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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 20:32

 

 

 

orange-grove-and-mountain-view-small.jpg

 

 

 

 

Aller voir les orangers à Sfax,

La terre asséchée sur son axe

A l’ombre du burnous épais.

Comme la fleur que j’aimais,

Les arbres épars au soleil

Portent le fruit vermeil,

Et le vert tranché de la feuille

Coupée. Autour de ce monde

Sans ombre, une abeille gronde ;

Je suis à Sfax, à l’orangeraie,

Le dix de ce mois de mai.

 

 

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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 18:10

 

 

 

 


 

 

 

 

 

“Here’s to you Nicola and Bart,

Rest forever here in our hearts

The last and final moment is yours

The agony is your triumph.”

 

(Ennio Morricone/ Joan Baez, Sacco e Vanzetti, 1971)

 

 

 

 

On mouille la tête des prisonniers

Avec une éponge imbibée,

C’est un acte de merci, de charité :

C’est pour que le courant circule mieux.

 

Et ainsi l’eau dégouline,

Sur un front, sur une pauvre poitrine,

Qui ne vivront pas vieux.

Car les voila oints du sceau

 

De ceux qui vont mourir bientôt.

Dedans il pleut à grosses gouttes,

Il pleure sans larme, il pleure sans doute,

Il suinte la peur : c’est la toilette

 

Mortuaire avant l’heure.

C’est cette éponge de vinaigre romain,

Qu’on présenta au Christ en vain.

Oui, ce geste là est d’une cruauté

 

Qu’on ne dit pas. C’est le cri

Muet d’un corps à l’agonie,

C’est vous, Sacco et Vanzetti,

C’est pour vous, Sacco et Vanzetti !

 

Et puis il y a les sangles,

Cuir épais qui a déjà bien servi,

Dont les boucles implacables

Retiennent les sept douleurs.

 

Elles sont imbibées de la sueur

Qui vient aux portes de la mort,

Qui suinte des pores d’un mort.

Ces sangles de cuir que l’on boucle

 

Aux chevilles et aux poignets,

Et dont on sait,

Qu’on ne pourra les desserrer.

Parce que le corps gonfle

 

Quand le courant est passé.

Un corps bleui, enflé,

 Comme celui d’un noyé,

Qui dérive dans le courant.

 

Et puis il y a la silhouette assise,

Impuissante et qui attend.

Les bras écartés, les épaules sises,

La cagoule noire en fait un corps

 

Sans visage, mais même cette

Forme inhumaine et sans tête,

Posée sur la vielle chaise de bois,

Elle fait pitié.

 

Même ce criminel sans pitié

Honni des hommes et des lois,

Sanglé à la vielle chaise de bois,

Il fait pitié.

 

Et s’il était innocent ?

Qu’adviendra-il de son sang ?

Les enfants c’est l’heure du bain,

Le courant circule bien.


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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 21:20

 

 

abdiel2 Gustave Doré 1870

 


 

עֲבְדִּיאֵל

 

“So spake the Seraph Abdiel, faithful found,

Among the faithless, faithful only hee;

Among innumerable false, unmov’d,

Unshak’n, unseduc’d, unterrifi’d

His Loyaltie he kept, his Love, his Zeale;

Nor number, nor example with him wrought

To swerve from truth, or change his constant mind

Though single. From amidst them forth he passd,

Long way through hostile scorn, which he susteind

Superior, nor of violence fear’d aught;

And with retorted scorn his back he turn’d

On those proud Towrs to swift destruction doom’d.”

 

John Milton, Paradise Lost, V. 894-907

 

 

 

 

I. Tenebrae

 

 

Le sol se dérobe sous mes pas,

Tout s’engloutit autour de moi :

C’est l’office des ténèbres

Qui sonne pour ma foi.

Une à une les lueurs se meurent,

Fondant lentement sur mon cœur

Oppressé, dans la noirceur

Où je presse mes pas.

Une à une les lueurs se meurent,

Laissant une main de glace

Etreindre mon cœur :

C’est une main de fer,

Une main d’angoisse,

Et elle tient mon âme corsetée.

Elle la serre, elle l’oppresse,

Elle tient mon cœur

 Et le fait sien,

Jusqu’à plus rien.

Partout du vide, un abîme de néant.

Et même ce vide béant,

Même ce grand rien,

Je ne le vois pas.

 

 

II. Daemones

 


Le rien,

C’est le grand calme

Avant l’essaim.

Satan, le trop aimé,

Pour ne plus aimer jamais,

La Beauté sans âme,

Et l’âme sans beauté,

Satan, au rire d’étincelle qui gronde,

Se frotte les mains.

Bruissant de mille pas,

Se pressent les sévices,

La légion à son service,

Et tout ce grouillement

Incessant guette avidement,

Dans le vide béant,

Les mouvements las

De mon âme éperdue,

Qui ne croit plus.

Un oiseau noir se déploie,

Volant au dessus

D’une mer vague qui me noie,

Et chaque vague de ce grand déluge

Redouble la terrible joie,

De l’ange sans foi

Et sonne le beffroi

De son affreux cortège.

 


III. De Profundis

 


O Abdiel, ô fidèle Séraphin !

Tiens-toi à mes côtés et donne-moi la main,

Jusqu’à la quinzième et dernière heure,

Jusqu’à ce que meure la dernière lueur.

Dépose sur mon front un baiser,

Eclaire pour moi le fond des ténèbres !

Abdiel, je t’en prie, car mon cœur se meurt

Dans le vide qui dévore mes pas,

Abdiel, je t’en prie, reste avec moi !

 


IV. Fortitudo

 


Je suis de la race d’Abdiel,

L’ange fidèle,

Seul au milieu de la foule,

Qui le roule et qui tangue

De ses milles mains exsangues.

Tant de beauté

Contre Lui retournée !

Tant de beauté

Qu’on enchaîne !

Car la foule bruisse de haine.

Ces tours d’orgueil et de vanité,

C’est Satan qu’elles acclament.

Abdiel, fidèle humilié,

C’est le Père qu’il proclame.

Dans un monde infini,

Sans substance et sans chaire,

Il n’est point d’esprit

Qui se trompe ou qui erre.

Quand un ange décide,

C’est à la face de l’eau une ride,

Qui va trouver le bord

De cet instant qu’on nomme pensée.

Car un ange ne connaît pas la mort.

Satan le plus beau, le préféré,

Celui qui voulait trôner en majesté,

Entraine sous son ombre grandiose

Les anges, les Trônes et les Archanges.

Tous suivant celui qui ose,

Tous séduits par le plus beaux des anges,

Contre Abdiel, seul, qui s’oppose.

 


V. Lilium inter spinas

 


Abdiel,

Ô Séraphin  fidèle !

Tous m’ont tourné le dos,

Tiens-toi à mes côtés !

Tous m’ont montré le poing,

Donne-moi la main !

On ne m’a pas fait une âme basse

Pour marcher parmi la masse,

Abdiel, je t’en prie guide mes pas !

Protège-moi de ton bras

Quand ma bouche prononcera

Les paroles honnies de la masse

Des impurs et des sots.

Protège-moi quand mon âme parlera !

 

 

VI. Dolor

 

 

L’ange fidèle frémit d’horreur

Au plus profond de son cœur :

Il voit ses frères se détourner,

Ses frères tant aimés !

Il voit ses frères le rejeter,

Ses frères adorés !

Il reçoit un coup plus tranchant encore :

La douleur du Père !

Aussi porte-t-il le souci sur ses lèvres,

Où se couche un pli amer,

Et la profonde douleur

Qui transperce son regard clair.

Mais il fera front et il tiendra bon

L’amour en larmes est contristé,

L’amour armé s’appelle loyauté.

Il est temps d’avancer

Et de jeter la dignité

Très belle de l’amour blessé

A la face de cette haine déchaînée.

Il avance même s’il ne voit pas,

Dans la nuit de la foi,

Il  n’entend résonner que ses pas.

Jusqu’au bout, il a tenu son regard clair,

Fixe et fier, honneur du Père.

Il est passé au milieu d’eux.

Humilié en majesté,

Abdiel a aimé, Abdiel a pleuré

Mais Abdiel n’a pas pardonné :

Décider change la nature de l’ange

Et les frères déchus ne sont plus que fange.

Celui qui a fait la lumière

Saura renvoyer Satan, lueur de ténèbres,

Au plus profond des mondes informes

Qui font l’inachevé.

 


VII. Fidelitas

 


O Abdiel, ô fidèle Séraphin !

Comme tout semble futile maintenant !

Rien qui ne soit contingent,

Rien qui ne vaille l’Amour,

Car je vois un toujours

Dans un instant d’Amour :

Alors que le temps se dérobe

Il le tient par un pli de sa robe.

Vois comme je dépose à genoux et en pleurs

L’orgueil, la vanité et les vieilles querelles,

Vois comme je me dépouille !

La douleur a brûlé tout autour

De moi, les atours

Dont je m’étais parée,

Du fond de mes ténèbres, j’ai pitié,

Je ne saurais être comme ceux

Qui me haïssent

Je ne saurais être comme ceux

Qui me trahissent :

Mon âme était faite pour aimer.

Sois à mes côtés pour qu’elle porte beau,

Tandis que je passe au milieu d’eux.

Fais-moi aimer, Abdiel !

Dis-moi qu’il est beau

D’être fidèle !

 


VIII. Amor vincit

 

 

« Abdiel, tu as triomphé des ténèbres.

Sous les cieux toute bataille gagnée,

Se réclamera désormais

De l’ange qui ne s’est pas détourné.

Tu porteras le premier coup,

Et, sous ton épée, Satan pliera le genou.

L’ange tant aimé connaitra la douleur,

La peur et les maux qui coulent avec les heures.

Tandis que j’enchaînerai dans les ténèbres,

Celui qui a choisi le rien en voulant tout,

A la tête de mes anges tu marcheras,

Et toi, Abdiel, Amour fidèle, tu vaincras ! »

 

 

IX. Lux Aeterna

 

 

Ô Abdiel, ô Séraphin fidèle,

Ainsi parle ton Père, qui est le mien aussi.

Car je suis de ta race Abdiel,

Et nos âmes, quand elles déchoient

Quand elles renient,

Causent par trop de joie

Au traître qui fit

Un jour naître l’ennemi.

Mais, si le Séraphin splendide,

Dont le pas fait trembler le grand vide,

Si le chef des armées indivises,

Dont le geste commande

A la nuée invincible,

S’il veut bien,

Dans les ténèbres, me tenir la main,

Alors je ne craindrai plus rien.

Et peut-être alors ce rien

Dissipera-t-il le néant ?

Et peut-être au fond du gouffre froid,

Je trouverai cette chose espérée

Qu’on nomme la  foi

Car l’Amour vit en moi

Qui n’est pas né du rien,

Et il n’a de cesse de retourner

Là d’où il vient :

L’Amour multiplié

Qui est

UN

 


[1] Il s’agit, selon le rite tridentin, des offices qui ont lieu les trois derniers jours précédant Pâques et la résurrection du Christ. Pour ces trois offices, les matines et les laudes sont réunies, la fin de la nuit rejoignant ainsi symboliquement le début du jour. La tradition veut que l’on éteigne quinze bougies, une après la lecture de chacun des quinze psaumes de l’office des ténèbres. Le chiffre quinze représente les onze apôtres fidèles, les trois Maries et le Christ.

 

Illustration : Gustave Doré v. 1866

 

 

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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 16:05

 

 

 

 


 

On effleure le visage de l'amant,

Comme on presse le pas fissionnant,

Par un matin de printemps,

Un  matin qui fleure bon,

L’anis, la sauge, et le citron.

 

On effleure le visage de l'amant,

Comme le soleil pousse doucement

Du genêt à la fleur de Provence,

Et parmi les herbes qui dansent

Jusqu’à la mousse des sous-bois,

 

Où le lierre et l’armoise sont rois.

Un rêve d’ombre y rôde

Bruissant sur les feuilles d’émeraude

Dont le sillage à peine effleure

Le visage que l’on aime à toute heure.

 

Alors flotte l’odeur des bois précieux,

C’est un coffret de santal,

Qui tait des alcools très vieux :

Du genièvre dans un flacon de crystal,

Enivrant  jusqu’au mal

 

Sur le dessus du métal gravé,

Un animal léger, rapide, efflanqué,

Qui porte le long de ses flancs sculptés,

Le musc noir et tacheté.

L’ambre vient par lourds colliers,

 

Ramassés un jour sombre

Sous mer une mer qui gronde.

Et comme une onde profonde,

On entend battre son cœur

Et palpiter sa chair,

 

Il tourne son regard clair

Alors nait le sourire

L’espace d’un soupir

Que parfument d’une touche

Les accents suaves de sa bouche.


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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 12:15

 

 

 

Trois couplets pour quatre saisons

Une après-midi, une matinée,

Un petit matin, une soirée,

Et un baiser abdique la raison

 

 

 

I.

 

Une après-midi d’automne

Se promène parmi les feuilles âpretés,

Dernière valse des têtes qui vont tomber.

 

Le soleil rasant tire de son archet

Des nuances de pourpre dorée,

Qui font une parade enjouée

 

A la reine morne qui passe compassée

Les bogues roulant à ses pieds.

Tout est flamboyant.

 

 

II.

 

Une matinée d’hiver inspire

Le calme parfait d’un ciel épuré

A peine un nuage s’y étire,

 

Et sous ses pas crisse le gravier.

Il ne fait pas froid, il fait crispé,

L’air sent comme la glace brisée,

 

L’hiver entier semble glisser

Sur le grand silence redoublé.

Tout est figeant.

 

 

III.

 

Un petit matin de printemps

Tout frais, vert, et s’éveillant,

Frissonne à l’air flottant

 

Des parfums presque éclos.

Il passe dans les roseaux,

Frôle l’herbe impatiemment,

 

Cherchant la rose épanouie,

Et l’oisillon dans son nid.

Tout est verdissant.

 

 

IV.

 

Une soirée d’été s’est allongée

Sur la moiteur d’une journée

Coulée de plomb argenté.

 

La nuit sent l’herbe fauchée,

Bleue, noire, profonde et  éclairée

Des étoiles au loin dans l’air frais.

 

Criaillent mille grillons cachés, mille grillons

A l’ombre des grands bois en haillons.

Tout est mûrissant.

 

Tombant, figeant, verdissant et mûrissant

Se trouvent en un seul baiser

Donné par une brise hors de ce temps.

 

 


 

 


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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 09:43


 

Erik Satie, troisième Gymnopédie,

Orchestration de Debussy

 

 

 

Un poing fermé

Quatre phalanges repliées

Et la cinquième venue

Les supporter,

Un poing d’acier.

 

L'esprit qui reflue
Passe tout entier

Dans les phalanges liées.

Sous la chaire nue,

Emporté par la marrée,

L'esprit s'est tu.
Souples et rapides

Avancent les phalanges livides.

Elles sont à la manœuvre

Sans plaisir ni sans haine,

Elles œuvrent

A la seule peine

Que la phalange inflige.

Un temps se figent

Sombrant en un calme sans fond

 

Multiple de cohésion.

Pas de bruit, pas de cris,
Elles glissent sur l’heure qui fuit.

Elles sont filles de l’instant

Et observent le moment.

 

Paré. Bouclier.

Lances. Touché.
Phalanges repliées.

Un devoir accompli

Ne cherche que d’être précis.

Tant de vie figée

Dans cinq phalanges repliées:

Deux mille ans qu'elles sont ainsi.

Aussi, malheur à celui

Qui trouve ce poing fermé!


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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 23:40


A K.-L. K. en remerciement de tout ce qui a été

"O comfortable friar! Where is my lord?
I do remember well where I should be,
and there I am. Where is my Romeo?"

William Shakespeare, Romeo and Juliet




Toujours calme et si discret,
Mais que de charmes cachés
Avait cet homme secret !
Certains jours il semblait sourire
D’autres être triste à en mourir,

Il aimait à rire et donnait volontiers
Mais se réservait
Car chaque trait l’atteignait.
Il descendait dans la fosse
Pour faire naître la beauté

Fragile avant qu’elle ne fausse,
Il faisait lever des tempêtes
Sur les mers agitées
Et on l’appelait Homère ressuscité
Mais qui partageait
 
Les tourments de son esprit ?
Son père le savait qui disait aussi:
Quelle tristesse cet enfant si doué !
L’ais-je vraiment connu ?
Je ne sais plus…
 
Entre nous, il y aura toujours
Cet entre-deux,
Talent et insignifiant,
Pourtant je sais qu’un jour
Nous étions agenouillés tous deux
 
Au pied d’un même autel
Et nous avons adoré la beauté,
Chéri l’art et la passion cruelle,
Dérobés au monde
Et à son flot immonde
 
D’âmes qui ne ressentent
Que la pointe du couteau.
Il faut fouetter le troupeau
Pour qu’il avance lourdement ;
Nous courrions loin devant.


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10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 23:47

 

 

 A K. en souvenir de ce qui n'a pas été

 

« Elle garda le portrait et renvoya les diamants. »


Hortense de Beauharnais, Mémoires (I, 207)

 

 

 

 

Il porte aux lèvres

Ce pâle trait de rêve

Qu’ont les âmes exilées,

Trop belles pour être aimées.

Certains jours, il semble me sourire,

 

D’autres, être triste à en mourir.

Est-ce le portait vivant

Du changement permanent,

Ou le portrait figeant

Cette âme changeante ?

 

Car je n’ai de lui qu’un portrait,

Ses traits fixés pour l’éternité.

J’y vois mille caresses aimantes,

J’y entends mille symphonies,

Aux accents tourmentés,

 

Et je pleure toujours à la note si.

Tant de nuances traversent l’onde

De ses yeux gris bleutés, couleur profonde,

Aux coins de sa bouche délicate,

Se pose l’amertume d’un soupir,

 

Peut-être un faible sourire,

Qui un pour instant éclaire

Le miroir de son air figé

J’ai alors le souvenir

De ce qui n’a pas été

 

Image flottante du passé

Qui inspire et qu’importe

Que mon songe expire

Car à cet instant je sais

Comment je l’eusse aimé.

 

 

 

Schubert, Andantino de la Sonate en la majeur (D959, posthume)

 

 

 


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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 21:52
 

 

 « Quand je vous aimerai? Ma foi, je ne sais pas…

Peut-être jamais! Peut-être demain…

Mais pas aujourd'hui, c'est certain! »

Carmen, Georges Bizet

 

 

 

 

Je suis une Carmen seule et bien amère,

Mon cœur est sans espoir,

Femme fatale, sans le vouloir,

Plus d’un m’a dit « ma chère,

 

Je vous aime »

Flattée, j’ai peut-être rougi

Et l’autre s’est mépris.

Je sème derrière moi ainsi,

 

Par des mots adroits, 

Les amants éconduits.

Pourquoi si l’on m’aime, moi,

Je n’ai qu’un regard surpris ?

 

Je n’aime pas dire non,

De peur de ne plus en avoir l’occasion.

Mais comment pourrais-je avec raison

 Tromper un pauvre garçon ?

 

L’un est beau, l’autre gentil,

Un troisième a de l’esprit,

Mais c’est un fait avéré :

Pas un seul ne sait

 

Faire naître de coupables pensées.

Ils sont tous aimables

Mais, jamais ne sont aimés.

J’en suis bien un peu coupable

 

Car qui suis-je

Pour exiger ce bien étrange mélange

De charme, d’élégance et de rareté,

Qu’ont les âmes en allées ?

 

Même ainsi, l’amour n’est qu’illusion,

Me dit ma chère raison,

Mais comme j’aimerais me tromper,

Comme j’aimerais aimer.

 


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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 21:47


Une seule fois je l’ai vu nu,
Quand de colère il a jeté

 

Le sobre habit teinté
De la coupe amère qu’il a bue.

 

 

 

 


Il eut un sourire étrange,

Le silence de torpeur

Qui annonce le vol de l’ange

Destructeur.

 

Se leva dans ses yeux en peine

Une mer de haine

Et lui, submergé, inondé,

S’y noyait avec volupté

 

Il respirait cette eau noire de jais,

Qui seule apaisait

La chaire brûlante du passé,

Qui seule comblait

 

Le gouffre désespéré.

Il était calme en cette mer déchaînée

Tout en lui était d’accord

Tout en lui était du même bord.

 

Sa vie sans sens rayonnait

De la force obscure qui grondait.

Juste puissance et profonde unité,

Les coups au visage, les coups de pied,

 

Les insultes, la douleur et la peine

Tout se mêlait en une aveuglante obscurité

  L’ennemi à abattre, objet de la haine :

Le genre humain tout entier.

 

Et son sang oxydé chantait

Le sauvage refrain

Haine, haine, haine…

Il était prêt.

 

Il fut si rapide

Dans l’espace vide

Et tombant le père en abattant son poing

Il n’eut pas un regard pour l’enfant qui fuit au loin.

 

 

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L'orange Maltaise

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  • : « Il pourrait se trouver, parmi [mes lecteurs] quelqu’un de plus ingénieux ou de plus indulgent, qui prendra en me lisant ma défense contre moi-même. C’est à ce lecteur bienveillant, inconnu et peut-être introuvable, que j’offre le travail que je vais entreprendre. Je lui confie ma cause ; je le remercie d’avance de se charger de la défendre ; elle pourra paraître mauvaise à bien du monde ! » (Mémoires de la Duchesse de Dino, 1831)
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