonner la langue. La première : celle de l’église catholique et des ordres monastiques, qui répandirent le latin et le grec. La seconde : celle de la Hanse, alliance de villes marchandes qui menait un commerce florissant, de Londres à Bergen, en Norvège actuelle, en passant par Bruges, Brême et Hambourg, et qui introduisit l’usage de l’allemand et du néerlandais. Ainsi, la plus part des termes désignant le commerce maritime et plus généralement le domaine maritime dérivent en plus ou moins droite ligne du néerlandais.

 

Il semblerait que ce soit la Bible dite de Vasa, du nom du monarque qui en a ordonné la traduction en suédois, publiée en 1526, qui ait fixé un certain nombre de règles orthographiques, marquant ainsi l’entrée dans l’ère du suédois moderne.

 

Svenska är ett germanskt språk som också talas i Finland, le suédois est une langue germanique également parlée en Finlande. De fait, la langue suédoise est donc une langue germanique et scandinave comme l’islandais, le danois et le norvégien, mais bien différente du finnois, qui n’est ni une langue germanique, ni une langue scandinave[3].



 

Evolution schématique de la langue suédoise du scandinave ancien à la langue actuelle


Concernant le suédois moderne, tel qu’il est parlé de nos jours, les années 1960 ont eu leur importance, en introduisant notamment la du-reformen, littéralemnt « la réforme du tu ». En effet, jusque là, on s’adressait aux gens qu’en utilisant leurs titres et leur nom de famille. Les mots « monsieur », « madame » et « mademoiselle », herr, fru, et fröken ne pouvant être employés que s’il s’agissait vraiment de personnes totalement inconnues. La bonne société parlait donc à la troisième personne… Une première tentative d’introduire le « vous », ni, ayant échoué au début du XXème siècle, il a fallu attendre les années soixante pour en arriver au du beaucoup plus familier. Les considérations de rang, de titres et de classe en ont été au moins partiellement abolies.

Le parallèle avec l’allemand, également très à cheval sur les titres est intéressant ici. L’allemand n’a pas abandonné ses titres, qu’il s’agisse de titres de noblesse ou de titres académiques. L’emploi du « Frau doktor » et du « Herr Doktor » est monnaie courante, alors qu’en France, par exemple, le titre de docteur est, dans la langue courante, réservé aux docteurs en médecine. A vrai dire, c’est l’anglais qui tient la position médiane en faisant suivre par écrit le nom d’une personne ayant un doctorat des lettes « phd. ». Notons que le « mademoiselle », fröken est abandonné en suédois au profit du « madame », fru, comme le « Fraulein » est abandonné an allemand au profit du « Frau ». L’anglais se contentant de brouiller la différence entre « madame » et « mademoiselle » en utilisant de plus en plus « Ms » au lieu de « Mrs » ou « Miss ».

 

 

Un peu de vocabulaire[4]

 

 

Un grand nombre de mots viennent de l’allemand, soit parce que le suédois est un langue d’origine germanique, soit du fait des influences du commerce de l’alliance hanséatique aux XIIème et XIIIème siècles.

 

 

-         Mots témoignant d’une racine germanique commune

 

 

Ainsi trouve t-on des mots qui témoignent d’une racine germanique commune comme « ciel » qui se dit himmel, exactement comme en allemand, ou « eau » qui se dit vatten, comme l’allemand « Wasser » et l’anglais « water ». De vatten vient d’ailleurs le nom de la compagnie suédoise d’électricité Vattenfall, terme qui désigne en suédois une chute d’eau et qui fait allusion à l’électricité « propre » produite par les barrages posés sur les principaux fleuves suédois. La nuit se dit natt, très proche de l’allemand « Nacht » ou de l’anglais « night » et le jour dag, comme un mélange de l’allemand « Tag » avec l’anglais « day ». L’être humain se dit människa, on y reconnaît un peu l’allemand « Mensch » et peut-être mieux l’anglais « mankind ». Il faut noter à ce titre que certains mots sont plus significativement plus proches de l’anglais que de l’allemand. Ainsi des verbes comme « manger » et « boire », respectivement äta et dricka, sonnent plus comme les verbes anglais « eat » et « drink » que des verbes allemands « essen » et « trinken ».

 


-
        
Mots empruntés à d’autres langues

 

 

S’agissant des emprunts à d’autres langues, le plus visible est sans doute les emprunts à la langue allemande liés au commerce hanséatique. Par exemple, le mot bomull qui désigne le coton provient de l’allemand « Baumwolle ». Dans le même esprit et sans surprises, un grand nombre de mots touchant aux nouvelles technologies et aux affaires viennent de l’anglais.

Il faut noter également qu’un certain nombre de mots furent empruntés au français au cours des XVIIème et XVIIIème siècles et sont prononcés à la française, suffisamment bien d’ailleurs pour qu’un francophone attentif puisse les reconnaître. C’est le cas par exemple, des mots « niveau », nivå, « fauteuil », fåtölj, « théâtre », teater et « affaire », affär. Remarquons ici qu’affaire n’a pas le sens anglais d’ « aventure amoureuse », mais bien le sens commercial un peu inusité de nos jours car on lui préfère les mots « société » ou « entreprise ». A vrai dire, ces emprunts de mots touchant aux domaines artistiques, culturels et gastronomiques n’ont rien de remarquable. Le russe par exemple, emploie couramment les mots « théâtre », « régisseur » et « acteur » transcrits en cyrillique.

 

Il reste des noms que ni un germanophone, ni un anglophone, ni un francophone ne peuvent saisir, comme jord, « terre », eld, « feu ». On serait tenté de relier jord à « fjord »... Seulement « fjord » reste un mot norvégien, l’équivalent suédois étant fiärd. Le mot kvinna, femme, est tout aussi impénétrable... A moins que l’on en connaisse le secret, qui nous est révélé par Kvinnors väntan, titre original du film Secrets de femmes (Ingmar Bergman, 1952).

 

 

Incursion au sein de la grammaire suédoise en compagnie d’un petit poisson

 

 

Il existe deux genres, non pas masculin et féminin, mais commun et neutre : en et ett. Le poisson, fisk, a de la chance, il n’est pas neutre, mais appartient au genre commun, on dit donc en fisk.

 

Les noms ne se déclinent mais il existe tout de même deux formes, la forme indéfinie et la forme définie. La forme indéfinie ne présente rien de particulier, il s’agit juste du nom simple. La forme définie correspond au nom suivi de son article, c'est-à-dire le nom suivi des suffixes -en/n (genre commun) ou -et/t (genre neutre). Un peu comme si l’on disait en français « poisson » (indéfini) et « poissonle » (défini), « table » (indéfini) et « tablela » (défini). Si l’on continue avec notre petit poisson suédois, on obtient :

 

- Au singulier : fisk (indéfini) donne fisken (défini)

- Au pluriel : fiskar (indéfini) donne fiskarna (défini)

 

Cependant, le suédois a crée ce que j’appellerai le « défini du défini ». En effet, en plus de en et ett, on trouve den, det et de (pluriel unique). En et ett sont des déterminants « définis » comme on l’a vu, mais den et det sont plus définis encore. Si l’on compare au français, en et ett seraient un et une, den et det seraient le et la… Mais en français, on n’appelle « un » et « une » des « articles indéfinis ». Nous avons « un poisson », puis « le poisson », les suédois commencent déjà à « poisson », puis « un poisson », puis enfin « le poisson ». Notre poisson remonte le cours d’eau :

 

- Au singulier : fisk (indéfini), fisken (défini), den fisken (« défini du défini »)

- Au pluriel : fiskar (indéfini), fiskarna (défini), de fiskarna (« défini du défini »)

 

En combinant les déterminants den, det et de avec les adverbes här et där, proches en sonorité de l’anglais « here » et « there », et équivalents d’« ici » et « là », on obtient « celui-ci », « celle-ci », « ceux-ci » et ainsi de suite. Si l’on reprend encore ce pauvre poisson :

 

On obtient du moins défini au plus défini :

 

- Au singulier : fisk (indéfini), fisken (défini), den fisken (« défini du défini »), den där fisken (équivalent de l’anglais « that »), den här fisken (équivalent de l’anglais « this »)

- Au pluriel : fiskar (indéfini), fiskarna (défini), de fiskarna (« défini du défini »), de där fiskarna (équivalent de l’anglais « those »), de här fiskarna (équivalent de l’anglais « these »)

 

Petite particularité amusante : un article défini comme ett ou en peut indiquer la possession. Par exemple, dans jag måste tvätta håret, « I must wash my hair », la possession des cheveux est simplement marquée par le suffixe défini et. En l’occurrence, il n’y a pas non plus de possessif dans la phrase française « je dois me laver les cheveux », ni dans la phrase allemande « ich muss mich die Haare waschen », puisque les deux langues utilisent une tournure impersonnelle. J’en conclue que si les cheveux suédois, français et allemands ont besoin d’un shampoing, les cheveux anglais, possédés, ont besoin d’un exorcisme.

 

Comme en allemand et en anglais, les adjectifs précèdent le nom qu’ils qualifient. Les adjectifs se déclinent suivant la forme, définie ou indéfinie, le genre et le nombre. Au pluriel, ils prennent toujours le suffixe « -a », au singulier, il prennent les suffixes « -en » au défini et « -a » à l’indéfini. Avec notre « petit » poisson, on obtient :

 

- Au singulier : liten fisk (indéfini) et den lilla fisken (défini)

- Au pluriel : små fiskar (indéfini) et de små fiskarna (défini)

 

On note que petit se dit liten/lilla au singulier, comme l’anglais « little » et små au pluriel, toujours comme l’anglais, « small ».

 

 

Incursion au sein de la conjugaison suédoise en compagnie du poisson frit

 

 

La conjugaison suédoise possède un certain nombre de similitudes avec la conjugaison anglaise. Si l’on prend, par exemple, la formation des participes passés et présents : il faut en général rajouter le suffixe «-d » ou « -t » au verbe pour obtenir un prétérit et de rajouter le suffixe « -and » pour obtenir un participe présent. L’anglais rajoute respectivement les suffixes « -d » ou « -ed » et « -ing », l’allemand les suffixes « -t » ou « -en » et « -end ». Bien évidemment, il y a de nombreuses irrégularités et il s’agit la de l’idée générale. On remarque que, comme en anglais et en allemand, les participes présents et passé sont souvent utilisés pour qualifier des noms. Si l’on rend notre poisson « grillé » ou « puant », ce qui est, il est vrai très ingrat, après les services rendus, on obtient :

 

-  Avec un participe passé : en stekt fisk : « a fried fish », « un poisson frit »

- Avec un participe présent (qui serait plutôt un adjectif verbal en français) : en stinkande fisk : « a stinking fish », «un poisson puant »

 

Petite particularité de la langue suédoise : l’usage du supin au lieu du participe passé pour la formation d’un passé composé, que l’on ne trouve ni en français, ni en anglais, ni en allemand. Bien que, comme en latin, le supin puisse être identique au participe passé. Ainsi peut-on considérer les deux exemples suivants :

 

-  Le verbe peindre a pour participe passé målad et pour supin målat, on a donc au passé composé : har målat

- le verbe frire a pour participe passé stekt et pour supin identique stekt, on a donc au passé composé : har stekt

 

Notons ici que le verbe peindre en allemand est très proche du suédois, puisqu’il se dit « malen », le peintre « der Maler » et la peinture « die Malerei ». Les pronoms personnels jag, du, han, vi, ni, de, sont également proches de l’allemand « ich », « du », « er », « wir », « ihr », « sie ».

 

Concernant la syntaxe, l’ordre des mots est en général Sujet-Verbe-Objet, « typologie syntaxique SVO », comme disent les linguistes. (Notons au passage comme une langue devient nettement moins sympathique quand elle est désignée en termes linguistiques...). Cependant, comme en allemand, un autre élément de la phrase peut remplacer de sujet, un adverbe par exemple, l’essentiel étant que le verbe reste bien en deuxième position. A propos de l’ordre des mots, le suédois est aussi proche de l’anglais, car il suit l’ordre suivant pour ses compléments : lieu-manière-temps. N’est-il pas d’ailleurs paradoxal pour une langue de marchands de finir par le temps ? « Time is money ». L’allemand au contraire commence par le temps, et finit par le lieu.

 

 

Un peu de pratique

 

 

S’il y a bien un domaine où la pratique est aussi intéressante que la théorie, ce sont les langues vivantes. Voici donc une petite liste en version originale  (non exhaustive) des films d’Ingmar Bergman:

 

 

Sommarnattens leende, Smiles of a Summer Night (1955)

[Allemand Sommer, été, Nacht, nuit et Lächeln, sourire]

 

Det sjunde inseglet, The Seventh Seal (1957, Prix du Jury du Festival de Cannes)

[Allemand siebte, septième, Siegel, sceau]

 

Nära livet, Brink of life (1958, Golden Bear)

[Allemand Leben, vie]

 

Ansiktet, The Face aka The Magician (1960)

 

Jungfrukällan, The Virgin Spring (1960)

[Allemand Jungfrau, vierge]

 

Smultronstället, Wild strawberries (1960)

 

Såsom i en spegel, Through a Glass Darkly (1963)

[Allemand Spiegel, miroir]


Viskningar och rop
, Cries and Whispers (1974)

 

Scener ur ett äktenskap, Scenes from a Marriage (1974)

[Allemand Scene, français scène]

 

Ansikte mot ansikte, Face to Face (1974)

[Allemand Ansicht, vue, Gesicht, visage]

 

Trollflöjten, The Magic Flute (1976)

[Allemand Flötte, flute]

 

Höstsonaten, Autumn Sonata (1979)

[Allemand Herbst, automne]

 

Fanny och Alexander, Fanny and Alexander (1984)

 

Saraband, (2005)







[1] Mes sources pour cet article sont les articles « suédois » et « Swedish » de Wikipédia, ainsi que les leçons « Pimsleur Swedish I »  et divers dictionnaires en ligne. 

[2] Nils Holgersson est ce petit héros de Selma Lagerlöf, qui fait un tour de Suède à dos d’oie sauvage à la suite d’un mauvais tour joué à une créature magique. Lui aussi est né en Scanie, province de l’extrême Sud, comme le grand acteur Max von Sydow (*1929).

[3] Le suédois possède un alphabet de 29 lettres, les 26 lettres usuelles étant complétées par les lettres ö, ä, et å (paradoxalement, c’est aussi le cas du finnois). L’islandais, le norvégien et le danois ont également un alphabet de 29 lettres, les trois lettres complémentaires étant á, ä et æ pour l’islandais et ø, å, et æ pour le norvégien et le danois.

[4] J’emploierai ici toujours les mots suédois en italique et les mots issus d’autres langues entre guillemets.

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Published by Marie-Virginie - dans Culture
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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 16:34




 
Emily est une adolescente de 13 ans qui passe sa vie à s’ennuyer en compagnie de ses meilleurs amis, quatre chats noirs, allusion plus ou moins crédible aux rituels sataniques et au « côté obscur ». Elle s’habille en noir, et sa peau très blanche forme un contraste tout à fait « gothique » avec ses cheveux noirs.

 

Emily a été initialement crée en 1993 par Bob Reger afin de promouvoir la marque de Skate-board Cosmic Debris à Santa Cruz. Emily the Strange reprend en fait un personnage, Rosamund, qui apparaît en 1978 sous la plume du dessinateur Marc Simont dans un livre de la collection pour enfants Nate the Great. Au moment de sa « création » par Bob Redger, Emily était destinée à décorer des autocollants de la marque Cosmic Debris  distribués dans les boutiques de skate-board et lors de concerts. Elle est assez rapidement devenue l’emblème de la marque et s’est ainsi retrouvée sur ses vêtements et ses autres produits dérivés.


 
 
Emily the Strange : une marque pour anti-conformistes… copie de Rosamund, personnage de la série des Nate the Great


C’est en 2003 qu’Emily a eu droit à son premier livre, dans les tons rouges et noir, signe distinctif. On y retrouve les thèmes de l’ennui - en témoigne le titre français du premier tome de la bande dessinée : Morte d’ennui -, du désespoir lucide et blasé, des considérations morbides chers au mouvement gothique. L’auteur y illustre, avec ce qui se veut être un humour cynique, les quatre mots d’ordre d’Emily : « écouter, parler, penser, être ». Ce qui donne en pratique : « sois toi-même, pense par toi-même, fait tout toi-même » et bien sûr, sa phrase préférée : « get lost », dont la traduction polie serait « va voir là-bas si j’y suis ». Comme on peut le voir sur son site Internet, « Emily ne dit pas de gros mots, elle maudit », de quoi lui donner un cachet « gothique » si les chats noirs et la tenue ne suffisaient pas déjà.


La marque se décline aujourd’hui en vêtements et accessoires en tout genre, notamment en matériel scolaire, car quel est le lieu où l’on s’ennui le mieux, si ce n’est l’école ? Emily the Strange est donc l’équivalant d’obédience non-conformiste de marques à succès telles que Hello Kitty ou Pucca.  Paradoxalement, même si elle se moque de la mode et porte toujours la même robe noire, des créateurs de mode se sont intéressés à son style, et non des moindres, puisqu’il s’agit de Jean-paul Gautier, Valentino ou Marc Jacobs. Son site Internet le mentionne et publie les pages des magazines associés, tout en précisant qu’Emily « s’en fiche totalement ».

 

 

Une page de V magazine en 2003 avec une série d’ «Emilies », mannequins habillées à la Emily the Strange avec les incontournables chats noirs.
 

Finalement, « Emily est tellement anti-cool, qu’elle est cool... elle a sa propre culture et ne copie personne, sinon elle-même ». Pour conclure sur une note « strange » : « peu importe là où tu vas… pourvu que tu te perdes ».

 

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Published by Marie-Virginie - dans Pensées du 365ème jour
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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 22:57

 

 

 

 

 

El huésped del Sevilano est une zarzuela en deux actes de Jacinto Guerrero (1895-1951), sur un livret de Juan Ignacio Luca de Tena et Enrique Reoyo, et dont la première représentation fut donnée en décembre 1926 au Teatro Apolo de Mardid. La pièce est un hommage à l’âge d’or de la Castille et à son cœur spirituel : Tolède. Ainsi peut-on y rencontrer Miguel de Cervantès et l’entendre louer l’étrange mélange de poètes, de soldats, de mystiques, et d’aventuriers, qui peuple  la terre de Don Quichotte. Le passsage suivant est une romance chantée par Juan-Luis pour son amour Raquel, qu’il veut délivrer de sa prison. Bien qu’il soit court, ce morceau est considéré comme l’un des plus beaux de la zarzuela, surtout lorsqu'il est chanté par Kraus...

 

 

 

Texte de Juan Ignacio Luca de Tena et Enrique Reoyo

 

 

 

Mujer de los negros ojos,
la de la trenza morena.
Mujer de los labios rojos
como la flor del amor.
Mujer de perfil gitano,
que tiene sangre agarena ...
¡Mujer de cuerpo pagano,
eres llama, verso y flor!

Raquel, tras de ese muro prisionera,
mi amor de tu prisión viene a librarte.
¡Mujer, el que te dio su vida entera,
morir sabrá por ti para salvarte!

 


 

Traduction (personnelle)

 

 

Femme aux yeux sombres,

Et à la tresse d’ébène.

Femme aux lèvres pourpres

Pareilles à la fleur de l’amour.

Femme aux traits de gitane,

Du sang maure coule dans tes veines…

Femme au corps païen,

Tu es mon poème et ma fleur

 

Raquel, prisonnière de ces murs

Mon amour vient te délivrer.

Femme, celui qui t’a donné sa vie entière,

Saura mourir en te sauvant !

 

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Published by Marie-Virginie - dans Musique
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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 22:22

 

 



 

 

La Tabernera del puerto est une zarzuela en trois actes de Pablo Sorozabal (1897--1988), sur un texte de Frederico Romero Sarachaga et Guillermo Fernandez-Shaw Iturralde,  dont la première représentation fut donnée avril 1936 au Teatro Tivoli de Barcelone. Le passage choisi (Romanza de Leandro) est chanté par Leandro qui s’interroge sur son amour, Marola. Encore une fois, je recommande l’interprétation qu’en donne le ténor espagnol Alfredo Kraus (1927-1999).

 

 

 

Texte de Frederico Romero Sarachaga et Guillermo Fernandez-Shaw Iturralde


 

¡No puede ser! Esa mujer es buena.
¡No puede ser una mujer malvada!
En su mirar como una luz singular
he visto que esa mujer es una desventurada.

No puede ser una vulgar sirena
que envenenó las horas de mi vida.
¡No puede ser! porque la ví rezar,
porque la ví querer,
porque la ví llorar.

Los ojos que lloran no saben mentir;
las malas mujeres no miran así.
Temblando en sus ojos dos lágrimas ví
y a mi me ilusiona que tiemblen por mí.

Viva luz de mi ilusión,
sé piadosa con mi amor,
porque no sé fingir,
porque no sé callar,
porque no sé vivir.

 

 


Traduction (personnelle)

 

 

 

Ce n’est pas possible ! Cette femme a bon cœur.

Elle ne peut être mauvaise !

J’ai vu dans son regard

Luire l’étrange lumière du malheur.

 

Elle ne peut être une vulgaire sirène

Qui a empoisonné chaque heure de ma vie.

Ce n’est pas possible ! Parce que je l’ai vue rire,

Parce que je l’ai vue prier,

Parce que je l’ai vue pleurer.

 

Les yeux qui pleurent ne savent pas mentir;

Les femmes mauvaises n’ont pas ce regard.

J’ai vu deux larmes briller dans ses yeux

J’espère qu’elles brillent pour moi.

 

Chère lueur de mes illusions,

Prends pitié de mon amour,

Parce que je ne peux faire semblant

Parce que je ne peux me taire

Parce que je ne peux vivre.

 

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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 11:06

 

 


 

 


La Dolorosa est une zarzuela en deux actes composée par José Serrano (1873-1941), sur un texte de J.J. Lorente, dont la première représentation fut donnée en mai 1930 au Teatro Apolo de Valence. Le passage suivant (Relato de Rafael, 1er Acte) donne à entendre la composition du moine Rafael, qui connaît tourments spirituels dans son couvent et cherche à créer une grande œuvre ayant pour thème les souffrances de la Vierge. Je ne peux que recommander la remarquable interprétation qu’en donne le regretté ténor espagnol Alfredo Kraus (1927-1999).





Texte de J.J. Lorente

La roca fría del Calvario
se oculta en negra nube.
Por un sendero solitario
la Virgen Madre sube.
Camina,
y es su cara morena
 flor de azucena
 que ha perdido el color.
 Y en su pecho,
 lacerado, se han clavado
 las espinas del dolor.
Su cuerpo vacilante se dobla
 al peso de la pena;
pero sigue adelante.
Camina,
y sus labios de hielo
besan el suelo,
donde brota una flor
en cada gota de sangre
derramada por
Jesús el Redentor.
Sombra peregrina,
emblema del amor hecho luz,
camina,
camina ligera
que el Hijo la espera
 muerto en la Cruz.
¡Mujer y Madre!
De todo lo del mundo,
lo más sagrado.



Traduction

(ma propre traduction)

Le froid rocher
Du Mont Calvaire
Est voilé
D’un sombre nuage
La vierge solitaire
Va son chemin.
Son cher visage
Du lis immaculé
A pris la couleur :
Elle porte clouées
A sa poitrine blessée
Les épines de la douleur.
Son corps tremblant
Ploie
Sous le poids
Du chagrin, mais elle
Va son chemin.
De ses lèvres de glace
Elle baise le sol
Tendrement
Chaque fois
Qu’elle voit
Une fleur Née du sang
De Jésus Sauveur.
Ombre éblouissante
Elle va son chemin
L’amour devient
Lumière jaillissante.
Elle marche en se pressant
Parce que le Fils l’attend
Mourrant crucifié.
Femme et mère !
Qu’il y a-t-il de plus sacré
Sur terre ?


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L'orange Maltaise

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  • : « Il pourrait se trouver, parmi [mes lecteurs] quelqu’un de plus ingénieux ou de plus indulgent, qui prendra en me lisant ma défense contre moi-même. C’est à ce lecteur bienveillant, inconnu et peut-être introuvable, que j’offre le travail que je vais entreprendre. Je lui confie ma cause ; je le remercie d’avance de se charger de la défendre ; elle pourra paraître mauvaise à bien du monde ! » (Mémoires de la Duchesse de Dino, 1831)
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