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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 14:21






Le phénomène d’appartenance à une communauté

 

La création d’une communauté par une ou plusieurs marques est un phénomène facilement observable. Le plus significatif est sans doute ce qui se passe dans les cours de récréation dès l’école primaire avec les vêtements et autres produits de marque. On connaissait « dis-moi qui sont tes amis et je te dirais qui tu es » et « qui se ressemble s’assemble », avec le phénomène que l’on vient d’identifier, on est ami, on se ressemble parce qu’on consomme pareil. On passe au « dis-moi ce que tu consommes, je te dirais qui tu es ».


« Porter les mêmes vêtements que ses camarades, c’est une façon de se fondre dans la masse. Ainsi, on est comme les autres. Elles peuvent être aussi une manière de montrer qui on est et à quelle « tribu » on appartient, chacune d’entre elles possédant ses attitudes, ses codes vestimentaires. On peut être à la fois transparent au sein de son groupe et afficher son identité au reste du monde »
[1]

 

On peut discerner ici deux éléments, d’une part, le fait de porter les mêmes vêtements, sous-entendu, des vêtements de marque, permet de « se fondre dans la masse », c'est-à-dire de ne pas être exclu. D’autre part, il s’agit d’être intégré à une « tribu » par l’ensemble des signes distinctifs que l’on porte. Ce qui nous permet de distinguer deux phénomènes attenants au sentiment d’appartenance à une communauté : l’exclusion des produits non siglés et la formation de la communauté autour d’un noyau de marques porteuse d’une identité commune. Et si l’on se réfère aux traits qu’Umberto Eco identifie pour l’Ur-fascism, force est de constater que l’on se rapproche ici fortement de la création d’une élite et du mépris envers les « faibles », ceux qui n’en sont pas.

 

 

Une communauté autour d’une marque ou d’un ensemble de marques

 

 

Le sentiment d’appartenance à une communauté est favorisé et encouragé par les marques en tant qu’outil de fidélisation. Ainsi les cartes de fidélité, les clubs, et diverses opérations de marketing viral qui exploitent les réseaux sociaux sont en constante progression, signe que nous sommes dans une société post-publicitaire où les marques cherchent à créer une relation directe avec le consommateur. Certaines marques on même une « communauté » qui gravite autour des produits et valeurs de la marque, mais en un sens assez large. C'est-à-dire qu’en fait la communauté est le résumé d’un univers particulier qui implique plusieurs produits et fait en général référence non pas à une, mais à plusieurs marques.  

 

Mais de quelles marques parle t-on ? Toute marque n’est pas destinée à générer ce sentiment communautaire, ou du moins pas avec la même intensité. Les marques de produits qui ne reflètent pas directement un style de vie, comme les marques de produits ménagers, ne génèrent pas ce sentiment d’appartenance lié aux marques de vêtements.

D’autre part, on peut considérer que les marques grand public créent des liens communautaires moins forts que les marques qui ont une stratégie de niche. Car le principe de la niche en marketing est bien de cibler une clientèle très particulière qui constitue une petite communauté plus homogène.


Il a semblé intéressant, avant de poursuivre l’analyse, de se pencher de plus près sur deux exemples témoignant d’un lien communautaire fort. Il de la marque de chaussures de skate-board Vans qui est liée d’une manière générale à la communauté des sports extrêmes et plus précisément à la communauté des passionnés de planche à roulette (encadré ci-dessous)


 

La marque Vans et la communauté des sports extrêmes 

 

Prenons l’exemple la marque Vans, marque de chaussures de skate-board. Le site Internet de la marque[2] compte une rubrique « community ». Si l’on regarde les sujets en ligne sur le forum de la communauté, endroit où les membres échangent leurs projets, leurs conseils, et leurs idées, on trouve : une rubrique « general Vans » qui traite  de la marque et des chaussures en particulier mais également des rubriques « skate », « snow », « BMX », « surf », « moto X », « music », « art ».

C’est le monde des sports extrême et non pas seulement le skate-board qui se trouve résumé avec ces quelques sujets de discussion. « Skate », « snow », « BMX », « surf », « moto X » font en effet référence à des sports de glisse, motorisés ou non, mais qui sont tous considérés comme des sports extrêmes. « BMX » - abbréviation de Bicycle motocross - par exemple désigne une discipline de vélo tout terrain qui s’apparente au motocross.

On voit qu’il y a également des rubriques « music » et « art » car un certain type de musique est toujours diffusé lors des compétitions – punk, metal, hard rock, rap - et le design des marques de sports extrême ainsi que le cadre où ils sont pratiqués est associé à un certain type d’art – street art ou art des rues, tags et graffitis-. On pourrait rajouter également les DVDs et les jeux d’ordinateurs ou de console liés aux sports extrêmes.  


Rien que pour le BMX, il y aurait 200 marques en activité, qu’il s’agisse de marques de pièces détachées ou de vélos entiers
[3]. On peut dire que toutes ces marques gravitent autour de la communauté des sports extrêmes au sens large. Au sens large, car si l’on y regarde de plus près, on peut identifier des « sous communautés », comme celle des passionnés de skate-board, des passionnés de BMX

Il est clair que si les marques gravitent autour de la communauté essayant de capter son attention par des innovations techniques ou le sponsoring de grands évènements comme les X-Games de Los Angeles, certaines marques occupent une position prépondérante et constituent ce qu’il convient d’appeler le « noyau dur » de la communauté, ce qui est probablement le cas de la marque Vans. En effet, le mot « Vans », marque de chaussures de skate-board peut être utilisé pour désigner les chaussures de skate-board en général ce qui semble être un signe de reconnaissance assez unanime.

 

           

 

            Il peut être intéressant de tenter de définir les grands pôles autour desquels s’articule une communauté. A partir des deux exemples précédents, on peut distinguer un certain nombre de points qui structurent l’analyse de l’univers d’une communauté et permettent de conceptualiser cette notion assez vague :

 

a.       La définition de la communauté en général.

 

b.      La définition des sous-communautés.

 

c.       Les produits consommés par la communauté qui contribuent à la définir.

 

d.      Les produits dérivés de ces produits et autres goodies qui font parti de l’univers de la communauté.

 

e.       Les grands évènements qui rythment la vie de la communauté.

 

f.        Les grandes stars ou figures tutélaires qui sont les modèles de la communauté.

 

g.       L’environnement artistique de la communauté. C'est-à-dire son cadre artistique, la musique qu’elle écoute, l’art visuel auquel elle s’identifie. Mais également, l’art qu’elle produit en référence à sa passion. Par exemple pour les sports extrêmes, des graffitis à l’effigie des champions.

 

 

Il faut noter que l’univers d’une sous-communauté ne correspond pas nécessairement totalement à l’univers de la communauté entière. Par exemple, une star d’une sous-communauté n’est pas nécessairement connue dans la communauté entière, d’autres stars au contraire peuvent transcender la sous-communauté.



           

Tentative d'analyse de l'univers d'une communauté : la communauté des sports extrêmes.

 

            Une fois cette notion d’univers de la communauté clarifiée, au moins en partie, on peut revenir à la question de savoir comment la marque se place dans cette communauté. En pointillés, on a sur le schéma mis en valeur le placement de la marque Vans dont le cœur est constitué par les produits et produits dérivés et qui pratique également des activités de sponsoring d’évènements et de stars.

 

D’une manière générale, une marque peut être à l’origine d’une communauté. Il s’agit là des marques pionnières dans un domaine, comme Vans pour le skate-board, qui a très largement participé à la création et à l’émergence de la communauté des « skaters ». La marque Apple a également su créer sa communauté, la communauté Mac du non de l’ordinateur et du système Apple et à vrai dire, Apple reste la seule marque du noyau de la communauté.


Une marque peut s’être agrégé à une communauté existante et avoir pénétré le noyau de marques dont on parlait ou être simplement resté en périphérie. Il peut s’agir d’une marque récente ou d’une marque qui étend ses activités. Par exemple Microsoft est venu s’agréger à la communauté des sports extrêmes par le lancement de jeux tels Motocross Madness ou Tony Hawk’s Pro Skater - respectivement  une série de jeu de motocross et une série de jeux de skate-board-.

 

Si l’on peut dire qu’une marque ou qu’un ensemble de marques crée une communauté, il s’agit toujours d’une relation à double sens. La communauté évolue ensuite autour de la ou des marques. Elle peut abandonner une marque, adopter une nouvelle marque, s’identifier toujours plus à une des marques qui constituent son « noyau ». Certaines marques sont à ce point reconnues par une communauté qu’elle finissent par désigner le produit générique – on entend par là un type de produit -, comme on l’a vu pour la marque Vans (voir l’encadré ci-dessus).

 

L’adoption ou l’abandon d’une marque par une communauté donnée relève du phénomène de « mode communautaire ». Si l’on tente d’analyser ce phénomène, on doit distinguer entre deux types de profil selon qu’il s’agit ou non d’une communauté qui se voit ou non comme non-conformiste. Une communauté standard adopte une marque plus ou moins rapidement à la suite de l’adoption de cette marque par ses leaders d’opinion. La marque reste ensuite dans le noyau des marques de communautés ou voit au contraire son influence décliner au cours du temps, tout dépendant de la perception qu’en ont les membres de la communauté, et donc de la politique de la marque. Une communauté qui se veut non-conformiste adopte également une marque à la suite de l’adoption de cette marque par ses leaders d’opinion. Seulement, quand la marque est adoptée par la majorité, les leaders d’opinion non-conformistes s’en détournent et cherchent à se reconnaître dans une autre marque les valeurs auxquelles ils adhèrent.






 

Reste à savoir ce qui fait qu’une marque fait partie du noyau dur de la communauté, ce qui fait qu’elle est adoptée par les leaders d’opinion. On peut penser en termes d’avantages comparatifs. Ainsi peut-on invoquer des critères tels que l’avantage du pionnier, les activités de sponsoring ou le degré d’avancée technique. Mais il s’agit peut-être aussi de se pencher sur le concept de « personnalité de la marque » qui est un concept clé pour l’identification du consommateur à la marque et donc par extension, qui permet d’expliquer pourquoi une communauté se reconnaît dans une marque.

 

 

L’identification à une communauté et le concept de personnalité de la marque

 

 

Il semble que pour comprendre ce phénomène d’identification d’une communauté à une ou plusieurs marques, il faille dépasser le concept d’« image de marque » et s’orienter plus vers le concept de « personnalité de la marque » développé par Aaker (1997).

 

Dans le cadre de l’étude des communautés, cette analyse est en tout cas tout à fait pertinente. En effet, on peut voir la ou les marques qui constituent ce que l’on a appelé le cœur de la communauté comme autant de figures quasi-humaines, de membres fondateurs ou de modèles. Pour rester dans l’univers du sport, il n’est pas rare qu’un sportif crée sa marque, avec plus ou moins de succès. Qu’on pense par exemple aux lunettes Vuarnet, fruit de la reconversion du skieur du même nom. Clairement, ces marques font partie de la communauté en tant que personne, comme un membre éminent ou un invité d’honneur.

Si l’on revient à la marque Vans pour l’analyser à l’aide du concept de personnalité de la marque de Aaker (1997), on trouve deux traits : le dynamisme et la rudesse, qui correspondent à trois facettes : moderne, audacieuse et solide. On peut voir que l’on n’est pas loin du portrait de la personnalité d’un skateur.

 

 

Marques et produits non siglés : les marques,  vecteurs d’exclusion ?

 

 

Les marques permettent une «discrimination de l’ami et de l’ennemi ». En quoi  elles atteignent une dimension quasi-politique au sens de Carl Schmitt[4] :

« Le sens de cette distinction de l’ami et de l’ennemi est d’exprimer le degré extrême d’union ou de désunion, d’association ou de dissociation […] L’ennemi politique ne sera pas nécessairement mauvais dans l’ordre de la moralité ou laid dans l’ordre esthétique, il ne jouera pas forcément le rôle d’un concurrent au niveau de l’économie, il pourra même, à l’occasion, paraître avantageux de faire des affaires avec lui. Il se trouve simplement qu’il est l’autre, l’étranger, et il suffit, pour définir sa nature, qu’il soit, dans son existence même et en un sens particulièrement fort, cet être autre, étranger »[5].

 

Sauf qu’en l’occurrence, cet « autre », cet « étranger » est considéré en termes quasi-moraux et esthétiques dans le cadre des phénomènes d’identification à une communauté générés par certaines marques. Ainsi, d’après une enquête réalisée en France en 2004 par l’Union des Familles en Europe (UFE) les marques sont un important facteur d’exclusion, ne pas porter de marques sur soi est discriminatoire[6]. Plus de deux tiers des élèves de la tranche d’âge 11-15 ans reconnaissent connaître des élèves « rejetés » en raison de leur apparence physique.

 

Certes, les marques ne disent pas de manière directe et explicite qu’il faut exclure les gens qui portent des produits non siglés. On a bien dans certaines publicités une « marque X » qui apparaît terne comparé à la marque qui est l’objet de la publicité. Par exemple « lessive X » contre Ariel, car le droit ne permet pas de citer explicitement les concurrents. Mais « lessive X » représente encore une marque. Quoique, les « marques X » peuvent faire penser à des produits non siglés ou à des marques de distributeur. Il est intéressant à ce titre de remarquer que certaines marques, les marques de distributeurs notamment, ne sont pas toujours perçues comme des marques. En effet, si Auchan est indéniablement une marque qui représente un distributeur, ses rayonnages bien fournis, ses magasins bien organisés et le sourire des caissières, fidèle au slogan « La vie, la vraie » , qu’en est-il des vêtements Auchan ? Que l’on pense à la marque ombrelle d’Auchan pour le textile, In Extenso, équivalent de Tissaïa chez Leclerc ou Tex chez Carrefour, cette marque est-elle perçue comme telle dans les cours d’école ? Ces marques de distributeur manquent de personnalité au sens de Aaker, telle que définie plus haut.

 

 

Un paradoxe : l’individualisme qui transparaît toujours derrière le sentiment d’appartenance à une communauté

 

 

Apparaît ici le paradoxe de la volonté de se fondre dans la masse, tout en montrant qui on est et donc en se distinguant de la masse. Ce paradoxe est toujours présent quand on s’intéresse aux marques, il est lié à la montée de l’individualisme dans les sociétés post-modernes qui fait que l’on désire toujours être original tout en faisant comme les autres. Ainsi, les jeunes qui se reconnaissent dans les mouvements « gothiques » ou « anarchistes » - sans nécessairement l’être vraiment[7] - vont avoir un certain type d’habillement et se reconnaître dans des marques telles Mr. Jack, référence au film de Tim Burton L’Etrange Noël de Mr. Jack, ou Emily the Strange (voir encadré à la fin de ce paragraphe), alors qu’ils proclament haut et fort leur indépendance vis-à-vis du capitalisme corrompu. Mettre un écusson Che Guevara ou le « A » de anarchie sur son sac est censé être une marque d’originalité et d’indépendance d’esprit, mais que dire quand des centaines de milliers de lycéens le font ? D’ailleurs, le terme même de marque anti-conformiste peut être vu comme un oxymoron, la marque a toujours la « volonté de fédérer les consommateurs » [8] d’être conforme, ne serait-ce qu’aux attentes de ces derniers.

 

 

On peut donc conclure sans ni diaboliser les marques ni le sentiment d’appartenance à une communauté qu’elles génèrent qu’il y a potentiellement des tendances fascisantes, notamment dans ces phénomènes d’exclusion. Une communauté fascisante serait une communauté qui est hostile à ceux qui n’en sont pas membres et qui s’investi trop profondément dans la vie de ses membres allant régenter jusqu’à leurs principes moraux.



[1] Olivier Rampnoux du Centre Européen des Produits de l’Enfant.

URL :  http://cepe.univ-poitiers.fr

[2] Site Internet de la marque Vans

URL : http://www.vans.com/vans/boards.asp

[3] http://www.bonthronebikes.co.uk/help/bmx-bike-brands

[4] Carl Schmitt (1888-1985) La Notion de politique 1932

[5] Carl Schmitt (1888-1985) La Notion de politique 1932

[6] Enquête réalisée au cours de l’année scolaire 2003-2004 implicant 539 collégiens et 472 parents

URL : www.uniondesfamilles.org

Cité par Lucie Baune dans La religion des marques, Caisse nationale d’Allocations familliales, Informations sociales 2007/1 - n°137 p.31-32

[7] Finalement, les véritables gothiques et anarchistes sont rares, ils ne se reconnaîtraient pas dans des marques. Mais il restent les modèles d’un grand nombre d’adolescent, un peu comme des grands frères que l’on imite maladroitement et toujours partiellement, même si l’on se veut complètement pareil. Ce petit groupe de leaders adoptent certaines marques et certains produits, les suiveurs les adoptent à leur tour avec un décalage, quand les leaders sont déjà passés à autre chose.

[8] Pro Logo

[9] Sources pour cet article:

Site culturofil :

URL: http://culturofil.net/2007/10/23/emily-the-strange-anticonformistes-avez-vous-votre-carte/

Site officiel Emily the Strange :

URL:  http://www.emilystrange.com/

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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 04:28

 

 

 

 

 

 
Les détournements de Barbie sont innombrables, qu’il s’agisse de vidéos ou de photos où des personnes se déguisent en Barbie, ou de mises en scène parodiques d’une poupée Mattel, voir même de relookage complet de poupées bien réelles en individus peu recommandables.

 


L’image de Barbie détournée

 


Le détournement de l’image de Barbie est le thème de
Mondo Barbie[1], livre sorti en 1993 et qui rassemble nouvelles et poèmes écrits par des ex-adorateurs de la poupée mannequin mettant en scène Barbie et Ken. Ce livre est une véritable compilation de tous les fantasmes et de toutes les frustrations suscités par la poupée. On peut notamment l’y voir torturée ou voir Ken changer de sexe.

Force est de constater que les détournements florissent  sur Internet.  On peut y voir pour ne citer que cet exemple un faux jeu pour ordinateur Barbie Hooker, littéralement « Barbie pute » qui porte la mention « featuring Ken as her pimp », c'est-à-dire « avec Ken comme mac ».

 


 


Détournement de l'image de Barbie : fausse couverture pour le jeu PC Barbie Hooker
[2]

 

La poupée relookée

 


On trouve en en circulation aux Etats-Unis une grande variété de Barbie et de Ken peu orthodoxes
[3], comme Trailer trash Barbie, littéralement « Barbie déchet de mobile-home » approximativement « Barbie la beauf », Drag Queen Barbie, Hooker Barbie, littéralement « Barbie pute », et Big Dyke Barbie, « Barbie super lesbienne ». Ken a eu droit quant à lui à une tenue de Redneck Ken, « Ken le beauf ».

 



Barbie relookée : Trailer trash Barbie et redneck Ken
[4]

 

 

Trailer trash et Redneck sont des termes utilisés en argot américain pour désigner des caucasians, c'est-à-dire des personnes de « race blanche », qui sont à la limite de la clochardise. Ces personnes vivent dans une grande pauvreté, ne peuvent pas s’offrir de logement (d’où l’usage du terme trailer qui signifie mobile-home), n’ont pas d’éducation, ni en général de travail et sont assez souvent à la tête de familles nombreuses. La Trailer trash Barbie a le même corps que l’original, mais elle est enceinte, a une cigarette à la bouche, porte un enfant sur la hanche et a une chevelure négligée avec des pointes blondes et des racines noires. Plus frappant encore : une bulle sur l’emballage lui fait dire « My dad says I’m the best kisser in the world », suggérant l’inceste.

                                                                                           


Barbie, bitch or hooker ?

 


Mais malgré tous les changements auxquels elle est soumise, Barbie garde sa ligne. On peut en effet remarquer que toutes les Barbies parodiées ont les mêmes mensurations que l’originale, il n’y a pas de
Fat Barbie[5]. Peut-être cela tient-il au fait que la minceur est une caractéristique trop essentielle du personnage, Barbie est d’ailleurs souvent fustigée pour ce qu’elle encourage l’anorexie. En revanche force est de constater que le thème qui revient le plus souvent est celui de la prostituée. On peut ainsi prendre l’exemple de la série télévisée Dexter sortie en 2006 aux Etats-Unis. Dans le premier épisode de la série, un serial killer qui tue des prostituées, les décapite et les découpe en morceaux, utilise une poupée Barbie à la quelle il a fait subir le même sort pour entrer en contact avec le personnage principal. Barbie y est donc clairement assimilée à ces prostituées victimes du tueur.

 

 



Barbie en prostituée victime d’un serial killer dans la Série Dexter (2005)

 


Bon nombre de parodies voient Barbie comme une femme de mauvaise vie, ou, pour traduire le terme bitch plus littéralement, comme une  « salope ». En témoigne les paroles évocatrices de la chanson Barbie Girl:

”I’m a blond bimbo girl in a fantasy world,

 Dress me up, make it tight, I’m your dolly

[…]

Kiss me here, touch me there, hanky panky”

 

Mais on est ici à la limite du détournement et de l’exagération car Barbie est réellement provocante par ses tenues affriolantes. Elle l’est aussi par son physique, du fait du stéréotype qu’il représente, avec une poitrine surdimensionnée. Il faut préciser que Barbie est très largement inspirée d’une poupée allemande nommée Lilli, elle-même issue de comics strips pour adultes parus dans le tabloïd allemand Bild au début des années cinquante. En effet, en 1952, Reinhard Beuthien eut l’idée de publier pour occuper un espace laissé vide une courte bande dessinée mettant en scène Lilli, jolie jeune femme portant toujours des tenues affriolantes et se retrouvant dans des situations équivoques. Lilli et ses mœurs légères ont tout de suite été adoptées par les lecteurs du journal à tel point qu’on a décidé de produire une poupée mannequin à son effigie.

 


 

Lilli, poupée allemande aux moeurs légères du début des années 1950,  dont dérive Barbie.


Le contraste est significatif entre la Barbie censée offrir du rêve, et cette Trailer trash Barbie qui fait état de la dure réalité d’une partie des Américains. Cette femme-enfant que l’on achète au Wall-Mart à côté de chez soi devient une enfant-femme victime d’inceste qui vit dans la misère avec sa progéniture. Avec la Barbie Hooker, elle devient une femme qui se vend au sens propre. Les poupées parodiées rappellent que Barbie pourrait être pauvre, qu’elle pourrait perdre son petit air innocent et mener une « mauvaise vie », qu’elle pourrait avoir une sexualité différente. C’est ici tant le mythe, le rêve américain que la capacité de Barbie à refléter la société qui sont visés à travers Barbie.

 

« Ne fais pas attention à ce qu’on dit sur moi, contente toi de le mesurer » (Andy Warhol)

 


Mattel semble prendre la chose du bon côté, tant qu’il n’y a pas contrefaçon, c'est-à-dire tant que les Barbies ne sont pas vendues sous la marque Mattel. Il faut dire que c’est là bien le signe de la popularité de Barbie, on ne dirait pas de mal d’une poupée complètement démodée. Selon Sean Fitzgerald, le Vice-président pour la communication du groupe « Barbie est réellement  devenue une icône culturelle et elle a été adaptées à toutes les facettes de la société. Notre société montre beaucoup de diversité… Barbie respecte cette diversité. »
[6]



[1] Mondo Barbie, Lucinda Ebersole, Richard Peabody, St. Martin's Press, 1993

Le titre du livre donne une bonne idée de son contenu en faisant référence au film trash italien de Gualtiero Jacopetti, Mondo Cane. Le film, tourné en 1962, qui accumule à la façon d’un documentaire les scènes les plus diverses et choquantes possibles.

[2] Source : http://www.ebaumsworld.com/pictures/view/277910

[3] Milwaukee Journal Sentinel Dec. 1994

URL : http://www.jsonline.com

[5] On peut cependant noter que Barbie a été utilisée, ainsi que Superman, dans une campagne anti-obésité menée par Active Life Movement aux Etats-Unis (Keep obesity away from your child). On y voit une Barbie obèse allongée sur son lit.

[6] “The reality is that Barbie has become a cultural icon and she has been adapted to all different aspects of society. We're a very diverse society -- Barbie respects that”.  Sean Fitzgerald, Mattel vice president for corporate communications -  Milwaukee Journal Sentinel Dec. 1994

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 13:36




Lld.jpg



Je retranscris ici un dialogue du film de Roger Vadim (1928-2000), Les Liaisons dangereuses 1960. Les dialogues sont de Roger Vaillant. Mme de Merteuil y est incarnée par Jeanne Moreau (*1928) et Valmont par Gérard Philipe (1922-1959).

 

On y retrouve une Mme de Merteuil, que l’on appelle par son prénom, Juliette. Les Juliettes dans les films de Vadim sont des femmes qu’il vaudrait mieux ne pas approcher, qu’on pense à cette autre Juliette incarnée par Brigitte Bardot dans Et Dieu créa la femme… Juliette, donc, a épousé Valmont, qui lui n’a pas de prénom. Ils forment un couple libéré qui trouve son plaisir dans le partage de nombreuses aventures. Le style diffère cependant, Valmont est direct et serait banal sans Juliette à ses côtés, qui apporte une certaine touche de raffinement. Elle obéit à ses « principes » : jamais plus d’un amant à la fois. Elle est même une femme fidèle, puisqu’elle ne trompe un amant avec quiconque, pas même avec son mari.

Jeanne Moreau est cruelle à souhait, et on dirait bien qu’elle ne connaît aucun sentiment que la jalousie. Elle goûte avec délectation aux plaisirs d’un esprit qui domine son monde… Et Gérard Philipe campe le Valmont bien pris à son jeu, tant lorsqu’il séduit Mme de Tourvel que lorsqu’il provoque inutilement sa femme en faisant bien valoir comme Jerry Kurt, son amant, l’a oubliée.

 

Nietzsche nous dit qu’il faut « mourir à temps », eh bien, voila un film qui arrive à temps pour consacrer la mort d’une époque. On peut y voir une transposition à l’époque moderne d’un roman du XVIIIème. Mais n’est-ce pas aussi la transposition d’une époque en période de transition à la modernité du XVIIIème siècle ? Car que vont faire les mœurs après les excès de Valmont et Merteuil ? Elles vont s’assagir. La Révolution, certes, mais les Tricoteuses n’ont pas idée des plaisirs raffinés que seul l’esprit sait dicter à la chair.

1960, on peut encore imaginer Cécile jeune fille « pure », envisager son mariage en blanc, on peut encore voir cette société bien pensante marier sa jeunesse et perpétuer ses codes. Plus pour longtemps. Mais rassurons-nous ! La société bien pensante existe encore, elle est toujours aussi avide de commérages, toujours attirée par ce qui brille, et puis il lui reste toujours la bêtise.  Seulement, soulignons que nous avons là un spécimen d’une espèce quasi-éteinte, la mère bien pensante mariant sa fille pure-et-de-bonne-famille. Admirons donc la chronique d’un monde en déclin, délectons nous d’une stupidité et d’une vénalité qui pouvaient encore se réclamer de la morale.

 

 

Ouverture :

 

Un monsieur âgé :

-         Le noir lui va.

 

Une dame :

-         D’où sort elle ?

 

Le même monsieur :

-         Noblesse de Touraine.

 

 

Un ancien condisciple de Valmont raconte :

 

Un ancien condisciple de Valmont :

-         Elle arrivait de sa province. Elle portait des petites robes très simples. Elle semblait toujours marcher en bottes et cravache à la main. Nous avons été tous amoureux d’elle. Elle sortait très librement avec les garçons. A la fin de la première année, chacun jurait qu’il l’avait eue. Mais comme personne n’a réussi à le prouver… On a cessé de se vanter, par crainte d’être ridicule.

 

Une dame :

-         Au fond, elle était aussi sage que maintenant ?

 

L’ancien condisciple de Valmont :

-         Qui ne le saura jamais ? Lui peut-être…

 

 

Deux dames parlent de Valmont et Juliette

 

Une dame :

-         Mais ou l’a-t-elle connu ?

 

Une autre dame :

-         Aux Sciences politiques : il l’a épousée l’année où il a passé le concours.

 

La dame :

-         Et que fait-il aux Affaires étrangères ?

 

L’autre dame :

-         Il attend d’en sortir. Côté père, La M* de Moselle[1]. Côté mère, Banque des Affréteurs réunis.

 

 

Deux messieurs discutent

 

Un monsieur :

-         Je ne comprends pas, cher ami, pourquoi on nous a invités dans cette jolie maison si parisienne ?

 

Un autre monsieur :

-         Elle veut obtenir pour son mari une mission au près de l’OMAPA[2].

 

Le premier monsieur :

-         Je croyais ce jeune homme plus occupé de la conquête des femmes que de celle des commissions de l’ONU.

 

Le second monsieur :

-         Elle a de l’ambition pour deux.

 

 

Un monsieur et une dame parlent de Valmont et Juliette.

 

Le monsieur :

-         Pourquoi l’a-t-elle épousé ? Pour l’argent du papa ?

 

La dame :

-         Je ne pense pas. A mon avis, elle voit beaucoup plus loin.

 

Une tierce personne :

-         Mais de qui parlez-vous ?

 

La dame :

-         Comme tout le monde ! Des maîtres de maison, de Valmont et de sa femme Juliette.

 

 

Juliette et Trevor, un collègue de Valmont.

 

Trevor :

-         Juliette, vous ne vous occupez jamais de moi.

 

Juliette :

-         Mais je vous aime bien Trevor.

 

Trevor :

-         Ce « bien » me crève le cœur.

 

Juliette :

-         Vous avez un cœur ?

 

Trevor :

-         Oui, depuis que Valmont nous a fait rencontrer.

 

Juliette :

-         Vous devriez lui être reconnaissant : c’est rare aujourd’hui d’avoir un cœur.

 

Trevor :

-         Je le remercie…

 

Juliette :

-         En lui prenant sa femme.

 

 

Valmont s’immisce dans une conversation entre une Comtesse et sa cousine, Mme de Volanges.

 

Valmont à la Comtesse :

-         J’ai skié l’année dernière avec le Comte votre mari. Vous n’étiez pas là malheureusement.

 

Mme de Volanges :

-         Il est très rapide.

 

Valmont :

-         Ma cousine vous a prévenu ? De ne pas croire un mot des gentillesses que je vais vous dire ?

 

Mme de Volanges :

-         Il contre-attaque.

 

Valmont

-         Ah ! Quel portrait vous a-t-elle fait de moi ?

 

Mme de Volanges :

-         Je vous ai reconnu une très grande qualité.

 

Valmont :

-         Ce n’est pas possible !

 

Mme de Volanges :

-         Votre femme, Juliette. Elle est le contraire de vous : fidèle, droite…

 

La comtesse se détournant :

-         Eh bien, je vous laisse en famille…

 

Mme de Volange :

-         J’ai une grande nouvelle à vous annoncer…

 

 

Changement de plan.

 

Un monsieur âgé :

-         Elisabeth sauvez moi la vie : emmenez moi parler !

 

 

Retour à la conversation entre Juliette et Trevor.

 

Trevor :

-         Vous n’avez jamais envie de vous venger ?

 

Juliette :

-         Pourquoi ? Regardez autour de vous : toutes les femmes s’ennuient autant avec leur amant qu’avec leur mari. Avec Valmont, je ne m’ennuis jamais.

 

Trevor :

-         C’est bien ma chance ! Il y a encore à Paris une femme fidèle, et c’est la seule dont je sois amoureux !

 

 

Le téléphone sonne.

 

Juliette :

-         Un conseil Trevor : essayez d’aimer Loulou du Chemin.

 

 

Juliette va répondre au téléphone. Elle croise Valmont.

 

Valmont :

-         Dis… Si c’est encore elle…

 

Juliette :

-         Je sais.

 

 

Au téléphone avec Loulou du Chemin.

 

Juliette :

-         Allô, oui ?

[…]

-         Oh non Loulou ! Je ne peux pas déranger Valmont pour l’instant.

[…]

-         C’est ça, il est en conférence.

[…]

-         Bon, très bien, je ferai la commission.

 

 

Dans une pièce annexe. Valmont rejoint Juliette. Elle regarde un portrait d’elle d’un air songeur.

 

Valmont :

-         Juliette Valmont ne reconnaît plus Juliette de Merteuil ?

 

Juliette :

-         Si, mais j’ai peur de ne plus me plaire.

 

Valmont :

-         Tu as des ennuis ?

 

Juliette :

-         Je m’ennuie !

 

Valmont :

-         J’avais l’impression que… Trevor…

 

Juliette :

-         C’est un de tes collègues ! J’ai des principes !

 

Valmont :

-         Et ton Américain, Jerry Kurt ?

 

Juliette :

-         Il ne m’amuse plus.

 

Valmont :

-         Alors, le Nouveau monde ? La saison de santé ? C’est déjà fini ?

 

Juliette :

-         J’avais cru découvrir Tarzan…

 

Valmont :

-         Tu as rompu ?

 

Juliette :

-         Pas encore. Je cherche la manière. Le style de la rupture, c’est tout le charme des liaisons.

 

Valmont :

-         Moi, tu connais mon style : pas de bavure : je te voulais, je t’ai eue. Adieu !

 

Juliette :

-         Moi, j’aime fignoler.

 

Valmont :

-         L’idéal serait de le marier. Casanova trouvait un mari pour les maîtresses dont il était l’amant.

 

Juliette :

-         Ce serait piquant.

 

Valmont :

-         Que penserais-tu de… Cécile ?

 

Juliette :

-         J’y ai vaguement pensé. J’avais même un peu préparé le terrain : « je vais vous présenter la vraie jeune fille française ».  Seulement Cécile est tout de même trop sotte, même pour Kurt. Remarque… Si j’avais insité…

 

Valmont :

-         Ce serait fait ?

 

Juliette :

-         Naturellement !

 

Valmont :

-         Hé bien c’est fait !

 

Juliette :

-         Quoi ?

 

Valmont :

-         Oui. La Volanges vient de m’apprendre la nouvelle. Coup de foudre, déclaration, acceptation, fiançailles. Cécile et Kurt se marieront le printemps prochain.

 

Juliette :

[Rire forcé]

-         Ah ! C’est trop drôle !

 

 

Juliette va rejoindre Mme de Volanges, qui se sert au buffet, au salon.

 

Juliette :

-         Valmont m’apprend à l’instant la grande nouvelle…

 

Mme de Volanges :

[S’excusant au près d’une convive, se tourne vers Juliette]

-         Mon chéri ! Vous êtes un peu la marraine de ces fiançailles.

 

Juliette :

-         Ca, je ne croyais pas si bien réussir en les présentant…

 

Mme de Volanges :

-         Il est très bien vous savez... Un Américain de la nouvelle génération. Très sensible à tout ce qu’il y a de délicat chez nos jeunes filles.

 

Juliette :

-         Il apprécie beaucoup la France…

 

Mme de Volanges :

-         Il a des opinions très personnelles. Il pense que les épouses américaines sont les plus sages du monde, mais, leurs jeunes filles font les quatre cent coups dès l’université. En France, c’est le contraire.

 

Juliette :

-         C'est-à-dire que les femmes sont légères.

 

Mme de Volanges :

[L’air compatissant]

-         Oh ! Ne lui en voulez pas ! Il nous jugerait tout autrement si toutes les Parisiennes étaient comme vous ! Vous ne le connaissez qu’à peine…

 

Juliette :

-         A fleur de peau.

[Mme de Volanges a l’air troublé, Juliette ajoute :]

C’est une expression de Valmont.

 

Mme de Volanges :

[Reprenant, toute à son discours]

-         Kurt est très enthousiaste. Oh ! Il ne tarit pas : une vraie jeune fille, innocente, candide, pure…

 

Juliette :

-         Il a du vocabulaire… Et Cécile ? Au fait, pourquoi ne l’avez-vous pas amenée ce soir ?

 

Mme de Volanges :

-         Eh bien, elle tenait beaucoup à aller chez une de ses camarades… Une surprise-partie.

 

Juliette :

[Prétendument indignée]

-         La vraie et la pure jeune fille dans une surprise-partie ?

 

Mme de Volanges :

[Enfournant une petite saucisse dans sa bouche]

-         C’est chez les d’Alembert. Ils donnent une petite fête dans leur hôtel de Neuilly pour les dix-huit ans de Chantal.

 



[1] Il est difficile de discerner ce qui est dit à cet endroit. Il s’agit soit d’un nom de famille, soit et c’est plus probable, d’un nom de société. Comme le second nom donné « côté père », la Banque des Affréteurs réunis existe réellement, on pourrait penser que le premier « côté mère » est celui d’une société existante. Comme il s’agit de le Moselle, on peut supposer l’extraction et le commerce du charbon.  Il semble d’ailleurs qu’on puisse discerner le mot « noir » qui pourrait faire référence au charbon. Pour ce qui est des Affréteurs réunis, il s’agit d’une société rouennaise d’armateurs qui avait la forme juridique d’une société anonyme et qui a fait faillite en 1923. C’est notamment cette société qui affrétait l’Auguste Conseil, vapeur français coulé par un U-Boot allemand en 1915, non sans évacuation préalable de l’équipage.

Sources : Histoire maritime sur histormar.net et le site House Flag, qui fournit une liste des armateurs français. (URL : http://pavillon.houseflag.free.fr/armateur%20A.html).

[2] L’ « OMAPA » est censé être une commission de l’ONU. Il n'existe pas de commission portant ce nom.

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 11:03





 

Le Septième Sceau, Ingmar Bergman[1]

 

 

« Quand il eut ouvert le septième sceau

Il se fit dans la nuée

 Un silence d’une demi-heure »

Apocalypse 8 :1

 

 

 

La Mort sur une plage,

La Mort en noir et blanc,

Un  Chevalier en age :

La mort éventre ses rangs.

 

Qui ose donc la braver ?

Un chevalier parti la chercher

Aux croisades. Et revenu,

Qui n’en veut plus.

 

La Mort, marbre cruel,

Sourit : une pièce se rebelle

Contre l’échiquier.

Elle voudrait le temps de prier

 

Un Dieu qui n’existe pas

Mais seule la Mort le sait.

Le Chevalier ne le dit pas :

C’est un enfant qu’il veut sauver

 

La Mort patiemment

Attend que sonne l’heure :

Le damier est sa couleur

Celle de la peur et du néant.

 

Le Chevalier appelle son fou

A l’aide. Il est déjà mort.

Et seul voit l’artiste fou

Le Chevalier contre la Mort.

 

 

 



[1] Le Septième Sceau, Det sjunde inseglet, est le titre d’un film en noir et blanc d’Ingmar Bergman de 1957 qui évoque la rencontre  d’un chevalier avec la mort aux temps des croisades et de la Grande Peste. Tout au long du film, le chevalier retrouve la mort sur une plage où ils jouent une partie d’échec.


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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 00:06






Je retranscris ici un mémorable dialogue du film Les Enfants du Paradis (1945) de Marcel Carné.


Garance, l’insaisissable Garance, qui tient autant de Carmen, que d’Esméralda, fait donc face avec une charmante insouciance à l’assassin Lacenaire. Insouciance, mais pas naïveté. Que voulez-vous, Mlle garance s’ennui ! Et ce Lacenaire est un personnage de tragi-comédie, alors elle prend place au « paradis », la loge du pauvre au théâtre, et elle le regarde étaler froidement sa haine. Le théâtre dans le théâtre. Monsieur Lacenaire quant à lui, Pierre-François pour les intimes, c'est-à-dire pour très peu de monde, est on ne peut plus réel. Qui finira sur l’échafaud, non sans penser réécrire Le Dernier jour d’un condamné. Monsieur a de l’ambition. De l’orgueil aussi, une montagne d’orgueil. Mais, on lui pardonne, pourvu qu’il continue à dialoguer avec Mlle Garance…Qu’on profite encore du phrasé, de la carrure de Pierre-François qui a le profil de l’échafaud et de la candeur coupable de Garance.

 

 

 

Lacenaire :

- Déjà sortie du puits mon ange et ma douceur ?

 

Garance :

-Le puits ? Oh ! N’en parlons plus, c’est fini et la vérité aussi…

 

Lacenaire :

-Déjà ?

 

Garance :

-Oui. La clientèle devenait trop difficile.

Vous comprenez, la vérité jusqu’aux épaules… Ils étaient déçus.

 

Lacenaire :

-Bien sûr ces braves gens désiraient d’avantage. Rien que la vérité et toute la vérité. Comme je les comprends, le costume doit vous aller à ravir.

 

Garance :

-Peut-être, mais c’est toujours le même.

 

Lacenaire :

-Quelle modestie et quelle pudeur !

 

Garance :

-Oh ! Ce n’est pas ça, mais ils sont vraiment trop laids

 

Lacenaire :

-Ah ! C’est vrai qu’ils sont laids. Comme j’aimerais en supprimer le plus possible.


Garance :

-Toujours cruel Pierre-François ?

 

Lacenaire :

-Je ne suis pas cruel, je suis logique. Depuis longtemps j’ai déclaré la guerre à la société.

 

Garance :

-Et vous avez tué beaucoup de monde ces temps-ci Pierre-François ?

 

Lacenaire :

-Non mon ange, voyez : aucune trace de sang, seulement quelques tâches d’encre. Mais rassurez vous je prépare quelque chose d’extraordinaire.

Vous avez tort de sourire Garance, je vous assure. Je ne suis pas un homme comme les autres, mon cœur ne bat pas comme le leur. Vous entendez ? Absolument pas.

Avez-vous déjà été humiliée Garance ?

 

Garance :

-Non, jamais.

 

Lacenaire :

-Moi non plus. Mais ils ont essayé, c’est déjà trop pour un homme comme moi.

Quand j'étais enfant, j'étais déjà plus lucide, plus intelligent que les autres... "Ils" ne me l'ont pas pardonné, ils voulaient que je sois comme eux, que je dise comme eux. Levez la tête Pierre-François... regardez-moi... baissez les yeux... Et ils m'ont meublé l'esprit de force, avec des livres... de vieux livres… Tant de poussière dans une tête d'enfant ? Belle jeunesse, vraiment ! Ma mère, ma digne mère, qui préférait mon imbécile de frère et mon directeur de conscience qui me répétait sans cesse : "Vous êtes trop fier, Pierre-François, il faut rentrer en vous-même ! Alors je suis rentré en moi-même... je n'ai jamais pu en sortir ! Les imprudents ! Me laisser tout seul avec moi-même... et ils me défendaient les mauvaises fréquentations... Quelle inconséquence ! Mais quelle prodigieuse destinée ! N’aimer personne, n’être aimé de personne, être libre. C’est vrai que je n’aime personne, pas même vous Garance. Et pourtant, mon ange, vous êtes la seule femme que je n’ai jamais approchée sans haine ni mépris.

 

Garance :

-Je ne vous aime pas non plus Pierre-François.

 

Lacenaire :

-C’est fort heureux. Mais, pourquoi venez vous me voir tous les jours ? Est-ce parce que je ne vous ai pas demandé ce que tous les hommes sans aucun doute vous demandent ?

 

Garance :

-Non.

 

Lacenaire :

-Je sais, vous n’êtes pas coquette. Alors pourquoi ?

 

Garance :

-Parce que je m’ennuis.

 

Lacenaire :

-Je vous amuse peut-être ?

 

Garance :

-Oui, vous parlez tout le temps, on se croirait au théâtre. Ca distrait, et puis c’est reposant.

 

Lacenaire :

-Vous ne me prenez pas au sérieux. Si j’étais vaniteux, je serai blessé jusqu’à l’os. Mais, je n’ai pas de vanité. Je n’ai que de l’orgueil. Et je suis sûr de moi, absolument sûr. Petit voleur par nécessité, assassin par vocation, ma route est toute tracée, mon chemin tout droit. Et je marcherai la tête haute. Jusqu’à ce qu’elle tombe. Dans le panier. Naturellement. D’ailleurs, mon père me l’a si souvent dit : Pierre-François, vous finirez sur l’échafaud.

 

 



[1] Il faut noter que les acteurs ne sont pas fidèles à la lettre aux dialogues de, ceci n’es donc pas totalement conforme au manuscrit de Prévert. Signalons l'excellent article "Le XIXème siècle et les dialogues de jacques Prévert" par Danièle Gasiglia-Laster.
URL  :http://www.marcel-carne.com/equipecarne/prevert/lesenfantsduparadis_gasiglia-laster.html

 

[1]. Arletty (1898-1992) y donne la réplique à Marcel Herrand (1897-1953).

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Published by Marie-Virginie - dans Cinéma
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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 11:11

                                                                                                                                            

                                                                            "L'homme est une une corde tendue entre l'Humain et le Surhumain
Une corde par-dessus un abîme"
Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra

 

 


 

Nietzsche est un cruel enfant,

Une Ame à double tranchant.

Il aime à se dépecer

Et à se rendre laid

 

Pour sa maîtresse vérité.

Grand prêtre maudit de la race des prêtres,

Il va au couteau mauvais

Jusqu’au fond de l’être.

 

Mais hélas! Peau de chagrin,

Tendre vers le surhumain,

 C’est tendre vers rien.

 

Culte de la vérité nue

Obscène et qui tue ;

L’Homme une corde tendue

Oui, à la Folie tendue.

 

En son sein, vivier malsain

D’une volonté d’airain

L’Humain en Surhumain se mue

Oui, à la Vie perdu.

 

Mais hélas! Peau de chagrin,

Tendre vers le surhumain,

 C’est tendre vers rien.

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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 12:11

 

 

“Where the bee sucks, there suck I;
  In a cowslip's bell I lie;
    There I couch when owls do cry.
      On the bat's back I do fly
        After summer merrily.”
      Shakespeare, The Tempest (Ariel at V, i)

 

 

 

 

 

La tempête, c’est le sourire

Des bons génies de Shakespeare

Qui réunirent pour rire

Un roi exilé, un prince échoué,

Et une belle jeune fille esseulée

 

Sur une île en pleine mer

Survolant ce coin de terre

Ariel, l’esprit des airs

Pour son maître prospère

Au dénouement s’affaire.

 

L’île merveilleuse

Que berce la tempête mystérieuse

Est une utopie songeuse,

Elle a la magie des fins heureuses :

Prospero, âme valeureuse

 

Dit sa dernière incantation

Pour Ariel, c’est la libération

Tous montent sur le pont

Et c’est le mot pardon

Qui envoit le grimoire par le fond.

 



Beethoven intérrogé au sujet de sa sonate "La Tempête" aurait répondu : "Lisez la tempête de Shakespeare"... Voici donc la Sonate No.5 en do mineur Op. 10, troisème mouvement. Cette version n'est pas ma préférée, même si elle est très bonne. Si javais pu, j'aurais plutôt choisi celle de Wilhelm Kempff .

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 09:56



 

 

Un damier
Des noirs, des blancs
Sauvés et damnés,
Le monde en deux temps.

Pas de nuance, le cavalier avance,

Au royaume de la froide raison,
Une patiente étude
Est toujours le prélude
Au déplacement d’un pion.

Dis-moi échiquier d’ébène,

Quelle obscure stratégie
Se dessine entre tes stries?
Ais-je trouvé mon maître,
Ou suis-je moi-même le traître ?

Patience, patience, le cavalier avance,

Malheur! La tour arrive d’un coin
Elle m’avait échappé mais me guettait au loin
Et voila qu’un cavalier galant
Cède le passage à mon anéantissement !

Dis-moi échiquier d’albâtre,

Faut-il donc être un mage,
Et voir par-delà l’horizon ?
J’en rage : mon fou a été sage,
Et ma reine mangée par un pion
!


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Published by Marie-Virginie - dans Un peu de poésie
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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 09:36

 

 

 

 

Je ne sais moi-même

Que tirer de ce bilan mitigé

Sinon signe de modernité.

 

 

 

 

Que ça choque un peu

Que ça fasse vendre mieux,

 Gagner la rentrée littéraire

C’est original, il faut le faire.

 

Je déteste ce style putréfié

Vers dans un fruit pourri…

Une perversité bien calculée

 M’a pourtant saisie.

 

Je déteste ce teint de cadavre immonde,

Et ces lèvres obscènement rouges.

Je déteste cette petite tête ronde,

Et ces cheveux dont pas un ne bouge.

 

La blanche neige d’aujourd’hui,

Est anorexique

Ses livres le sont aussi.

Le génie est-il un pervers psychotique ?

 

En pensée j’ai vomi,

En lisant les livres d’Amélie

Vais-je maigrir?

Elle me fait bien écrire…

 

Elle m’a dégouttée

Elle m’a déroutée

Et ça n’a pas été

Le cas de tous les mauvais.

 

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Published by Marie-Virginie - dans Un peu de poésie
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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 09:33

 

 

 



Quelle est cette voix étrange
Qui suspend le pas de l’ange ?

 


 

Discipline de fer

Triomphe de la chair

Tissée au lourd métier

Qu’on nomme volonté

 

Trompeur maintien

De ce corps fin,

Elégant drapé

D’une vanité blessée.

 

Mais écoute ce qui se tait :

Un froissement de soie,

Tremblement de voix,

D’un murmure habité :

 

Aimez-moi… Triste prière

Qui respire l’humain

Comme tu expires sur un air

Et puis soudain, plus rien :

 

L’âme se retire

Quand on la croit saisir

Elle fuit, étrange mélancolie

Et ne donne pas la vie.





Je voulais du Verdi pour illustrer ce poème, j'avais pensé à l'"Addio del passato de la Traviata", ou au "Pace, pace mio dio" de La Forza del destino. Finalement je m'étais décidée pour "Morro ma prima in grazia" d'Un Ballo in maschera.  Mais je me retrouve avec beaucoup plus original, puisqu'il s'agit ici de "La mamma morta" d'Andrea Chenier. Giordano et non Verdi donc. Cet air figure également dans un beau film de John Demme, Philadelphia (1994). Sa seule apparition au cinéma à ma connaissance.

  
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L'orange Maltaise

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  • : « Il pourrait se trouver, parmi [mes lecteurs] quelqu’un de plus ingénieux ou de plus indulgent, qui prendra en me lisant ma défense contre moi-même. C’est à ce lecteur bienveillant, inconnu et peut-être introuvable, que j’offre le travail que je vais entreprendre. Je lui confie ma cause ; je le remercie d’avance de se charger de la défendre ; elle pourra paraître mauvaise à bien du monde ! » (Mémoires de la Duchesse de Dino, 1831)
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